PIÈCES D’ENFILAGE ET GRAINS DE COLLIER
Il est assez difficile d’établir une distinction entre les pendeloques et les objets que nous appellerons pièces d'enfilage. Il est probable, en effet, que les pendeloques entraient souvent dans la composition des colliers.
Notre collection renferme trois petites figurines qui semblent représenter des lapins ou des animaux similaires à divers degrés de stylisation {pl. XI, fig. i[\, i5, 19). Toutes portent en arrière de la tête un trou de suspension, et proviennent de la même localité : Faute, dans la région des Canaris. Ce sont des pièces très intéressantes, car elles offrent une ressemblance frappante avec des amulettes trouvées en grand nombre à Las Huacas (Costa-Rica), qu’Hartman suppose représenter des fourmiliers (156, p. xl,xlv).
Ces petites amulettes sont toutes taillées dans du silicate d’alumine hydraté, espèce d’argile se rapprochant de rhallo’isite, dont la dureté est à peu près de 3 et la densité de 2,1. Cette argile spéciale a servi, dans la région, à fabriquer toute une série de pièces d’enfdage. Un premier type est représenté par des blocs de forme irrégulière {pl. XI, fig. 5,7,8, 12), mais qui, presque toujours, orientés eonvenablement, prennent un profit! quadrangulaire. Vu sous cet aspect, l’objet présente, en deux de ses angles opposés, deux encoches profondes, très visibles sur toutes nos figures, tandis que les deux, autres angles offrent une double perforation destinée à la suspension ('). Malgré le grand nombre d’objets de cette forme que nous possédons, tous sculptés de la même façon, mais à des degrés divers de complication, il nous a été impossible de deviner ce que l’artiste a voulu représenter. Comme les figurines précédentes, ces grains de colliers proviennent d’une région très limitée du pays canari; nous en avons 4 de Faute, 3 de Chordeleg, 2 de Gualaceo et i de Cojitambo.
Le second type de pièces d’enfilage, également en silicate d’alumine, parfois coloré en rouge par des sels de fer, est représenté par des pièces allongées de section carrée à angles mousses {pl. XII, fig. 20, 21), qui portent à chaque extrémité un petit canal en fer à cheval servant à l’enfilage (-). Jamais ce canal n’est creusé dans
(^) Un de nos échantillons de Faute ne présente pas d’orifice; il s’agit vaisemlilahleinent d’un objet inachevé {pl. XI, fig. 8'.
{^) Un échantillon de Faute n’est pas perforé; il est sans doute resié inachevé.
Arc de méridien é<iuatorial, t. VL (i).
ETIINOGRAPHIK ANCIENNE DE l’ÉQüATEUR.
la longueur de l’objet comme dans les grains de colliers faits avec d’autres roches. Il est probable que la friabilité de la substance employée rendait ce forage impossible. Nos 1 1 échantillons proviennent tous de la même région que les précédents ; 4 de Faute, 2 de Gualaceo, 2 de Chordeleg, i du Sigsig, i de la Loma del Salado, près Deleg, i de La Capilla, près Canar. Les Indiens désignent ces objets sous le nom de piedras de San Pahlo. Dorsey a retrouvé des pièces absolument identiques dans l’ile de la Plata (103, p. la) (').
Nous possédons encore un objet unique, provenant de la même région du pays des Canaris (Llacau, près Cuenca) et fabriijué dans la même srdAStancc {pl. X, fig. 10). C’est un bloc polyédrique aux angles arrondis et à six faces, se correspondant sensiblement deux à deux; les canaux, qui le traversent de part en part, se réunissent en son centre; leurs larges orifices s’ouvrent au milieu de chaque face. Il est probable qu’il s’agit là d’une pièce d’enfilage de forme un peu aberrante (^).
Pour la fabrication de leurs grains de collier, les anciens Indiens de l’Equateur employaient aussi des roches plus résistantes : la serpentine et la turquoise. Lorsque la roche ofl'rait une assez grande dureté, comme c’est le cas pour la turquoise, ils en fabriquaient le plus souvent des grains de forme irrégulière {pi. XII, fig. i3, 16, 17, 25), qui sont restés à peu près dans l’état où 011 les rencontre dans la nature. Un eanal cylindrique les traverse de part en part; parfois, il est réduit à l’état de gouttière sur une partie de son trajet (/>/. XI 1, fig. 26), comme si, au cours du travail de la perforation, une maladresse de l’ouvrier avait éventré une des faees de l’objet. La seule retouche extérieure que nous ayons notée sur ces grains est une profonde entaille que porte l’un d’entre eux {pl. XII, fig. i3).
Les aborigènes ne se contentaient pas toujours d’un traA^ail aussi sommaire; ils fabriquaient des pièces d’enfilage plus ou moins allongées et plus ou moins grosses, tantôt de section circulaire, tantôt de seetion rectangulaire {pl. XII, fig. 5, 8-12, iL\, 23, 24, 29, 33). La serpentine étant d’un travail beaucoup plus facile, c’était elle qu’on employait pour obtenir les pièces les plus longues. Là encore, la perforation a été pratiquée suivant le grand axe; mais parfois, comme pour les objets précédents, le canal, au lieu d’être complet sur tout son parcours, se trouve à découvert sur une partie de son trajet {pl. XII, fig. 2g, 33). On donnait quelquefois aussi aux grains de collier la forme d’un eône tronqué {pl. XII, fig. i5) ou d’un double cône, plus ou moins irrégulier quand le matériel employé était la turquoise {pl. XII, fig. 27), parfaitement symétrique et parfois orné de dessins gravés ('*) {pl. XII, fig. 18) quand la roehe était serpentineuse. Enfin, le grain de collier ordinaire, tantôt de forme globuleuse, tantôt de forme quadrangulaire, le plus souvent en forme
(^) Spinden également a recueilli, dans l’Élat de Guerrero (Mexique), des objets en coquille identiques (383, pl. VI, fg. h, i).
(“) Morphologiquement, cette pièce ressemble à un sifflet en argile cuite, trouvé par Reiss et Slübel à Ancon (335, jII, pl. LXXX, fig. 3i).
(•’) Cette pièce est peut-être une fusaïole.
OIÎ.IETS EXTRAITS DES TOJIliES PRELCOLOMniENNES DE l’ÉQUATEUR. 219
de disque aplati, se reneontre fréquemment {pl. XII, fig. i-4, 6, 7, 22); ce sont là des formes courantes sur lesquelles nous n’insisterons pas. Notons néanmoins qu’un de ces grains, en turquoise, du Sigsig {pl. XII, fig. 7) présente une double perforation, l’une dans le sens antéro-postérieur (visible sur la figure), l’autre dans le sens transversal.
La turquoise et la serpentine sont à peu près également représentées dans notre collection. La première de ces roches est souvent difficile à reconnaître en raison des altérations qu’elle a subies : une seule de nos pièces a la belle couleur bleue azurée habituelle de cette pierre ; les autres ont une teinte allant du vert très pâle au vert très foncé; un de nos grains de collier {pl. XII, fig. 17) de couleur brun foncé ne renferme que très peu de turquoise et est surtout composé de silicate de fer.
Tous nos grains de colliers, sauf huit qui ont été trouvés à El Angel (région des Pastos) et qui sont en serpentine ('), proviennent du pays canari. Voici l’indication des localités où ils ont été recueillis :
Grains en serpentine.
Ciliiibe.
Quiiijco.
Hacienda de Snsudel, paroisse de Ona.