‹ Etienne de FlacourtChapitre 107 sur 157 · Flacourt, éd, 1651, p · texte numérisé non relu

Flacourt, éd, 1651, p

ne se servaient pas de monnaie : « Quant au trafic ecommerce qu'ils ont besoin les uns avec les autres, dit-il, il ne se fait que par eschange; ils n’ont aucun usage de monnoie; les merceries et verroteries que les chrétiens leur portent, leur servent de monnoye, quand ils vont en païs loingtain acheter des bœufs, du cotton, de la soye, des pagnes, du fer, des

sagayes, des haches, des coutteaux et autres choses dont ils ont besoin. Ils eschangent du cuivre pour de l'or et de l’argent et font ainsi leur négotiation par eschange.. Celui qui a besoin de quelque chose le va chercher où il y en a en abondance et à bon marché; il n’y a ni foire ny marché; la foire est où il abondance de quelque chose plus qu’en autre pays : là le cours y est, là chacun en envoye faire sa provision »#,

Il ne s'ensuit pas toutefois qu'il ait regardé les Malgaches comme un peuple tout à fait primitif et ignorant. S'il avait eu intérêt à les représenter comme des gens cruels pour justifier ses actes, il n’en avait aucun à les représenter comme des gens inintelligents, puisque, comme nous le montrerors plus loin, l'initiation de ceux qu'il avait subjugués aux procédés agricoles et industriels des pays civilisés n’était pas une de ses moindres préoccupations. De même, la conscience qu'il avait de la supériorilé de la civilisation européenne ne l’a pas empêché de reconnaître les diverses manifestations de leur intelligence. Tout en avouant qu’ils sont pour la plupart pa-

‘resseux et indolents*, il déclare qu'ils sont adroits, curieux

1, Flacourt, éd. 1661, p. 90 et suiv.

2, Cette opinion a été partagée par plusieurs voyageurs du xvirie et du xixe siècles. \

« Une insouciance naturelle et une apathie générale leur rendent insupportable tout ce qui exige de l'attention. Sobres, légers, agiles, ils passent la plus grande partie de leur vie à dormir et à se divertir » (Rochon, Un voyage à Madagascar, 1191, t. I, p. 15). ë

« La paresse, dit Maudave, est leur vice capital, à ce point qu'ils sont exposés à de grandes famines dans le pays du monde le plus fertile. Ils ne plantent guère que des patates et quelque peu de riz, ils ne ont pas la centième partie de ce que leurs terres pourraient fournir » (Pouget de Sainte- André, loc. eit., p. 63).

« Paresseux avec délices, la facile satisfaction de ses besoins, lui (au Malgache) rend insupportable le lien le plus léger » (Tour du Monde, 1884, 20 semestre, p. 207 : Madagascar à vol d'oiseau, par Charnay).

d'apprendre et qu'ils perfectionnent ce qu'ils entreprennent. Il va même jusqu’à assurer qu'il ne leur manque que l'instructiont. Et il nous apporte des preuves de ce qu’il avance. Bien qu'il soit plus soucieux de nous décrire les ressources de l'île, que de nous montrer le parti qu’en tirent les indigènes, il laisse entrevoir que, dans leur manière de cultiver la terre, ils tiennent compte, dans une certaine mesure, des conditions naturelles, des avantages ou des inconvénients qu’elles présentent dans telle ou telle contrée. Ne nous dit-il pas que du côté de Fénérive et d’Antongil, pays détrempés par les pluies, les habitants sèment le riz non dans ies marécages

où il serait exposé à pourrir, mais dans les montagnes ou les vallons où l'humidité est suffisante sans être nuisible, tandis que, dans la province d'Anossi, contrée soumise aux grandes sécheresses, ils sèment le riz, non dans les plaines et les montagnes, mais dans les marécages où il trouve la quantité d'humidité qui lui est indispensable pour germer? |

L’habileté des indigènes dans la confection des objets de luxe n’a pas moins éveillé son attention. Guidés par lui, nous admirons les pagnes remarquables par leur finesse etleur délicatesse que façonnaient les femmes des pays d’'Anossi et des Eringdranes, ces nattes de diverses couleurs et d’une miatière sirare et si agréable à l'œil qu'elles pouvaient servir à la décoration des plus riches habitations de France, sans parler des boucles d'oreilles que les orfèvres fabriquaient avec des plaques d’or très minces soudées à un morceau de coquille et parsemées de grains très fins à.

Il n'est pas jusqu'à leur manière de compter qui n'ait été

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