‹ Etienne de FlacourtChapitre 102 sur 157 · Flacourt, éd. 1661, p. 191 et suiv · texte numérisé non relu

Flacourt, éd. 1661, p. 191 et suiv

dela lune et l’année... Au païs des Machicores ils squillent sur une planchette oùil y a autant de trous qu'il y a des figures de geomance, et sur le trou où ils arrestent un petit baston qu'ils tiennent, ils regardent lafigure qui y est peinte et ainsi forment leurs figures et en font leur jugement »‘, D’où venaient ces pratiques géomanciennes? Le viel auteur s'est chargé de nous l'apprendre. C'estaux Sémites qu’il'en a attribué l'introduction dans le pays*.

Joignez à cela qu'il semble s’être rendu compte de l’influence que ces praliques ont exercée sur les mœurs des indigènes, sur leur vie privée ou publique. Il est le premier notamment qui nous ait parlé de la coutume barbare qu'’avaient les parents d'abandonner leurs enfants, s'ils naissaient dans un jour ou dans une époque regardée comme néfaste”.

Or l’authenticité des renseignements qu'il nous a apportés à ce sujet est indiscutable. Non seulement ils sont confirmés par les voyageurs du xvn°siècle*, mais les peuplades de la côte orientale observent encore les mêmes coutumes que Flacourt a vues, il y a plus de deux siècles. Les voyageurs qui par-

LFlacourt, éd. 1661, p. 17.

21d.;401d.. nu 3. Flacourt, 1661, p. 11, 16, 17.

4. Écoutons en effet le P. Nacquart : « Une coutume plus directement contraire à Dieu et dont l'abolition nous dounera bien de la peine, dit-il, c’est . une espèce de culte également ridicule et damnable que les grands du pays et leurs sujets rendent à certaines idoles qu'ils appellent olis, ce qui veut dire onguents. Les ombiasses les font etles vendent; la matière de ces petites idoles est un morceau de bois ou une raciue creuse qu’ils attachent à une ceinture. Puis ils y mettent de la poudre et de l'huile et y dessinent des figures de petits hommes, s'imaginant qu’ils sont vivants et capables de leur donner tout ce qu'ils peuvent souhaiter comme le beau temps, et la pluye, les préserver des maladies, des ennemis, etc. Ils ne manquent pas de leur donner à manger, souvent le cœur de telle volaille, plutôt que de telle autre. .Chacun en à dans sa maison et les porte avec soi à la campagne. Ils y ont recours dans leurs nécessités comme nous à Dieu. Ils ne font rien dans leurs doutes sans en prendre conseil; et, à la première pensée qui leur vient ils croient qu’elle leur a été suggérée par leurs olis.. Quand ils veulent passer les rivières, ils ont d’abord recours à leurs olis, les priant deles garantir des crocodiles qui y abondent » (Nacquart, Mémoires de la Mission, t. IX, p. 59 : Lettre à saint Vincent de Paul, 5 février 1650. Voir ausi Souchu de Rennefert, Relation du premier voyage de la Compagnie des Indes orientales en l'isle de Madagascar, Paris, 1688, p. 263).

courent ce pays son livre à la main peuvent aujourd’hui assister aux mêmes scènes et apprécier la sûreté de ses informations ainsi que sa véracité‘. Presque tous s'accordent avec lui pour reconnaître dans les naturels un peuple très superstitieux et très attaché à ses superstitions*, et si un voyageur de notre siècle a reproché au vieil historien d'avoir fait de la coutume de l’abandon des nouveaux-nés une coutume générale, il n’est pas encore prouvé qu’une telle opinion füt dénuée de fondement*.

Quelque exactitude qu’ait apportée Flacourt, dans la description des superstitions malgaches, il s’est montré partial dans l'appréciation qu'il en a donnée. Sa rancune personnelle ne s’y révèle guère moins que dans la peinture du caractère des indigènes. Il ne voit dans toutes leurs pratiques qu'une nouvelle preuve d’hypocrisie. L’historien qui déclare que ces gens observent la loi naturelle, les coutumes de leurs ancêtres, celles qu’avaient importées les Zaffeibrahim*, assure que cesmêmes gens sont «grands menteurs » et ne s'appliquent à autre chose qu’à « inventer des menteries »°; menteurs, parce que, dans leurs sacrifices, ils offrent un morceau à Dieu et en réservent un au diable; menteurs, parce que s'ils croient en Dieu, ils ne le prient et ne l’adorent que lorsqu'ils sont malades ou effrayés par des songes®. N’était-il pas naturel de

4. Voir G. Ferrand, Les musulmans à Madagascar, 1r° partie, p. 87.

2. M. Grandidier assurait en 1867 que les Mahafales sont dominés par les superstitions les plus incroyables (Bull. de la Soc. de la géogr. de Paris, juillet-déc., 1867, p. 393).

D’après le Dr Catat, les Antandroys et les Betsiléos sont superstlitienx au plus hautpoint (Tour du Monde, 8 déc. 1894, p. 359; 22 déc., 1894, p. 382).

Catat et Douliot parlent de la croyance des indigènes aux odys dans les mêmes termes que Flacourt (C.R. de la Soc.de géogr. de Paris,23 mars 189, p. 208; Bull. de la Société de Géogr. de Paris, A°r trimestre 1895, p. 136).

Pour les pratiques géomanciennes, voir G. Ferrand, Les musulmans à Madagascar, 1" partie, p. 74.

3. Ep. Colin, Annales des voyages, t. XIV, p. 308 et suiv. Comparer Maudave dans Pouget de Saint-André, loc. cil., p. 113; Charnay, Tour du Monde, 1864, 2e, sem, p. 210).

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