‹ Etienne de FlacourtChapitre 103 sur 157 · Id., tbid., p · texte numérisé non relu

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ménager le démon puisqu'il leur semblait plus à craindre ? N'est-il pas permis de croire que cette manière d’agir était inspirée par la crainte plutôt que par la dissimulation? C’est du moins ce que se serait demandé un voyageur exempt de partipris et de préjugés.

Or tel n’était pas Flacourt. Aussi ne faut-il pas s'étonner de le voir, à l’imitation de Cauche et de plusieurs voyageurs de l’époque précédente, refuser aux habitants de Madagascar toute religion.

Le vieil historien ne s’est pas soustrait aux opinions de son époque. À travers les superstitions qu'il décrit, on sent l’indignation du chrétien. La haute opinion qu’il avait de la religion de son pays lui a fait croire que des peuplades adonnées à de telles coutumes, chez lesquelles ne se voyait aucun temple, ne se pratiquait aucun culte semblable à celui de sa patrie, qui, tout en croyant à l'existence d'un Dieu créateur de toutes choses, ne lui adressaient pour ainsi dire aucune prière et vivaient selon la loi naturelle‘, que detelles peuplades étaient incapables de conceptions désintéressées et élevées et ne pouvaient avoir de religion. N'ayant jamais vu d’autres peuplades sauvages, il n’a pas compris que leurs superstitions n’étaient que des preuves de leur simplicité, de leur crédulité, et que chez elles il fallait savoir distinguer les véritables croyances, celles qui constituaient la base de leur religion. Pour les avoir jugées avec ses propres idées, ses propres sentiments, pour avoir oublié qu'il avait devant lui des gens primitifs et n'avoir pas remarqué que les Malgaches adoraient et invoquaient Dieu dans presque tous les actes de la vie”, Flacourt est tombé de nouveau dans l'erreur, sinon dans l'injustice. Sous ce rapport le gouverneur ne s’est pas révélé observateur plus pénétrant que le P. Nacquart, le zélé missionnaire, pour lequel les croyances religieuses des naturels n'étaient que l’œuvre du démon et n’offraient en aucune manière le caractère d’une

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