ÉTUDE DÉTROGHAPIIIQÜE DES OBJETS EN PIERRE
Nous avons déjà eu maintes fois occasion d’indiquer, à propos de certains objets, la composition de la roche dans laquelle ils ont été taillés. Néanmoins, nous croyons utile de résumer ici les prineipaux résultats de l’examen que M. A. Lacroix, professeur de Minéralogie au Muséum, a bien voulu faire de notre collection. Nous ne reviendrons pas toutefois sur l’étude des petits objets, qui a été faite par M. Gaubert, assistant au Muséum, et dont nous avons consigné les résultats dans les pages précédentes.
Des lames minces d’un certain nombre de nos pièces ont été examinées. Voici la détermination précise qu’il a été possible d’en faire ;
I. Hache simple {pl. 111, fig. 9). — Roche verte amphibolique; andésite très modifiée, appartenant à la série ancienne.
IL Hache simple perforée {pl. 111, fig. i4). — Labradorite amphibolique appartenant probablement à la série ancienne.
III. Hache à oreilles de Chordeleg (semblable à celle de la pl. V, fig. 8). — Roche
(^) Dans une relation sur la ville de Cuzco, datée de i65o, l’auteur, Don Vasco de Contreras y Valverde, parle longuement des jjiedras vezares, mais sans indiquer non plus les superstitions indiennes qui pouvaient s’y rattacher. Outre les animaux cités par Cobo et Velasco, il signale le taruga (Cetvus aniisiensis) et la danta [Tapirus americanus), comme pouvant fournir, eux aussi, les précieuses concrétions, celles du tapir étant de toutes les plus estimées (337, II, p. 191).
(^) Por Conopas suelen iener algunas piiedras bezares que los Indios llaman Quicu, y en esta visita se an allado algunas rnanchadas con la sangre de los saa ipcios.
ÉÏIINOGRAPllllî ANCIEISÎNE DE l’ÉQUATÉUÛ.
compacte montrant à l’œil nu, dans une pâte gris verdâtre à structure porphyrique, des phénocristaux de feldspath blanc laiteux d’environ et des cristaux de pyroxène noir. L’examen microscopique fait voir c|ue les feldspaths sont entièrement transformés en un mélange de grains de quartz et de divers autres produits secondaires: calcite, épidote, etc.; les phénocristaux de pyroxène, souvent maclés, sont très corrodés, mais non ouralitisés. La pâte est constituée par un mélange d’aiguilles filiformes et de grains d’épidote et de zoisite, avec un peu de quartz, de calcite et de chlorite. Cette roche, très transformée, a été probablement une andésite augitique faisant partie de la série ancienne de la Cordillère.
IV. Hache à oreilles [pi. V, flg. 11). — Schiste amphibolique ; roche tachetée de noir, de verdâtre et de blanc, à structure rubanée ; il s’agit, selon toute vraisemblance, d’une roche éruptive modifiée par action dynamique et recristallisée. Sa composition et sa structure sont très hétérogènes. L’élément dominant est une amphibole actinolitique presque incolore en lame mince; elle se présente en houppes, en agrégats irréguliers ou en lits schisteux; elle est mélangée soit à de l’albite, soit à des grains de quartz, soit enfin à ces deux substances associées. C’est la localisation en certains points de ces deux derniers minéraux qui détermine la production des taches blanches.
V. Hache à oreilles {pl. V, fig. 3). — Andésite augitique (diabase à structure microlitique), dont le pyroxène est entièrement ouralitisé et le feldspath presejue entièrement transformé en produits micacés secondaires.
VL Hache à oreilles {pl. IV, fig. 4)- — Cette roche, ni schisteuse, ni rubanée, montre à l’œil nu des paillettes de mica noir (biotite) réparties dans une masse verte. L’examen microscopique fait voir que cette roche, qui est très altérée, possédait originellement une structure grenue. Actuellement, on ne trouve plus à l’état intact c{ue le mica et des prismes d’apatite associés à des pseudomorphoses en talc ou en calcite d’un ou de plusieurs minéraux disparus. Il existe en outre des lames hexagonales d’hématite secondaire. Il est possible que cette roche ait été une péridotite à biotite ou une roche lamprophyrique.
VIL Hache à tranchant semi-circulaire {pl. VI, fig. 10). — Andésite épidotisée appartenant à la série ancienne.
VI IL Casse-tête {pl. VIII, fig. 2). — Diorite à grands éléments; roche formée d’un piagioclase gris rosé (prédominant), en cristaux atteignant 2cm et d’une chlorite (clinochlore) avec un peu de zoisite. Le feldspath est à peu près entièrement décomposé, de sorte que sa nature est indéterminable.
