PREMIERE PARTIE
liïAT DU PAYS ÉQUATORIUN AU MOMENT DE LA DÉCOUVERTE.
Lorsque les Espagnols pénétrèrent en Itqnateur, ils trouvèrent ce pays sous la domination des Incas. Les premiers chroniqueurs nous ont raconté dans quelles conditions la conquête périndeime s’était effectuée et à quelle date elle remontait, en sorte que l’époque incasique en Equateur est, au sens strict du mot, une période historique, dont nous rappellerons, d’après le saAmnt historien Gonzalez Suarez (i40, i), les principaux épisodes.
Ce fut Tupac-Yupanqui qui entreprit de soumettre le royaume de Quito, vers iZ|^5o. Suivant la version la plus probable, il atteignit Quito après des alternatives diverses et établit sa domination jusqu’au rio Guallahamba. Toutefois, la soumission des tribus était loin d’être assurée, car son fils Huayna-Càpac, qui lui succéda vers 1473, dut tout d’abord s’employer à rétablir par les armes son autorité sur une partie d’entre elles; ensuite, il étendit son empire sur les régions situées au nord de Quito, c’est-à-dire sur la vallée d’Ibarra et d’Otavalo et la vallée de PasLo. Il porta ainsi la limite septentrionale de son royaume au rio Angasmayo, affluent du Guâitara, un peu au nord de la frontière actuelle de l’itquateur et de la Colombie. Cette extension ne fut d’ailleurs ni rapide, ni facile, puisque le roi de Cayamljc, suzerain des villages de Cochasqui, de Peruebo, d’Otavalo et de Carânqui, tint en échec le conquérant Inca pendant 17 ans (77, p. 254; 79, ni, p. 184-187).
Lluayna-Câpac mourut en i526 ou 1527; l’un de ses fils, ITuàscar, hérita du royaume du Pérou, l’autre, Atahuallpa, de celui de Quito. Le règne île ces deux princes ne fut marqué par aucune conquête, mais fut rempli par les jiéripéties de leurs luttes fratricides. A la fin, ce fut Atahuallpa qui l’emporta, mais son triomphe fut de courte durée, car, en août i533, il mourait pendu à Cajamarca, sur l’ordre de Francisco Pizarro. Une année plus tard, Sébastian de Benalcâzar s’emparait de Quito, après avoir parcouru toute la partie méridionale de la vallée interandine.
De cette rapide es({uissc historique, il ressort que la domination incasiijue, dans la vallée interandine, ne dura pas un siècle et que, si elle fut clfcctive, presipie dès le début, sur les provinces situées au sud de Quito, elle ne s’exerça réellement sur les provinces septentrionales que pendant un tiers de siècle environ.
Il ne l'audraib pas cependant conclure de ce peii de durée que l’action des envahisseurs ait été négligeable. S’ils s’étaient contentés d’occuper les pays conquis, il est éAudent que leur influence eût été très faible, mais nous savons que les Incas, pour assurer la tranquillité des provinces nouA^ellement acquises, avaient recours à des procédés qui po\ivaient en changer complètement la physionomie ethnique. Nous voulons parler du système des initimaes, qui consistait à exiler loin de leur pays d’origine les tril)us les plus rebelles et à les remplacer par des populations pacifiées depuis longtemps. Ce sont là des faits dont il nous faudra évidemment tenir le plus grand compte.
Toutefois, malgré ces moyens énergiques d’assimilation, il est certain que la langue quichua n’avait pas supplanté les langues indigènes, et des documents précis, publiés par Gonzalez Suarez (139, p. i4-i5) et reproduits par l’un de nous (36, p, 3i-32), prouvent qu’en i583 celles-ci étaient encore en usage dans un grand nombre de provinces. Il est éAÛdent que les tribus qui avaient pu conserver leur idiome primitif avaient dû garder, dans une certaine mesure, leur originalité ethnographique (').
En ce qui concerne la région orientale amazonienne, nous savons qu’elle ne fut jamais subjuguée par les Incas. Huayna-Câpac dut battre précipitamment en retraite lorsqu’il tenta de soumettre les Bracamoros (77, p. 245), qui vivaient dans la vallée du Chinchipe, et son expédition chez les Cofanes du haut Aguarico fui plutôt une reconnaissance qu’une tentative de conquête (252, p. 143; 2%ihis, p. ?li9-42o).
Du côté du littoral, les Incas eurent plus de succès. Qu’on attribue la conquête de cette région à Tiipac-Yupanqui ou à son fds Huayna-Câpac, il est certain que les Péruviens occupèrent le territoire qui correspond aux provinces actuelles du Guayas et de Manabî et même qu’une expédition militaire parcourut celle d’Esmeraldas (-); cependant, dans cette zone basse et malsaine, l’action des envahisseurs montagnards ne fut jamais très effective.
