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BÉZOARD

Dans une tombe de Cojitambo (pays canari), nous avons trouvé une pierre réniforme d’une symétrie parfaite [fig. 58, a). Une coupe, pratiquée suivant le grand

Fig. 58. — Bézoard trouvé dans une tombe à Cojitambo : a, l’objet entier; h, sa coupe. (Gr. nat.).

axe, montre une sti’ucture en couches concentriques [fig. 58, h). Il s’agit d’un bézoard, probablement de lama ou de quelque animal voisin ('). La présence de cet objet dans une tombe, qu’aucun indice ne permet de considérer comme post-colombienne, conduit à se demander si les bézoards, qui ont joui dans l’aneienne pharmacopée d’une si grande vogue, n’étaient pas dans le Nouveau-Monde l’objet de quelque croyanee superstitieuse.

('■) Derrière cette colline, se trouve l’emplacement de l’ancien village canari de Canaribamba.

(^) M. Gabriel Petit, professeur à l’École d’Alfort, qui a bien voulu examiner cet objet, nous écrit : « Il ne s’agit pas d’un égagropile, mais d’un calcul, qui ressemble à s’y méprendre à un calcul de cheval. Je pense qu’il s’agit, soit d’un calcul intestinal, soit d’un calcul salivaire, mais je pencherais plutôt pour la première hypothèse. »

OBJETS EXTUAITS DES TOMBES PBÉCOLOMBIEIS^NES DE l’ÉQUATEUB. 235

Cobo (79, II, p. 323,326), Acosta (3, 1, p. 286-289), Velasco (4i8, I, p. 87) signalent les précieux calculs qu’on trouve clans le lama, le guanaco, l’alpaca et la vigogne, sans rien dire de l’opinion des Indiens à leur sujet ('). Garcilasso est plus formel : selon lui, il n’était pas question de son temps de bézoard (i29, ii, p. 1082). A s’en tenir à ces témoignages, on serait conduit à admettre cjue les indigènes n’auraient attaché aucune valeur à ces pierres. En réalité, il n’en est rien, et les bézoards jouaient certainement un rôle dans les pratiques magiques précolombiennes. Dans le dictionnaire de quichua cuzcfueno d’Holguin (233), ils sont désignés sous le nom de ilia, et le célèbre jésuite déclare qu’ils avaient pour propriété d’attirer la fortune. Arriaga de son côté les appelle çnicwetles range, sans autre indication, dans le groupe des conopas; il ajoute cependant que les missionnaires en trouvèrent c[ui étaient tachés du sang des sacrifices (^) (21, p. i5). Comme ces croyances n’ont rien de commun avec celles c[u’introduisirent les Européens dans le Nouveau-Monde, nous croyons qu’elles sont antérieures à la découverte.

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