PENDELOQUES
Plusieurs des objets que nous avons décrits comme haches votives ou cérémonielles auraient pu être déjà considérés comme des pendeloques, en sorte que la division, que nous avons établie entre eux et ceux dont nous allons nous occuper maintenant, est fatalement un peu arbitraire.
On trouve en Equateur la pendeloque de forme rectangulaire. Le type que nous avons reproduit {pl. VU, fig. ii) présente un trou de suspension et deux petites encoches latérales. Des pièces analogues ont été rencontrées dans la République Argentine, à Tastil (dans la quebrada del Toro) et à Pucarâ de Rinconada (47, i, p. 372, fig. 67, h, U, fig. 129, U”' 21, 22), dans la vallée du rio San Francisco (284, p. 19, fig. 14, n°“3, 4), en Colombie, à Chiles (407, i, pi. xx, fig. 40, au Costa-Rica (156, pi. xliii, fig. 8, pi. xlv, fig. 21, pi. xlvi, fig. 18). Elles sont comparables également aux gorgets rectangulaires dont Peabody et Moorehead ont décrit plusieurs spécimens de l’Ohio, du Kentucky, du Massachusetts, du New-Jersey, de l’État de New-York, de la Virginie, et de la Virginie occidentale (307, p. 23, 39, pl. III, XVI), bien que ceux-ci soient en général de plus grande taille. Sous ce rapport, les échantillons du Tennessee, du Nouveau-Mexique, de l’Arizona, de la vallée Yakima, du bas Arkansas, de l’île Santa Catalina, publiés par Fowke (127, p. 122, fig. i39), par Abbott (3i9, p. 209, /ig. 82), par Pepper (308 bis, pi. xx, fig. a), par Hough (182, pl. xcvi), par Smith (380, p. 93, fig. 81), et par Moore (267, Part, i, p. 532, fig. 47) sont certainement plus typiques.
(') Certains spécimens mexicains en verre on en plomb, figurés par Uhle (406, pl. IV, fig. 28-29), sont, sans aucun doute, postérieurs à la découverte. Batres (33, pl. XXVI, fig. 2) a reproduit un labret en cuivre du même pays.
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Une autre forme de pendeloque équatorienne est à peu près ovalaire ou cireulaire [pl. XII, fig. 26, 3o). Ce type, dont Hartman a reneontré plusieurs spécimens au Costa-Rica (156, p. 24, /ig. 23-24, p’- xlii, fig. n-i8, pi. xlv, fig. 17), correspond également à une catégorie de gorgets nord-américains, dont Peabody et Moorehead ont signalé l’existence au Canada (i échantillon), dans l’Indiana (3 échantillons), le New-Jersey (3 échantillons), la Virginie occidentale (i échantillon) et l’Ohio (g échantillons) (307, p. 24, 40, pl. III, XVI), Rau, à Rhode Island et en Pensylvanie (33i, p. 52, jig. 206, 207), Abbott, dans l’île de San Clemente (319, p. 209, fig. 81) et dans le New- Jersey (2, p. 405, fig. 384).
Notre échantillon de forme quasi-circulaire {pl. XII, fig. 3o), trouvé à Cojitambo (pays canari), est remarquable par les gravures dont il est orné. Sur rune de ses faces, se trouve un décor géométrique assez compliqué, dont une figure rendra mieux compte que toute description {fig. 5i). Sur la face opposée, est représenté un être
Fig. 5i. — Face posléi-ieure de la plaquette en pierre de Cojitambo, représentée pl. XII, Jig. 3o. (Gr. nat.)
humain {fig. 62, ci), dont la bouche est indiquée par une simple entaille, les yeux par deux points, le nez par une ligne verticale. Les bras et les jambes sont figurés suivant le même procédé par deux traits transversaux parallèles qui, à chaque extrémité, se replient à angle droit, vers le haut pour le membre supérieur, vers le bas pour le membre inférieur. Les mains et les pieds sont schématisés par trois traits divergents représentant les doigts. Le corps enfin est simplement indiqué par un double trait en forme de losange, au centre duquel se trouve un orifice. Un second trou de suspension existe au sommet de la tête du personnage.
