‹ Etienne de FlacourtChapitre 114 sur 157 · CHAPITRE TITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TITI

Les théories d'un homme d'action : le plan de

colonisation de Klacourt.

Opinions émises par quelques auteurs sur la colonisation de Madagascar pendant le séjour de Flacourt à Fort-Dauphin. — Part d'originalité, de sincérité, d'impartialité et d'exactitude que renferme le plan de l'ancien gouverneur. Régime qu'il propose d’adopter.— Régime moral : facilités et difficultés, que l’on rencontrera pour convertir les naturels, moyens qu’il indique pour parvenir à ce but. — Régime administratif : l'autonomie administrative, l’organisation de la justice, la défense de : la colonie: — Régime économique : le régime des terres, l'initiation agricole et industrielle, le développement des relations commerciales, endroits propres à là fondation d'établissements, le peuplement de la colonie, la colonisation ‘des terres australes. — Appréciation générale.

Jusqu’à l’année 1648, la plupart des voyageurs qui avaient abordé à Madagascar, quelque favorable qu’eût été l'impression qu'ils avaient recueillie sur la fertilité du pays, avaient négligé d’en proposer la colonisation à leurs compatriotes, soit parce que l’Inde et le Brésil leur paraissaient offrir encore plus de ressources, soit parce qu'un certain nombre de leurs compagnons y avaient succombé. Cependant, en 1646, Boothby, un explorateur anglais qui avait touché à la baie Saint- -Augustin, engageait ses contemporains à établir une colonie dans cette île dont il proclamait les richesses en termes dithyrambiques !. ë Non content d’en recommander l'exploitation par des aventuriers, qu'on y attirerait en leur promettant un lot de terres proportionnel à leur qualité, il demandait Fe on Y envoyât

A4 Description of. the 7 ‘famous: island of. Madagascar, or Saint- Lau ence in Asia, near in lo East India and proposal for an english plantation. there, Relation imprimée d dans Collection of- Voyages and Travels, dite Colleclion d'Osborne, 1745, in- -4, ouvr. cilé.

des ministres de Dieu pour prodiguer des encouragements aux colons. La même année, un autre explorateur anglais qui avait accompagné Boothby dans son voyage, Hammond, allait jusqu’à l’utopie dans une publication où il dépeignait les habitants de Madagascar comme le peuple le plus heureux du monde‘. Tout autre sera, quelques années plus tard (1649), l'opinion d’un voyageur de la même nationalité, Powle Waldegrave. Il n’hésitera pas à dissuader ses compatriotes d’une telle entreprise. Il exprimera même le souhait que Dieu épargne à tous les braves gens le séjour d’un tel pays, assurant que s'y rendre c'était courir aux souffrances de toute sorte et à la mort?.

En France, au contraire, il ne semble pas qu’il y ait eu divergence d'opinions sur le même sujet. Fr. Cauche n'avait pas rencontré de contradicteur, après avoir, dans un enthousiasme exagéré, manifesté son étonnement que sa patrie n’eût pas encore envoyé quantité de colons occuper et convertir au catholicisme une île si grande, si fertile, siricheen minéraux, et ressources de toute sorte, merveilleusement située entre les Indes occidentales et orientales, pourvue de tout ce qui est nécessaire à la navigation, à l’entretien et à la nourriture de l’homme, une île très peuplée et habitée par des gens d’un caractère doux, traitable, aimant extrsordinairement les Français, se liant et trafiquant avec eux, et tout disposés à adopter leur religion.

Mais il ne suffisait pas de préconiser la colonisation de Madagascar et d'indiquer les ressources qui permettaient de concevoir les plus belles espérances pour le succès de l’entreprise. Il eût été aussi à propos de ne point passer sous silence quelques-uns des moyens qu’il convenait d'employer pour la mener à bonne fin. Ce que le marchand rouennais n’a point fait,

4. Paradox proving that the inhabitants of the isle called Madagascar or Saint-Lawrence are the happiest people in the world.

2. An answer to M. Boothby: Book of'the Description of Madagascar, ch. 1, Tet suiv.

3. Morizot, Relation du voyage de Fr. Cauche, ouvr, cité, p. 173.

le gouverneur de Fort-Dauphin l'a tenté dans un chapitre de son livre, intitulé : « Advantages que l’on peut tirer en l’établissement de colonies à Madagascar pour la Religion et le Commerce’. » Il est le premier qui ait proposé un plan de colonisation de cette île; il est le premier qui ait fait connaître le régime moral, administratif et économique qu’il était possible d'adopter à l’égard des indigènes. Il est très vraisemblable que ce plan de colonisation, il l’a composé avec l'intention d'éclairer la Compagnie de l'Orient sur les dispositions qu il était utile de prendre pour organiser la conquête. Mais il est aussi permis de croire que l’ancien gouverneur qui, dès son retour en France, avait eu des démêlés avec la Compagnie, a voulu se justifier des accusations dirigées contre son administration, et prouver qu'il était parti pour Madagascar avec le désir de servir les intérêts des associés, mais qu’il n’a pu y donner suite, faute de secours.

Flacourt, qui s'était rendu à Fort-Dauphin avec le secret dessein de tourner surtout ses efforts vers la conquête s’est bien gardé d’avouer que sa préoccupation principale, durant son administration, avait été de soumettre le pays au Roi de France. Il a pressenti sans doute qu’un tel aveu lui attirerait les reproches des associés qui l'y avaient surtout envoyé pour en exploiter les ressources.

Mais ce qu'il n’appréhendait pas moins, c'était de se voir accuser par le surintendant Fouquet d’avoir négligé les intérêts religieux de la colonie naissante. Il craignait que ses dissentiments, ses démêlés avec le P. Nacquart ne fussent connus de la Cour et qu’on n’hésitât pour ce motif à lui confier de nouveau le gouvernement de la colonie. Voilà pourquoi il laisse entendre dans un passage de son livre que, si on le chargeait de nouveau des fonctions de gouverneur, il s’emploierait à favoriser les progrès du christianisme par la fondation d’un séminaire et d’un établissement destiné à instruire les jeunes enfants et même les vieillards”. Voilà pourquoi il fait

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