‹ Etienne de FlacourtChapitre 108 sur 157 · Id., ibid., p. 76 et suiv · texte numérisé non relu

Id., ibid., p. 76 et suiv

I. Douliot a confirmé ce qu'avait dit Flacourt sur l’habilité des indigènes dans la fabrication des nattes et des pagnes (Bull. dela Soc. de géogr. de Paris, Ler trimestre 1895, p. 125, 126).

l’objet de ses observations. Les anciens auteurs,et en parliculier Lindschot, avaient écrit qu'ils ne savaient compter quejusqu’à dix. Flacourt affirme qu’ils n'avaient pas été bien informés : «Les habitants originaires de Madagascar, dit-il, comptent, ainsi que les Nations de l'Europe, depuis un jusqu’à dix, et depuis dix, ils ajoutent unité et le reste des autres jusques à vingt et de vingt jusques à cent. »

Enfin, quelque haute opinion qu'il pût avoir de ses compatriotes, il n’a pas dissimulé à ses contemporains que les Malgaches le cédaient à beaucoup de paysans français en rudesse et en ignorance ?.

Une question que devait naturellement se poser le gouverneur de Fort-Dauphin et qui avait déjà été abordée par quelques-uns de ses prédécesseurs, c'était celle de savoir quelle sorte de langue parlaient les habitants de la grande île. Mais Flacourt n'était ni linguiste, ni philologue. Aussi s'est-il servi parfois pour caractériser la langue malgache, d’expressions très obscures et presque inintelligibles. Il nous apprend, dans sa Relation, que « la conjugaison s’observe; le verbe passif et l'actif et chaque chose se dit et se nomme par l'action et la manière qu’elle se fait, comme un verbe rompu, ou du bois rompu, kazon foulac, un vestement rompu, sichin rota, un pot rompu, vi/angha vacqui, un fil rompu, foule maitou, une corde rompue, {ali maitou : et ainsi de plusieurs autres choses qui font reconnoistre que ceste langue est très copieuse et que ce n’est point un jargon* ». Or qu’entend Flacourt par cette règle qui consiste à 20ommer chaque chose par l'action et la manière dont elle se fait? C’est ce qu'il est difficile d’éclaircir. En tout cas, il est exagéré de faire dériver la richesse du malgache du seul mode de conjugaison.

Cette richesse consiste surtout dans les nombreuses particules qui modifient ou complètent le sens des mots*.

. Flacourt, 1661, p. 88.

. Id., ibid.

. Flacourt, éd. 1661, p. 195.

. De Froberville, Bull. de la Soc. de géogr. de Paris, 1839, t: XI, 2€ série

Frappé de la richesse de cette langue, notre historien a cédé à l'habitude qu’avaient ses contemporains de rapporter les langues récemment connues à celles qu’étudiaient seulement les érudits, à savoir : le grec, le latin, l’hébreu. De là cette comparaison qu'il nous donne du malgache et du grec: «La langue de Madagascar a, dit-il, en beaucoup de choses quelques rapports avec la langue grecque, soit en sa façon de parler, soit dans la composition des mots et de verbes. Cette langue a des mots composés à la façon de la langue grecque’. » La prononciation douce et harmonieuse du malgache, l'absence de consonnes à la fin des mots, la suppression d’un grand nombre d'entre elles dans leur formation, la clarté et la sonorité des syllabes, toujours accentuées et nettement frappées, tout cela peut en un certain sensjustifier cette comparaison. Mais Flacourt n’a pas saisi les différences qui séparaient ces deux langues. Il ne s’est pas rendu compte que, contraire ment à ce que l’on remarque en grec, on ne rencontre en malgache ni genre, ni nombre, ni l’ingénieux mécanisme des désinences qui permet de faire sentir avec concision et netteté les distinctions les plus subtiles ?.

Au reste, c’est avec plus de raison qu'il aurait pu montrer les ressemblances de la langue malgache avec la langue malaise. On serait tenté de croire, il est vrai, qu'il les a entrevues, puisqu'il avance que c’est avec les langues orientales qu’elle a le plus de rapports*; mais il n’en dit pas plus. C’est à d’autres voyageurs, c’est aux savants de notre époque qu'il faudra s’adresser pour savoir que, dans le malgache, comme dans le malais, il n’y a point de mots d’une articulation difficile, que la plupart des mots tirent leur origine d’autres mots appelés racines et se composent à l’aide de particules,

p. 3 et suiv.; Note du R.P. Jean, tbid., 1er trim. 1884, p. 35 et suiv.; P. Piolet, ouvr. cilé, p. 544.

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