Flacourt, éd. 1661, p
et la puissance des colonies anglaises. N'est-il pas évident que l'administration d’une colonie où la vie doit êlre active, sous peine de langueur et de ruine, doit être plus prompte que l'administration métropolitaine ‘?
Si Flacourt réclame pour le futur gouverneur des pouvoirs étendus, il exige par contre de lui peu de qualités. Tout ce qu'il lui demande, c’est qu'il ait assez de prudence pour prévenir une révolte des colons et se mettre en garde contre les embüches des indigènes’. Jugement sûr, décision rapide, équité, modération, tact, bienveillance, esprit d'initiative, éducalion toute spéciale, grand sens pratique, voilà autant de qualités très prisées de nos jours sur lesquelles Flacourt reste muet. Il se montre moins préoccupé de faire accepter la domination de la France aux vaincus que de maintenir celte domination.
On en est d'autant plus étonné que ce n’est pas à un gouverneur militaire, mais à un gouverneur civil qu'il propose de remettre le soin de la colonie. Ce gouverneur, il voudrait le voir assisté de juges et « d'officiers » chargés de faire respecter les lois, de réprimer les délits et de châtier les coupables, et même de notaires devant lesquels se passeraient les actes publics. Mais ces juges ne seraient point choisis parmi les indigènes. Flacourt croit qu'il faut donner à Madagascar une organisation judiciaire semblable à celle de la France, des juges français et une législation française ?, imitant en cela le cardinal de Richelieu qui avait exigé que la Compagnie des Cent associés s’engageât à suivre la loi et la coutumede Paris”. Or c'était là une prétention qui pouvait paraître pour cette époque, sinon exagérée, du moins prématurée, La substitution des juges et des lois de la métropole aux juges et coutumes du pays devait sans doute contribuer au développement de l'influence française parmiles habitants, mais il était
. Leroy-Beaulieu, L'Algérie el la Tunisie, p. 131,
. Flacourt, éd. 1664, p. 333.
4, Voir Deschamps, Hist. de la colonisalion, ouvr. cité,
permis de craindre qu'elle ne froissât leurs sentiments et leurs traditions, si l’on ne procédait avec prudence et mesure. Flacourt a-t-il songé aux conséquences que pourrait avoir pour l'avenir une application trop prompte de ses idées? Ne pouvait-on pas lui objecter que Madagascar, étant un pays neuf, différant essentiellement de la France par son climat, ses ressources et ses mœurs, ne devait pas être régie comme elle, qu'il était imprudent de vouloir lui imposer de suite une organisation européenne et que celle qu'il convenait d'établir chez les Malgaches devait être adaptée à la contrée où ils vivaient, à leur caractère, à leurs mœurs?
Bien que Flacourt accordât la préférence à un gouverneur civil (et ici encore il semble servir sa propre cause), il ne faudrait pas croire qu'il méconnût l’utilité d’un représentant de l’autorité militaire dans l’île.
Il confierait la défense de la colonie à une milice commandée par un lieutenant général. Il est à remarquer que l’ancien chef de la colonie qui avait eu sous ses ordres bon nombre d’indigènes, et avait souvent redouté leur trahison, ne parle, en aucun passage de sa Relation, de la nécessité d’une troupe recrutée parmi les habitants du pays. Cest de la France que viendraient les forces militaires nécessaires à la garde de la colonie. Pour assurer le recrutement de cette milice, il propose d’attirer les soldats dans l’île, par l’appât de certains avantages, concessions de terres, franchises, passage gratuit, etc. Mais il n'oublie pas les intérêts de la Compagnie. Il estime qu’on pourrait les solder dans la colonie avec des marchandises que l’on prendrait au magasin du Fort*. C’est ainsi que se trouvent ménagés les intérêts de la défense et ceux de l’exploitation, et que le régime administratif se trouve lié au régime économique.
L'homme qui s’est montré si enthousiaste dans la descrip-