Flacourt, éd. 1661, p. 94 et suiv
« Tous les chefs du pays sont ennemis jurés les uns des autres... Les indigènes sont tous ennemis de province à province.
« Leurs guerres ne sont que des enlèvements de troupeaux et d'esclaves, des incendies de baraques et quelques meurtres en trahison. Leurs batailles se passent en injures mêlées de quelques coups tirés au hasard » (Maudave, chez Pouget de Saint-André, Loc. cit., p. 61, 85, 90).
De nos jours,le DrCatat a également constaté l’état de division extrême où se trouvent les territoires du sud. « Ces États minuscules dit-il, sont toujours en guerre les uns contre les autres ». Mais il sehâte d'ajouter: « Il est vrai que cette lutte fratricide se borne à quelques vols de bœufs,à des coups de fusils tirés en l'air et surtout à d'interminables kabary » (Tour du Monde, 22 déc. 1894, p. 392). -
d'une partie de l'Europe, ne lui étaient guère plus connues. De plus, s’il avait l'esprit observateur, il l'avait peu critique. Partant il ne faut pas s'attendre à trouver chez lui des comparaisons profondes entre les habitants de la grande terre et ceux des autres pays du monde alors connu. Tout ce qu’on peut y découvrir se ramène à quelques réflexions superficielles. D'une part, il semble regretter que Madagascar n’ait point la civilisation de l'Europe, de l'Afrique, de la Chine, du Japon, de la Perse, de l'Inde et d'autres contrées de l'Asie dont il admire le luxe et la richesse. D'autre part, il se plaît à constater qu'on ne pourra y voir des mœurs aussi barbares que celles des Américains, des Cafres de Sofala, des nègres de la Guinée, et des superstitions semblables à celles que l'on rencontre dans les royaumes de Pegou et de Siam‘. Flacourt ne paraît pas avoir été plus frappé de l’étrangeté des mœurs de Madagascar qu'il ne l'avait été de celle de la flore et de la faune. Sans aller jusqu’à lui faire un reproche de n'avoir point deviné les analogies qui existaient entre les mœurs des Malgaches et celles des Indonésiens, il est permis toutefois de s'étonner qu'il ait négligé d’en montrer l'originalité, de mettre en lumière les différences qui les séparaïent de celles de l’Europe et de la France, pays qu’il devait connaître dans une certaine mesure. Il ne suffisait pas de constater que les Malgaches passaient plus doucement leur vie que les Européens, parce qu’ils n'étaient pas sujets à beaucoup d’incommodités que l’on éprouve dans les grandes villes; il était utile et à propos d'indiquer en quoi ils s’en distinguaient. Il eût ainsi fait entrevoir la mesure des efforts que nécessiterait l’œuvre de civilisation qu’on avait résolu d'accomplir dans la grande terre. Il ne suffisait pas de décrire l’organisalion sociale qui régissait les indigènes ; il importait aussi de bien définir en quoi les mœurs et les coutumes des Français de son temps se différenciaient de celles du pays qu'il voulait coloniser. Il eût ainsi éclairé ses compatriotes, et aurait pu, en prévenant des erreurs, les préserver de bien des illusions.
4, Flacourt, éd. 1661, Avant-Propos.
Il résulte de l'examen de l'œuvre ethnographique de Flacourt qu’elle est entachée de quelques erreurs et qu'elle offre encore nombre de lacunes. Comparé aux savants de notre époque, il pourra sans doute leur paraître bien inférieur. On regrettera l'insuffisance de ses observations sur les caractères physiques des habitants, leur origine, la diversité des races de la grande île.
On lui reprochera non sans raison de s'être servi exclusivement de couleurs sombres pour peindre le portrait moral des Malgaches de son témps et l’on ne s’étonnera pas moins de le voir refuser toute religion à des gens qui, de l’aveu de plusieurs voyageurs, ont de véritables croyances et pratiques religieuses.
Toutefois, si l’on considère que ces erreurs et ces lacunes s'expliquent le plus souvent par l'insuffisance des connaissances ethnographiques générales de l’auteur et de son époque, qu'avant lui on savait encore ji de chose sur les peuplades de Madagascar et que grâce à son activité il nous a légué un grand nombre de renseignements nouveaux et exacts sur quelques tribus du sud ‘et parfois sur toute la population de l’île, sur l'immigration et l’influence des Juifs et des Arabes, sur lés superstitions diverses auxquelles étaient adonnés les Malgaches, sur l’unité de langage qui régnait parmi eux, leur genre de vie, leur adrésse, leur industrie, leur intelligence, leur division en castes, et enfin les coutumes qui les régis- Saient au point de vue social, on ne fera pas difficulté d’avouer que son œuvre accuse un progrès notable sur celle de ses prédécesseurs. Jusqu’à cès trente dernièrés années peu de voyageurs ont laissé de la vie malgache une peinture aussi vivante, et, il faut bien lé dire, le plus souvent aussi vraie, puisqu ‘elle abonde en traits DORE qui, de nos jours même, de-
meurent réconnaissables , “quoique souvent modifiés mére “Re témps.