PASTOS
Cieza de Le(ui (76, p. 385) donne la liste suiAUintc des villages habités par les Pastos : Ascual (Yascual) ('), Mallaina ("), d’ucurres (Tii([ueres), Zapuys (Sapuyes) ('), Iles, Gualniatal (Gualinatan) (^), Finies, Chapal, Alales, Piales (Ipiâles), Pupiales, Turca (Tidcân) et Cuinha (Cinnhal). D’après le même auteur, Tusa (aujourd’hui San Gabriel) était le dernier étahlissenient pasto dans la direction du Sud (76, p, 389). Ces indications nous permettent de délimiter à peu près exactement le territoire occupé par cette tribu : au Nord, elle s’étendait jusqu’au sud-ouest de la ville actuelle de Pasto, où résidail, au tcmips de la ilomination espagnole, un correi’idor lie la tribu (337, ue p. 3/i) ; elle oeeiqiait toute la vallée du haut Guâitara, et les sources du Cuaiquer; au SmI, elle s’étemlait dans toute la partie de la vallée interandine située au nord du Chota La contrée é({uatorienne habitée par les Pastos correspondait donc exactement à la proAÙnce actuelle du Carchi. Bien que Cieza de Leon ne mentionne pas dans son énumération la vallée d’El Angel, nous la faisons rentrer dans le territoire pasto en raison des grandes similitudes qui existent, ainsi que nous le A^errons, entre les pièces archéologiques (*)
(*) Il est excciilioiiiiel que les anciens auleins, dans lesquels nous avons puisé les lenseignenieuls sur les tribus préincasiqiics de l’Equateur, établissent la distinction, sur laquelle nous avons insisté plus haut, entre les civilisations incasique et préincasiipic ; ils nous ont transmis pêle-mêle les coutumes d’origine locale et les coutumes importées. Il ne nous a pas toujours été possible de faire le départ entre les unes et les autres. 11 se peut donc que telle coutume, que nous attribuons à une tribu équatorienne, ait été empruntée par celle-ci à son vainqueur.
{-) Sur le haut Pascual, alllucnt du Patia.
(3) Sur le haut Cuaîquer.
(^) Entre Tiiqucres et Cvunbal.
(®) Entre Iles et Ipiàles.
(®) La limite méridionale, que nous assignons aux Pastos, nous est d’ailleurs confirniée par un document des Relaciones geogrâficas, où il est dit que, entre la vallée de Pimampiro (habitée parles Garas) et la province des Pastos, il existe un pont naturel (337, lit, p. i34); or, ce pont n’ost autre que le Rumichaca du rio Apaqui, affluent du Chota.
ETIINOGIi-VriilE ANC1EN>E DE E ÉOUATEUIl.
de cette région et de la région limitrophe de Hiiaca ('). A l’Ouest, les Pastos étaient en contact avec les Barbacdas du rio Mira et du haut Pati’a; à l’Est, ils voisinaient aA^ec les populations amazoniennes du haut Aguarico, connues sous le nom de Cofanes, puis avec les Quillacingas (■).
Le pays des Pastos était de climat très froid; il produisait peu de maïs, mais beaucoup d’orge, de pommes de terre et se prêtait à l’élevage du bétail (76, p. 386).
Les renseignements que nous avons pu réunir sur les Pastos sont peu nombreux. Ils formaient une peuplade numériquement très importante. D’un aspect désagréable, simples, sans malice et peu courageux, ils élaient tenus en piètre estime par leurs voisins. D’une malpropreté repoussante, ils mangeaient leur propre vermine ( ') et se préoccupaient peu de laver leurs ustensiles de cuisine. Leur vêtement était des plus primitifs : Los indios se euhren con una manta larga, que ternà très ô cuatro oaras, con la cued se dan una ouelta por la cintura y otra por la garganta, y eclian el rainai cque sohra por encirna de la caheza, y en las partes deshonestas traen maures
pequehos ; andan las mujeres oestidas con una manta angosta à manera de costal, en
que se euhren de los pechos hasta la rodilla ; y otra manta pequeha encirna, ejue oiene ci caer sobre la larga, y todas las mas son hechas de yerhas y de cortezas de drholes, y edgunas de edgodon (76, p. 385).
