‹ Ethnographie de l'AlgérieChapitre 6 sur 13 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

IKIéntents ethniques.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut, Salluste rapporte que, outre les Gélules et les Lybiens, des populations d'origine aryenne, Mèdes, Perses et Arméniens, seraient venus à la suite d'Hercule et se seraient établis sur les bords de l'océan Atlantique après la mort de leur chef. Certains auteurs pensent que cette migration aryenne, au lieu de suivre le littoral africain, aurait traversé l'Europe et, arrivée en Espagne, aurait franchi le détroit de Gibraltar. Le seul arg^ument invoqué pour justifier ce second itinéraire est que l'existence des monuments mégalithiques que l'on rencontre dans le midi de l'Espagne et dans le nord de l'Afrique doit être attribuée à un peuple unique. Cet argument est loin d'être décisif et l'on a peine à s'imaginer des hordes nombreuses venues de contrées non maritimes et franchissant , à une époque très reculée, un bras de mer aussi large que l'est le détroit de Gibraltar. Sans doute cela n'est pas absolu-

ment impossible, mais comme d'ailleurs on ne connaît aucune légende qui ait conservé le souvenir de cette invasion par le nord, il n'y a pas lieu de rejeter l'hypothèse^ tout aussi vraisemblable, de la conquête successive du Maghreb actuel par une armée venue de l'Orient et suivant le littoral africain, ainsi que le rapporte Salluste. Quelle que soit la route suivie par ces aryens, ils n'ont point laissé de marques sensibles de leur passage en Algérie.

L'invasion des Ibères n'est pas bien certaine et, quant à celle des Hellènes, elle n'atteignit certainement pas l'Algérie. Les premiers peuples qui, aux temps historiques, sont venus s'établir en Algérie sont les Phéniciens. Adonnés à la marine et au commerce, les Phéniciens ne se sont jamais éloignés du littoral et leurs relations avec les populations indigènes se bornaient aux rapports de commerçants avec leurs clients. Ils n'ont point exercé non plus une action sensible sur l'ethnographie de l'Algérie.

Il en a été tout autrement de la conquête musulmane. Les Arabes ont imposé dès les premiers jours leur religion et leur langue au plus grand nombre des habitants. Dans les plaines, leur influence fut telle qu'il devint bienlùt impossible de distinguer les vain-

quours des vaincus. Les montagnards résistèrent avec plus d'énergie à l'envahissement des mœurs et des coutumes étrangères ; malgré leur conversion à l'islamisme, ils gardèrent certains de leurs usages, même quand ils n'étaient pas conformes aux prescriptions du Coran; mais, en dépit de leur résistance, la foi religieuse pénétra peu à peu dans leurs âmes et l'Islam peut encore aujourd'hui les compter parmi ses défenseurs les plus zélés.

A la suite de la conquête de l'Espagne et des luttes de toute sorte qu'ils eurent à soutenir, les Arabes ne tardèrent pas à disparaître de l'Algérie, et il fallut l'invasion des Arabes hilaliens au xf siècle de notre ère pour y ramener de véritables compatriotes des premiers conquérants musulmans. Ces tribus, après avoir ravagé le pays, allèrent pour la plupart s'établir dans le sud-ouest de l'Algérie, près des frontières du Maroc, où elles sont actuellement installées ; quelquesunes seulement pénétrèrent jusque dans l'intérieur du Maroc et contribuèrent par leurs armes à l'établissement de la dynastie chérifienne qui y règne actuellement.

La conquête française est trop récente pour qu'on puisse déjà estimer avec quelque pro-

babilité raclion qu'elle exercera sur les indigènes de l'Algérie. Jusqu'ici la France n'a pu donner beaucoup de soins à la transformation des populations qn'elle a trouvées sur le sol algérien ; elle a eu trop à faire pour assurer la pacification définitive du pays d'abord par les armes, puis par l'implantation d'un élément européen assez nombreux pour maintenir en respect les vaincus. La conquête est à peine achevée et il n'est pas sûr que, dans certaines tribus, les indig-ènes aient renoncé sans retour à l'espoir de reconquérir leur indépendance. Mais, à côté des diverses races établies en Algérie, il s'est formé, par le mélang-e des Français avec les autres Européens attirés dans le pays, surtout avec les Espagnols et les Italiens, un nouvel élément ethnique dont les représentants sont déjà appelés du nom è' Algériens. Bien que peu nombreuse encore, cette race a déjà des tendances assez franchement accusées pour qu'on puisse en esquisser le tableau.

En résumé, l'ethnographe trouve en Algérie les éléments suivants : l°les Berbères proprement dits ; 2° les Berbères arabisés ; 3° les Arabes ; 4° les Alg^ériens ; S° les Juifs. Quant aux Nègres et aux Couloug^hlis, métis issus de Turcs et de femmes indigènes, ils sont très

peu nombreux et ne méritent pas une mention spéciale.

La statistique du nombre des représentants de chacune des races indiquées ci-dessus ne saurait être établie d'une façon rigoureuse; cependant on peut, en chiffres ronds, estimer à 900,000 le nombre des Berbères purs ; à 1,400,000 celui des Berbères arabisés; à 500,000 celui des Arabes ; à 500,000 celui des Européens, y compris les Algériens et à 35,000 celui des juifs.

Autrefois, toutes les grandes familles indigènes possédaient des esclaves noirs, et le nombre des mulâtres en Alg'érie est assez considérable, mais ils sont, eng-énéral, disséminés dans la masse de la population et ne forment pas de groupes compacts ayant des caractères déterminés. C'est chez les habitants dos oasis du sud qu'on rencontre la plus grande proportion do sang noir, et il semble quo, sur certains points, la race blanche n'ait pu échapper à la destruction que par son croisement avec dos nègres venus du Soudan; mais ces nègres n'ont eu aucune influence sur les mœurs et coutumes des Sahariens et ce n'est que par leur conformation physique que les mulâtres se distinguent des blancs au milieu desquels ils vivent.

Los Koulouglilis n'ont jamais été répandus que dans les villes où il y avait une forte garnison turque ; ils occupaient autrefois des fonctions subalternes dans l'administration et les rares représentants qui subsistent do cotte race recherchent encore les emplois d'huissiers ou de garçons de bureau dans les administrations françaises. C'est à Tlemcen qu'on on retrouve le plus grand nombre.

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