(^) Ou commeUrait une très grande erreur en essayant de délimiter l’extension de l’empire incasique d’après l’aire de distribution actuelle de la langue quichua. Il est cerlain que cette langue a pénétré, postérieurement à la découverte, dans un grand nombre de régions où elle était complètement inconnue à l’époque précolom.bienne; ce sont les missionnaires qui, par une singulière ironie des choses, furent les agents de cette propagation. Pour rendre plus facile leur tâche d’évangélistes, ils imposèrent, en effet, aux Indiens le cjuichua comme langue générale; c’est ainsi qu’ils l’introduisirent sur le haut Napo, sur le haut Bobonaza, dans toutes les missions du pays mayna, sur le haut Amazone (54) et même jusqu’en Colombie, dans le sud de l’Etat do Tolima (108, p. i3) et en pays andaqui (419, p. 65-66). C’est également à leur action qu’il faut attribuer la présence de nombreux mots quichuas dans la langue des populations de la côte du Pacifique (Colorados, Cayâpas)et du sud de la Colombie (Moguex. Pâez) (40).
(®) Gonzalez Suarez pense que les Incas allèrent jusqu’au Choeô (140, I, p. 64). Nous ne croyons pas qu’ils aient poussé si loin vers le Nord. En effet, Cieza de Leôn, qui relate avec détails la campagne du Pacificiue, dit qu’après avoir traversé les régions de Guayaquil et de Puerto-Viejo, les soldats de l’Inca « anduvieron hasta Collique, donde toparoii cou gentes que andahan desnudas y comian carne humana, y tenian las costumhrcs cque hoy tienen y usan los comarcanos cd rio de Saut Juan; de donde dieron la ouelta, sin querer pasar ad lante » (77, p. 246-247). Nous ignorons malheureusement où se trouvait le village de Collique cité par le chro- Arc de méridien équatoried, t. A’I, (i). 2
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En résumé, la suzeraineté iueasiqiie s’est exercée sur toute la vallée iuteraudiue équatorienne, mais d’une façon beaucoup plus elTicace et pendant un plus grand nombre d’années sur les provinces méridionales que sur les provinces septentrionales; elle ne s’est jamais étendue sur les plaines du haut Amazone, et, dans la région côtière, elle a toujours élé plus nominale que réelle, sauf peut-éhe dans la partie la plus méridionale, c’est-à-dire la province de Guayas.
Ces faits ont une importance capitale en archéologie é(piatoriennc, car les populations dont il importe de connaître les coutumes et l’industrie sont précisément celles qui occupaient le pays avant l’invasion incasique, et tout nous porte à croire que, bien qu’ayant été submergées en partie sous le flot des envahisseurs, elles n’avaient cependant pas perdii toute originalité.
Quelles étaient donc ces pop\dations?
Par les premiers chroniqueurs et historiens, nous connaissons leurs noms et (fuclques faits de leur vie sociale. Nous avons cru indispensable de réunir ces renseignements historiques, si incomplets qu’ils soient, avant d’étudier les objets de toute nature c[ue des fouilles nous ont permis de réunir dans le territoire occupé par chacune d’elles. Ce travail a été fait avant nous par Gonzalez Suarez avec une érudition remarquable et nous aurions pu nous contenter de reproduire simplement ici les pages qu’il a consacrées, dans ses différents ouvrages, à cette étude historique des habitants préincasiques de rEquateur. Nous avons cependant préféré reprendre entièrement ce travail en nous reportant aux sources originales; mais, nous nous faisons un devoir de déclarer que le savant historien de Quito a été notre meilleur guide dans ces recherches ardues. Si parfois notre interprétation diffère un peu de la sienne, jamais, et c’est là le point capital, nous ne nous trouverons en désaccord avec lui sur des questions de faits.
Nous passerons en revue successivement les peiqilades de la vallée interandine, puis celles de la côte du Pacifique, enfin celles de la région orientale (Cf. Carte /, en tète du volume). Pour celles-ci toutefois, dont nous aurons à traiter longuement plus tard en nous occupant de l’ethnographie récente de l’ Équateur, nous nous contenterons simplement de déterminer leur habitai.
iiiqucur, m.iis il résulte «le ce texte que les envoyés des lueas s’arrêtèrent lorsqu’ils rencontrèrent des trihus anthrojiopliages, analogues à celles du rio San .tuan. L’erreur de Gonzalez Suarez provient de ce qu’il a cru (pie celte rivière était celle <pii porto ce nom dans les cartes modernes et cpii, en effet, sc trouve bien en territoire choed ; èn réalilé, ee que les anciens écrivains appellent rio de Son Juan est le rio connu au jourd’hui sous le nom de Palin. Lue carte publiée par Herrera (i62, Carte lo) le montre clairemenl, puisijuc ce fleuve y est indiqué comme jirenant ses sources dans la région de Paslo. D’ailleurs, si ce témoignage ne suffisait pas, nous pourrions invoquer celui d’Oviedo ipii indique comme lalitudo de rembouebure du rio San .Juan, 2*’, ce qui correspond parfaitement à celle du Patia, mais ne convient nullemenl. au San .Tuan des caries modernes, qui est j>ar y (302, IV, p. fi).
ETAT DU l’AYS EOUATOI'.IKN AU MOMEM DE EA DECOUVElll 1',.
CHAPITUE PREMIEK.