Les anciens auteurs ne nous donnent aucun renseignement sur les habitations des Pastos; mais, d’après les fonds de cabane que nous avons rencontrés en grand nombre aux environs de Huaca, nous savons qu’elles étaient de forme circulaire, de 8^^^ à lo™ de diamètre, avec des murs en terre et une seule porte sans orientation déterminée; la toiture était vraisemblablement en paille du Stipa ichu, qui pousse en abondance dans le pdramo.
L’alimentation devait être, comme de nos jours, à base de maïs; nous savons,
(•) La tojDonyiiiie nous conduit au meme résultat : en ellct, nous retrouvons, un peu en aval du eonüuent du rio Cliota et du rio Amhi, la terminaison gîter, caractéristique du pays pasto, dans le nom de lieu Iluaqucr.
(-) Gonzalez Suarez (142, p 63, 85-86) confond les Pastos et les Quillacingas. A noire avis, il y a là une erreur, car des documents publiés par cet auteur et que nous avons reproduits (36, p. Si-Sa), il résulte que les langues des deux peuples étaient dissemblables et que Punc cl l’autre étaient encore en usage un demisiècle apres la conquête. D’autre part, Cioza de Leôn insiste sur la dilfércncc de coutumes des deux tribus, dont l’une (les Quillacingas) était anthropophage et l’autre non [las costumhres deslos indios quillacingas ni paslos no conjovnian unos con olros, porque los pastos no comen carne hurnana) ; les premiers étaient belliqueux, les seconds lâches (76, p. 385-386). D’ailleurs, le chroniqueur a soin de distinguer les villages habités par les uns et les autres. Les Quillacingas occupaient, d’après lui, la vallée d’Atris où fut fondée la ville de Pasto et les villages suivants: Mocondino, Bejendino, Buyzaco (Buesaco dans les cartes modernes), Guajanzangua, Mocoxonduque, Guacuanquer, Macaxamata, Pastoco, ainsi que les rives de deux grandes lagunes très froides, qui se trouvent dans la partie la jilus hante de la Cordillère orientale (il est évident que Cicza de Leùn désigne ici le lac de La Cocha ou de San Pablo) (76, p. 385). D’après ces indieutions, on peut assigner comme territoire au.x (ydllacingas une contrée dont Pasto est le centre [nous savons qu’un corregidor de la tribu résidait dans cette ville dans les premiers temps de la colonie (337, III, p. 3;| )] et qui comprend le rio Juanambù, affluent du Patla, et la Cordillère orientale au sud de Pasto.
(^) Les Incas leur faisaient payer comme tribut des tubes de poux (77, p. 258).
ÉTAT DU PAA'S ÉQUATORIUN AU JIOJIENT DE LA DÉCOUVERTE. l3
en outre, que les Indiens avaient l’habitude de mâeher la eoca qu’ils se proeuraient dans la vallée de Piinampiro (337, in, p. i34) (').
Peu guerriers, les Pastos avaient de mauvaises armes : ils se servaient de pierres (sans doute des haehes fort simples), de bâtons en forme de crosse (d manera de cayados) et, plus rarement, de lances mal faites. Ils n’étaient pas anthropophages (76, p. 385).
Cieza de Leôn et les autres chroniqueurs sont muets sur les coutumes funéraires des Pastos; mais les fouilles nous fournissent à ce sujet de précieux renseignements. Le seul mode de sépulture que nous ayons rencontré dans la région est celui des sépultures en puits (•), le plus souvent avec galerie latérale, dont nous donnons la description plus loin (p. ii5). D’après l’étude des fonds de cabane de Huaca, il apparaît que, dans cette région du moins, les tombes étaient creusées dans la maison même du mort, au centre de celle-ci, et quelquefois de chaque côté de la porte. Il est probable que les survivants abandonnaient ensuite la cabane, comme cela se pratiquait chez d’autres peuplades éc[uatoriennes. Dans ces sépultures, on disposait, à côté du mort, des vivres, de la chicha (‘), des ustensiles de cuisine, des armes, etc. Certaines fouilles démontrent que, comme leurs voisins, les Quillacingas, et toutes les tribus équatoriennes, les Pastos enterraient avec les chefs ou personnages principaux quelques-unes de leurs femmes et de leurs domestiques. Ils croyaient, en effet, à une autre vie comportant des besoins analogues à la vie sur terre et situaient cette existence d’outre-tombe dans des régions de séjour gai et agréable. Les croyances religieuses des Pastos semblent d’ailleurs avoir été assez rudimentaires; ils ne possédaient pas d’idoles, mais ils avaient cependant quelques sorciers (76, p. 385).