Un dessin identique se retrouve sur une poterie de notre collection, trouvée à Monay (pays canari) {pl. LII, fig. 4). La similitude entre les deux représentations se poursuit dans les moindres détails : c’est ainsi que l’orifice central de la placjue est figuré ici par un petit carré {fig. Si, c). 11 y a cependant entre les deux gravures une différence ; sur la seconde, on note la présence d’une queue dessinée d’une façon très schématique. On pourrait supposer que l’artiste a voulu simplement indicpier de cette façon que l’être figuré appartient au sexe mâle. Il ne nous semble pas cependant que ce soit là la véritable explication, et une comparaison de nos
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deux gravures du haut plateau avec des figurations similaires colombiennes et certaines sculptures sur pierre de la région côtière de l’Equateur nous a conduit à penser que l’existence de cet appendice marquait une des étapes de la stylisation progressive, qui peu à peu a transformé une représentation primitivement animale en une représentation humaine.
Deux plaques pectorales en or d’Antioquia publiées par Wilson (441, i>i. lxv) et
Kig. 52. — Dessins relevés : a, sur la plaquetle de pierre figurée pl. AU, fig. 3o; b, sur uue plaque d’or d'Antioquia (441, pL LXV]', c, sur une poterie équatorienne (pL LTLJtg. 4); d, sur une plaque d’or d’Anlioquia (407, I, pl. XXIII, fg. Il); e, sur une pierre sculptée de la province de Manabi (365, II, pl. LIX, fig. i); f, sur un disque en argile du haut Cauca.
par Uhle [ioi, i, pi. xxiii, lig. n) sont ornées d’un décor au repoussé, qui est la reproduction exacte de nos gravures équatoriennes ('), mais tandis que sur l’une d’elles {fig. 02, b), il n’y a pas trace de queue, sur l’autre, cet appendice est nettement
(') Deux plaques d’or sentblables ont été également figurées par Scier dans une planche consacrée aux antiquités des Chibebas et des tribus du Cauca et de Tolima (371, pl. LXIII).
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dessiné et sa forme est évidemment animale, bien que la tête de l’être représenté soit franchement humaine {fig. Si, d).
Une étape de plus nous conduit de cette pièce à caractères mixtes à des représentations où seuls subsistent les caractères zoomorphes, en même temps que s’atténue dans une très large mesure la stylisation. Des sculptures sur pierre trouvées par Saville dans la province de Manahi nous en fournissent d’excellents exemples (365, II, pi. Lix). Sans que la forme générale et l’attitude de l’être figuré aient été sensiblement modifiées, il est impossible, malgré la persistance d’un certain conventionnalisme dans l’exécution, d’hésiter à l’identifier avec un lézard ou un batracien {fîg. Si, e).
Cette tendance réaliste peut encore s’affirmer davantage. Sur un disque en argile euite du haut Cauca, qu’a bien voulu nous communiquer le professeur O. Fuhrmann de rUDiversité de Neuchâtel, le même animal ou un animal voisin est figuré en relief, mais avec une telle exactitude de pose et de forme qu’on ne peut plus y voir qu’une copie scrupuleuse exécutée d’après nature {fig. Si, /).
A notre sens, cette pièce marque le point de départ de la série d’œuvres indigènes que nous venons de passer en revue, où dominent tantôt les caractères zoomorphes, tantôt les caractères anthropomorphes, mais qui conservent toujours par quelquesuns de leurs détails (présence de la queue, forme losangique du corps, nombre de doigts inférieur à cinq) un souvenir du modèle primitif, dont elles sont issues par stylisation progressive (').
Pour mieux comprendre le mécanisme de ces transformations, on peut supposer que la représentation animale originelle avait un sens symbolique et figurait dans l’esprit des Indiens l’être humain. Ce ne serait pas par suite d’mie simple analogie morphologique que l’artiste aurait été amené à passer du lézard ou de la salamandre à l’homme : en exécutant les divers dessins qui marquent des termes de passage entre deux formes essentiellement dissemblables pour nous, il aurait simplement réalisé, d’une façon plus ou moins stylisée, une seule et même conception.
Cette supposition n’est pas d’ailleurs purement hypothétique : van Panhuys a montré, en effet, que, chez les indigènes de Surinam, le batracien dressé symbolise l’être humain et plusieurs des dessins publiés par l’ethnographe hollandais présentent de grandes analogies avec les représentations que nous venons d’étudier (305 &(s). Il n’est donc pas impossible que le lézard ou la salamandre ait eu une signification analogue chez les aborigènes de Colombie et de l’Equateur.
Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, il ressort des comparaisons que nous venons d’établir
(^) Nous ne voulons pas nous aventurer trop loin sur un terrain où l’on risque fort de s’égarer. Néanmoins, nous ne pouvons nous dispenser de signaler en passant l’étrange analogie qui existe entre ces représentations animales des bas-reliefs de Manabi et certaines représentations humaines de la même région. Il semble qu’on pourrait établir là aussi une série complète qui conduirait insensiblement d’un type zoomorplie pur à une figuration humaine, par suite d’une évolution comparable à celle que nous venons d’indiquer.
ETHNOGRÂPIIIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
que notre plaque du pays canari porte un décor dont nous retrouvons l’équivalent exact en Colombie. Une pictographie de Saint-Kitts offre également un dessin très comparable (lie, p. i58, /?g. 24).
Une troisième forme de pendeloque équatorienne est représentée dans notre collection par deux petits objets coniques en serpentine, provenant de Cuenca et du Sigsig {pl. XII , fig. 3i); ils étaient suspendus par un orifice pratiqué près de leur bord, qui vient s’ouvrir d’autre part sur la base du cône. Comme pièces similaires, nous ne connaissons que cjuelques pendants de Dos Pueblos (Californie) (319, p. 21 1, fig. 87-88), de l’archipel californien (Xr. n-^gogi, 9093,9097) et de la Floride (256, p. 536, //g. 82; 262, p. 406, fig. 52).
Nous possédons encore deux pendeloques de forme atypique, toutes deux en serpentine verte. La première {pl. XII, fig. 28) provient de San Miguel (région des Latacungas) ; elle a, dans son ensemble, une forme triangulaire avec deux petits prolongements latéraux et un court pédoncule qui paraît avoir été en partie brisé; son épaisseur, sensiblement uniforme, est de Elle ne porte aucun dessin sur
ses faces et présente un seul trou de suspension. La seconde {pl. XII, fig. 35) a été trouvée à Chordeleg (pays canari) ; primitivement, elle devait être de forme rectangulaire, mais les extrémités ont été rompues en partie. Son épaisseur est de sur une de ses faces, elle n’offre rien de particulier; sur l’autre, on note une partie centrale carrée, séparée des parties latérales par une gorge, accusée surtout d’un côté. Le centre de cette aire carrée est très légèrement déprimé en forme d’auge, et l’on y remarque une gravure au trait représentant une figure humaine, très visible dans ses détails sur notre reproduction. Quatre canaux traversent la pendeloque d’une tranche à l’autre, suivant sa largeur; deux ont été percés dans la partie carrée centrale, un dans chacun des appendices latéraux.
Signalons enfin une intéressante pièce recueillie par Hans Meyer dans la province deflmbabura (249, pi. i, fig. c) : c’est une petite plaque de pierre de forme ovalaire où se trouve gravée une tête humaine ; les yeux sont représentés par deux cercles, dont le centre est marqué par une petite dépression; le nez et la bouche sont bien indiqués. Un trou de suspension existe au milieu du front. Cet objet, dont nous ne connaissons pas de similaire en Amérique du Sud, rappelle d’une façon frappante un pendant de New-Jersey, figuré par Abbott (2, p. 390, fig. 368), c[ue Peabody et Moorehead ont reproduit dans leur travail sur les gorgets (307, pi. iv, fig. 1). Il n’est pas non plus sans présenter d’analogie avec les amulettes que Spinden a rencontrées au Mexique, dans l’Etat de Guerrero (383, p. 40, fig, i3).
A côté de ces pendeloques, dont la signification exacte nous échappe, nous rangeons une croix en serpentine de couleur verdâtre {pl. XII, fig. 19), que nous avons recueillie au cours d’une de nos fouilles à Quinjeo (pays canari). Les gravures, qu’on aperçoit très bien sur la figure, se répètent exactement sur les deux faces ; un trou de suspension traverse transversalement la branche supérieure.
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Bien que nous n’ayons rencontré dans la sépulture où fut trouvée cette croix aucun autre objet dénotant une influence européenne, il est bien certain qu’il s’agit là d’un emblème chrétien. Cette découverte montre que, dans les premiers temps qui suivirent la conquête, les Indiens continuèrent à fabriquer, suivant le procédé qu’ils employaient pour leurs amulettes païennes, des insignes de la nouvelle religion.