‹ Etienne de FlacourtChapitre 116 sur 157 · Dédicace à Fouquet, éd · texte numérisé non relu

Dédicace à Fouquet, éd

2. Guet, Les origines de la colonisation à Bourbon et à Madagascar:® 3. Mémoires de la Mission, t. IX, p. 121 et suiv., 203 et suiv.

C'est avec moins de raison que Flacourt, reprenant l'opinion de Cauche ‘, assure que la conversion des indigènes sera d'autant plus facile à obtenir qu’ils n’ont aucune religion, car, en admeltant qu'ils en fussent dépourvus, ce qui, comme nous l'avons montré, est inexact, il fallait encore compter avec les coutumes et les superstitions auxquelles ils étaient extrèmement attachés.

Quelque porté que puisse être l’ancien chef de la colonie à voir dans les sentiments des naturels des conditions favorables à la propagation du catholicisme, il ne dissimule pas les difficultés que pourra présenter une telle entreprise. Il déclare que l’on aura à lutter contre deux sortes d’adversaires : d’une part les étrangers, hérétiques (Anglais et Hollandais) et Mahométans, d'autre part les chefs indigènes ?.

Or on sait qu'un des statuts de la Compagnie des Cent associés, statuts qui émanaient du cardinal de Richelieu, lui imposait de n'admettre comme colons que des Français et des catholiques et de veiller à ce qu'aucun étranger ni hérétique ne s’'introduisit dans le pays’. En exprimant de telles craintes au sujet des hérétiques, Flacourt ne faisait donc que céder à l'esprit de son temps et espérait peut-être s’attirer les sympathies du parti catholique alors tout-puissant à la Cour.

Quant aux Mahométans, ils étaient depuis longtemps l’objet

de l'attention et de la haine des Français et des souverains - chrétiens. Nos commerçants étaient exposés à d'incessantes vexations de la part des pirates barbaresques, vexations que les ambassadeurs avaient essayé plusieurs fois en vain de réprimer. Pendant la première moitié du xvne siècle le mal s'aggrava à ce point que les nations commerçantes songèrent à prendre des mesures préventives. Plusieurs princes chrétiens - concurent l’idée d’une croisade contre l'Islam, contre le Turc*.

4, Morizot, ouvr. cité, p. 173.

2. Flacourt, éd. 1658, p. 29 dela brochure cité; éd. 1661, p. 441.

3. Deschamps, Histoire de la question coloniale en France, p. 146 et suiv. Voir aussi Affaires étrang., Mémoires et Documents, t. IV, AT fol. ie Statuts de la Compagnie des îles d'Amérique.

4. C. Gaillardin, Histoire du règne de Louis XIV, t. IL, p. 196; Octave Noel, Histoire du Commerce du Monde, t. Il, p. 218.

C'est ce qui nous explique pourquoi Flacourt s’atlache à retracer tous les avantages qu'offrirait la création d’établissements coloniaux à Madagascar au cas où l’on voudrait entreprendre une croisade contre les sectateurs de Mahomet. « L'ile, dit-il, n’a-t-elle pas la meilleure situation du monde? » Ne pourrait-on pas utiliser le bois des forêts pour la construction des navires que l’on enverrait dans la mer Rouge, le fer pour la fabrication des canons, des « mortiers, pierriers et boulets »#, Ne trouverait-on pas dans le pays les provisions de riz et de viande, destinées au ravitaillement des troupes? Une fois installés à Madagascar, ne serait-il pas facile de s'emparer des nombreuses îles et des bons postes que l’on rencontre sur les côtes de l'Éthiopie et de l'Arabie, et même de nouer une alliance avec l’empereur d'Abyssinie, prince chrétien, qui ne s’intéresserait pas seulement à l’entreprise, mais qui la favoriserait en fournissant une partie des vivres et des troupes nécessaires? ?

Au surplus, ce projet de croisade se conçoit parfaitement de la part d’un homme, toujours avide de gloire et d’exploits, et soucieux de plaire au surintendant Fouquet, souvent tourmenté, comme l’on sait, par des rêves chimériques. Une nouvelle occasion s’étant présentée pour Flacourt d’intéresser à la colonisation de Madagascar le parti de la Cour, il n’y a pas lieu d’être surpris qu'il lait saisie avec empressement. Mais ce n’était là qu’un rêve belliqueux. En réalité (et l’auteur de ce projet ne s’y trompait pas), les ennemis les plus redoutables dans la situation sociale de ce pays n'étaient pas ceux de l'extérieur. C'était des Arabes qui s’y étaient implantés depuis fort longtemps; c'était des ombiasy qui exploitaient la crédulité des habitants et des chefs indigènes qu’il était surtout nécessaire de se méfier. Comme le P. Nacquart, Flacourt a compris que ces derniers avaient un intérêt capital à entraver les progrès d'une religion qui menaçait de leur enlever toute influence et toute autorité ?, Celui qui avait signalé dans les pratiques

2. Flacourt, éd.1658, brochure, p. 20 ; éd. 1661, p.441; Mémoires de la Mission, t IX; p.61, 62:

religieuses des Malgaches de nombreuses traces de l’islamisme, devait s’alarmer avec raison du préjudice que les doctrines de Mahomet pourraient causer à l’œuvre des missionnaires et des obstacles qu’elles pourraient faire naître, soutenues qu’elles étaient par ceux qui dominaient dans le pays.

Flacourt avait indiqué les facilités et les obstacles que rencontrerait la propagation de la religion catholique à Madagascar; il lui restait dès lors à faire connaître les moyens qu'il convenait d'employer pour parvenir à ce résultat. Lesauxiliaires qu il réclame pour cette œuvre sont naturellement les missionnaires. Mais ce qu'il importe de remarquer, c'est qu’il n’a pas seulement en vue la conversion, mais encore la civilisation des indigènes. Il espère qu’avec l'établissement du christianisme dans le pays disparaîtront certaines superstitions et coutumes barbares. «Il y a, dit-il, quelque mauvaise coutume qu'ils ont, qu’ils changeroient bien, comme celle d'abandonner leurs enfans quand ils sont nés en un mauvais jour, celle même d'avoir plusieurs femmes, ils la quitteroient facilement en recevant le christianisme qu'ils désirent tous recevoir sans exception, qui est la meilleure chose que l’on y puisse établir. C’est pourquoy on devroit envoyer souvent des navires en cette isle avec des prestres zélés et affectionnés à cet establissement”. » Cependant cethomme, dont on a pu constater la maladresse dans ses rapports avec les indigènes, pense avec raison qu’il sera à propos de tolérer leurs coutumes dans la mesure où elles pourront se concilier avec les obligations imposées parle christianisme. « Comme il y a quelques grands, maistres de villages, et seigneurs de provinces qui ont plusieurs femmes lesquelles sont filles d’autres seigneurs leurs voisins qui ne pourroient pas les renvoyer, sans qu'ils eussent grande guerre contre eux qui seroit cause de beaucoup de maux qui arriveroient dans leur païs, je pense qu’il seroit à propos de les laisser vivre ainsi, pourveu qu'il n y eust que cela qui les peut empescher de recevoir le baptesme, d'autant

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