Nous sommes très mal renseignés sur leur organisation sociale. Le groupement des fonds de cabane à Lluaea montre que les Pastos formaient des villages importants; il est probable c|ue cbacun de ces groupements avait à sa tête un chef, ainsi que cela existait dans toutes les tribus équatoriennes.
Quant à leur langue, elle nous est totalement inconnue; nous savons seulement qu’elle était différente de celle de Quito, dillicile à apprendre (337, iii, p. 91) et cju’elle
(^) 11 esL l'einarquable que cet usage, répandu dans toutes les tiibus équatoriennes avant la découverte, ne se retrouve plus à l’heure actuelle que dans la petite peuplade de Mayasquer (346, p. i47). La disparition d’une coutume si chère aux Indiens, et à laquelle étaient liées de nomhrcuses superstitions, est due sans doute à rinîluencc des prêtres catholiques. Dans une lettre adressée à Philippe 11,1e Père Antonio de Zuhiga signale, en effet, avec véhémence le danger, pour la religion, de laisser les Indiens conserver cette coutume. Il jjensait que ceux-ci ne mâchaient la coca que par superstition, parce qu’ils adoraient cette plante, et proposait des mesures particulièrement sévères contre ces pratiques idolàtriques. Il indiquait qu’il serait plus facile d’entamer la lutte dans la région de Quito que dans celle de Cuzcp, parce que les Espagnols n’y avaient pas encore entrepris, comme au Pérou, la culture de la coca pour en tirer profit en la vendant aux indigènes (452, p. 92-93). Ce détail explique, d’une manière plausible, pourquoi l’usage a disparu en Equateur et persisté au Pérou.
(^) Ainsi que nous le verrons en nous occupant des sépultures précolombiennes, Gonzalez Suarez a signalé l’existence, dans la vallée d’El Angel, de sépultures en urnes (p. 126).
(®) Espèce de bière, faite surtout avec le maïs.
l4 EI'lINOGliAI’IIIK ANCIKiNAl'; DG l.’l.UDATEUr. .
élait encore en nsage nn tleini-siècle après la conquête, l^a toponymie tic la région occupée par les Pastos est caractérisée par la terminaison quer.
Nos connaissances sur l’histoire de ce peuple se réduisent à peu de chose. Suivant \ claseo, les Ciaras n’auraieuL étendu leur empire que sur la partie méridionale du terri toire jjasto, sur celle qui eorrespoud à la région aciiielle de San (udnlt'l et de Iluaca (418, n, p. S). Par contre, les ineas eomparent sans dillieulté la proA'inee tout entière : on sait, en ellet, (pu^ la limilf' seplentriouale de. leur royaume lut le lio Angasma}»». i\lontesiuos rapporte même (pie Huan-Auqui, le l'rère de Muayna-Piipae, pénétra justju’à la ville de Pasto, d’où le rapjjcla la nouvelle île la premièri; apparition des Espagnols sur la C(jte étpiatorienne (252, p. 171). ()uoi ([u’il en soit, il est certain (pie les Pastos ont peu subi l’inHuence ineasi([ue et il n’est mentionné nulle part ([ue les conquérants péruviens aient installé chez eux de colonies de mliimaes. i.eiir région est donc particulièrement intéressante à étudier, et nous verrons tpie les objets extraits de leurs sépultures ilillerent beaucoup, comme facture, des objets péruviens. Leur étude nous montrera, en outre, ({ue cette peuplaile avait atteint un degré de civilisation bien supérieur à celui que nous dépeignent les ehroniqueurs. Comme il n’y a aucune raison de suspecter la véracité de leur récit, il y a lieu de supposer que, dès l’époque où ceux-ci parcoururent la région, les Pastos étaient entrés dans cette voie de régression tpii les a amenés à l’état lamentable où ils se trouvent eiicoie aujoutd’hui.