CHAPITRE II
Données relatives à la |i»j>iil%(ian aborigène.
Les anciens ne nous onl transmis aucun document précis sur les populations qui, a Forigine, ont peuplé l^llg-érie. Au dire de Sallustc, le nord de l'Afrique aurait été d'abord habité par deux races aborigènes : le (iétxdes et les Lybiens. Plus fard, les Gétules auraient fait alliance avec les Mèdes et les Perses venus à la suite d'Hercule et, de la fusion de ces deux éléments, l'un, autocbtone, l'autre, asiatique, seraient nés les NumMes, dont les Berbères actuels seraient les représentants. Cette légende, empruntée aux aimales des rois numides, rend assez bien compte des faits que l'on constale aujourd'hui. Le type brun représenterait les descendants des Numides, tandis que le type blond, qui est en minorité et qni se rencontre surtout au Maroc, formerait la poslérilé de l'armée des Mèdes et des Perses dont le nombre ne pouvait être aussi consi-
(lérable que celui des Grlules. L'exislence du type blond signalée dès la plus haute antiquité semble confirmer le récit de Salluste.
Il convient, toutefois, de remarquer qu'um* migration chananéenne dont parlent les auteurs orientaux expliquerait également la présence des blonds aux yeux bleus. On sait, en effet, que parmi les juifs qui cependant ont toujours évité de s'allier aux peuples étrangers, on rencontre assez fréquemment des individus qui présentent un type blond nettement accusé, tout en conservant, en dehors de cette particularité, les autres indices caractéristiques delà race sémitique la plus pure. Il se pourrait donc que le type blond eût été introduit en Algérie et au Maroc parles population chassées de la Palestine qui auraient, en même temps, apporté la religion juive très répandue au Maroc à l'époque de la conquête musulmane. La légende rapportée par les historiens arabes ne détruit point d'une manière absolue celle de Salluste, elle donne seulement une importance bien moindre à l'influence qu'on croit avoir été exercée par la race aryenne sur la constitution actuelle de la population berbère, car les Berbères blonds semblent toujours avoir eu plus d'affi-
nité avec les Sémiles et les Ghananéens qu'avec les Aryens.
Si l'on compare les Berbères de l'Algérie aux Touaregs, on reconnaît sans peine qu'il existe une parenté entre ces deux peuples : non seulement ils parlent la même langue, mais encore les caractères d'écriture dont les Touaregs se servent aujourd'hui sont exactement les mêmes que ceux qui figurent dans les rares inscriptions qu'on retrouve dans les montagnes de l'Algérie et qu'on désigne sous le nom d'inscriptions lybiques. Aussi, malgré la différence qui sépare ces deux peuples sous le rapport des coutumes et de la manière de vivre, il est impossible de ne point leur assigner une communauté d'origine ou tout au moins ime parenté très étroite. Pour expliquer ce fait indiscutable on ne peut recourir qu'à deux hypothèses : ou les Touaregs et les Berbères appartiennent à une seule et même race autochtone qui, à un moment donné, se serait séparée en deux rameaux : l'un continuant à occuper le berceau de la race , l'autre se répandant au sud du premier sur un vaste territoire inhabité ou dont il aurait fait la conquête. Ou bien, et c'est cette seconde hypothèse qui paraît la mieux justifiée, la race berbère algérienne autochtone
aurait subi l'invasion des Touaregs qui, ne trouvant point dans le nord de TAlg-érie les conditions d'existence auxquelles ils étaient habitués, se seraient répandus dans la contrée voisine qui leur rappelait leur pays d'origine. Peut-être aussi ces envahisseurs, après avoii' imposé leur lang'ue aux populations qu'ils avaient soumises ont-ils été chassés violemment du territoire conquis. Les Touaregs, qui ont gardé le souvenir de leur séjour dans le Tell, citent comme étapes de leur migration : Fez, Maroc et Chinguith.
Quant à l'orig-ine des ancêtres des Touaregs, elle est évidemment orientale. Les affinités que l'on constate entre les Touaregs, les Tebous et les Brabras reçoivent une explication toute naturelle, si l'on admet (jue les ancêtres des Touareg'S sont venus des bords de la mer Rouge envahir le Maghreb où ils ont laissé une marque impérissable de leur domination. Il est, du reste, tout au moins vraisemblable que des populations d'un tempérament aussi essentiellement nomade que les Touaregs proviennent d'une contrée où ce genre d'existence est possible et même nécessaire : or, à moins d'admettre qu'ils soient autochtones dans le pays qu'ils habitent aujourd'hui, ils n'ont pu pratiquer la vie
nomade que dans la péninsule arabique ou dans les déserts qui bordent le rivage oriental de la mer Rouge.
D'autres invasions, venues soit par l'Espagne, soit par le littoral de la Méditerranée, ont aussi, sans doute, coopéré à la formation du peuple berbère alg-érien ; mais ce contingent ethnique n'avait pas, avant la conquête arabe, fourni un élément assez important pour modifier dans ses traits essentiels la physionomie caractéristique de la population primitive de T Algérie.
Les monuments mégalithiques qui existent sur un certain nombre de points de l'Algérie sont généralement attribués à des migrations d'origine aryenne ; mais cela n'infirme en rien l'opinion relative au peu d'importance de l'action qu'elles ont exercée. En effet^ ces monuments ne se rencontrent point dans les montagnes où se trouve le type blond, ce qui serait certainement arrivé si les blonds avaient, à un moment donné, joué un rôle prédominant en Algérie. Les stèles funéraires portant des caractères lybiques et semblables à la stèle dite iVAbizar{FiG. 1) appartiennent, au contraire, au pays montagneux et si le. nombre qu'on en a signalé n'est pas plus considérable, cela lient à ce que les sculptures
POPULATION ABORIGENE
qui recouvrent ces stèles ont un relief si peu accusé qu'il faut une attention toute particulière pour arriver à les découvrir. Le des-
FlG. 1.
Stèle d'Abizar.
sin de ces stèles est si grossier qu'on a peine cà en expliquer certains détails; ainsi le triangle qui se trouve à la partie inférieure du visage des personnages dans les stèles d'Abizar et
EllKN. DE I- ALOtlUL.
26 ETHN'UGRAPHIE DE l'aLGÉRIE
de Soiiama et qu'on a considéré jusqu'ici comme représentant une barbe taillée en pointe pourrait être expliqué avec plus de vraisemblance comme la représentation du voile que portent encore aujourd'hui les Touaregs et confirmerait l'hypothèse de leur présence dans le nord de l'Algérie.
Les petits monuments funéraires appelés choncha ci bazi?ia qu'on a remarqués dans l'Aurès sont dus probablement à la race autochtone ; ils ont été imités plus tard par les rois numides dans le Madghasen, qui est une sorte do bazina colossale. Les djcdar et le tombeau dit de la Chrétienne ont été encore, à une époque plus récente, les dernières imitations de ces tombeaux primitifs. Tous ces monuments établis sur un même plan sont des tertres artificiels recouverts d'une maçonnerie en forme de tronc de cône et à base elliptique ou circulaire. Los choucha ont la forme cylindrique qui paraît être la forme la plus ancienne.
Les traces de l'ancien culte des populations berbères ont complètement disparu. Les partages de viande entre tous les habitants d'un village, qui se font assez fréquemment dans les villages de la Kabylio, pourraient cependant avoir une origine religieuse et rappeler
la distribution de chairs provenant des animaux sacrifiés sur les autels des dieux au lieu d'être, ainsi qu'on l'a dit, une institution d'un caractère hygiénique.