IX. Casse-tête de La Capilla, près Caiiar (semblable à celui de la pA. VIII, fig. i). — Labradorite appartenant à la série récente.
OOJÈÏS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 237
X. Casse-tête étoilé {pl. VIII, fig. 12). — Quartzite feldspathique.
XL Casse-tête étoilé de Huintul (semblable à eelui de la pl. VIII, fig. i3). — Grès à ciment un peu micacé.
XII. Casse-tête étoilé de Faute (semblable à celui de la pl. VIII, fig. i3). — Andésite à hornblende et à biotite (type quartzifère), appartenant à la série récente.
XIII. Casse-tête étoilé de Cuenca (semblable à celui de la pl. VIII, fig. i3). - — ■ Microdiorite quartzifère, appartenant à la série ancienne.
XIV. Casse-tête étoilé {pl. VIII, fg. g). — Péridotite feldspathique; cristaux de péridot (olivine) enveloppés dans de grandes plages pœcilitiques de pyroxène et de plagioclases basiques; roche très fraîche, mais appartenant peut-être à la série ancienne.
XV. Casse-tête étoilé de La Capilla, près Cahar (semblable à celui de la pl. VIII, fig. 6). — Tuf andésitique, vraisemblablement de la série ancienne.
XV I. Casse-tête étoilé d' El Angel. — Roche microlitique formée de phénocristaux de labrador, distribués dans une masse très cristalline de plagioclase un peu moins basique. Il existe en outre des pseudomorphoses en amphibole presque incolore, très maclée, d’un minéral (grands cristaux et microlites), qui a été certainement un pyroxène (peut-être hypersthène). La roche renferme aussi quelques minéraux secondaires : zoisite, chlorite, quartz. Cette roche est une microdiorite à tendance microlitique faisant très probablement partie d’une série volcanique antérieure à la période moderne.
XVII. Tête humaine {fig. 54, p. 224, pl. XIII, fig. 5). — Diorite quartzifère.
XVIII. Idole (?) {pl. XIII, fig. 16). — ■ Andésite récente très cristalline.
Les autres pièces de la collection n’ont été classées que macroscopiquement.
Les objets travaillés sont tous fabriqués avec des roches d’origine indigène; on y trouve des échantillons appartenant aux trois séries géologiques connues en place dans la région :
1° Quelques types schisteux, représentés surtout par des schistes micacés à très petits éléments et des schistes amphiboliques ;
2° Des roches éruptives grenues ou microgrenues, de couleur verdâtre, appartenant à une série antétertiaire ; elles sont actuellement amphiboliques, mais, au moins en partie, par ouralitisation (ces roches ont été dénommées diorites ou microdiorites). Il existe aussi des andésites ou labradorites plus ou moins altérées, généralement riches en produits secondaires cristallisés, et prenant uik^ couleur verle souvent foncée, suivant la proportion d’amphibole et d’épidote;
ETILXOGRAPIIIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
30 Des roches volcaniques appartenant à la série la plus récente; les types basiques sont d’ordinaire noirs, compacts et se prêtent bien au polissage, alors que les autres, âpres au toucher, poreux et tendres, se taillant facilement, ont été employés surtout à la fabrication des objets qui ne devaient pas servir comme armes. On trouve dans la collection tous les types connus en place (andésites et labradorites à hypersthène, avec ou sans augite et hornblende). Il faut cependant faire une exception pour l’andésite particulièrement cristalline, d’un type un peu spécial, dans laquelle a été taillée l’idole de La Tola {pl. XIII, fig. 16).
Les roches de cette série sont faciles à distinguer de celles de la précédente par l’état vitreux de leur feldspath, qui ne présente aucune des altérations caractéristiques de la série ancienne.
En dehors de ces roches, il existe un certain nombre de petits objets qui n’ont pu être soumis à un examen microscopique et dont l’identification pétrographique n’est donnée que sous réserves. Leur dureté et leur densité font penser que les roches employées à leur fabrication sont de nature cjuartzeuse ; il est assez vraisemblable e|ue leur matière a été empruntée à des amygdales ou à des fentes des roches altérées de la deuxième série.
En terminant, rappelons c[u’une petite sLatuette en roche bleue, appartenant à la collection du Musée d’Ethnographie du Trocadéro, est constituée par un quartzite à andalousite et dumortiérite : cette roche peut provenir de la série métamorphique indigène, mais elle est inconnue en place dans la région.