Flacourt, Avant-Propos
Voir A. Grandidier, Mém. de la Soc. philomathique, 1888, p. 155 et suiv.; Sibrée, Madagascar et ses habitants, trad. Monod, p. 269; Catat, Tour du Monde, 1er décembre 1894.
coutumes, et, si l’on peut dire, les institutions du peuple malgache.
Aucun voyageur, avant Flacourt, n'avait apporté autant de renseignements sur la physionomie morale des indigènes. Rien de ce qui est pratiquement utile à connaître, rien même de ce qui est simplement curieux n'a échappé à sa perspicacité. Mais pour voir clair dans les mœurs d’un peuple, pour en tracer un portrait exact et impartial, il est nécessaire à l'observateur de s’abstraire de soi-même, d'oublier ses préférences ou sa haine. L'ancien gouverneur s'est-il tracé cette ligne de conduite? S’est-il toujours gardé des entraînements injustes et des jugements passionnés ? Nous ne le pensons pas. Ce n'est pas de lui qu’on peut dire qu’il a toujours écrit sine tra el odio. Il a parlé souvent des Malgaches en homme qui se souvient des luttes qu’il a soutenues contre eux et qui veut mettre ses compatriotes en défiance contre leur caractère. [1 les a peints sous les couleurs les plus sombres. Il leur attribue toutes sortes de vices et de défauts. Pour lui, les naturels, à l'exception de ceux de Manghabé, sont des gens capables de tous les crimes, de toutes les trahisons, des gens qui regardent comme autant de vertus la dissimulation et la perfidie. Écoutons-le plutôt : « S'ily a nation au monde adonnée à la trahison, dissimulation, flatterie, cruauté, mensonge et tromperie, c'est celle-ci, dit-il, et principalement depuis le pays de Manghabéjusques au bout de ceste isle en tirant vers le sud : mais la nation de Manghabé n’est pas de même, ce sont gens de peu de discors, mais de plus de foy, qui ne sont pas si cruels et n’usent point de trahison envers les étrangers. Pour les autres nations, ce sont les plus grands adulateurs, menteurs et dissimulés qu’il y aye au monde, gens sans cœur et qui ne font vertu que de trahir et de tromper, promettans beaucoup et n’accomplissans rien si ce n’est que par la force et par la crainte, gens qu'il faut mener et gouverner par la rigueur et qu'il faut chastier sans pardon, tant grands que petits estans trouvés en faute... C'est la nation la plus vindicative du monde et de la vengeance et trahison ils en font leurs
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deux principales vertus, estimans ceux-là niais el sans esprit qui pardonnent. Quand ils ont la force ils ne laissent point échapper l'occasion d'exercer la cruauté sur ceux qu'ils ont vaincus en guerre, Ce sont leurs délices que de rencontrer des enfans qu'ils fendent en deux tout en vie et deschirent en morceaux el des femmes à qui ils fendent le ventre et les laissent ainsi languir à demi-mortes!, »
En laissant des indigènes un portrait véritablement affreux, l'ancien chef de la colonie ne semble pas seulement avoir agi par haine de ses anciens ennemis, il paraît aussi avoir voulu servir sa cause. On a pu l’accuser, nonsans raison, d'avoir eu pour but, en insistant sur leur cruauté, de justifier Les atrocités qui furent commises par ses ordres. L’historien anglais Copland va même jusqu'à prétendre qu'il a porté sur eux deux jugements contradictoires. D’après lui, lorsque Flacourt parle d'une façon abstraite, il prodigue aux indigènes les plus grands éloges, il affirme à ses lecteurs qu’ils possèdent toutes les qualités naturelles, mais, quand il nous entretient de ses rapports avec ces mêmes indigènes, il les représente comme les sauvages les plus perfides et les plus sanguinaires de la terre*. Nous n'avons point remarqué ces contradictions dans la Relation de notre historien. Dans ses descriptions comme dans ses récits il parle avec la même acrimonie. Le seul passage où il montre une certaine modération dans son jugement, c’est celui où il déclare que les lecteurs de son livre «ny verront pas exercer la barbarie et la cruauté des Américains et des Caffres de Sofala qui sont anthropophages, ny la bestialité des nègres de la Guinée qui vendent père et mère et
parens aux nations de l'Europe »*. Partout ailleurs, il n’a que
des paroles haineuses pour les habitants de la grande terre‘. Quoi qu’il en soit, l’ancien gouverneur n’a pas compris que