Id., ibid
la patience d'attendre que le pays fût exploré, que les habitants fussent initiés au commerce, que les ressources du pays fussent connues et mises en élat d'apporter des profits, enfin qu'on eût triomphé de mille difficultés imprévues auxquelles on ne peut porter remède qu'en résidant dans le pays. Bref, Flacourt a voulu faire croire que, s’il n’a pas rapporté plus de profits aux associés, c'est que ceux-ci ne lui ont pas laissé les secours et le temps nécessaires pour mettre à exécution les projets qu’il avait conçus pour l'exploitation des richesses de Pile.
Or, quels étaient ces projets? quel était le régime éconoamique que Flacourt voulait appliquer à Madagascar? Désireux surtout d'attirer des colons dans l’île, il fait savoir à ses compatriotes de quelle manière ils pourront obtenir des terres : il faudra les demander soit à la Compagnie, soit aux habitants eux-mêmes.
Pour le premier cas, il propose un système avec lequel il espère satisfaire à la fois les associés et les futurs colons, et qui semble encore inspiré des idées de Richelieu. On sait que le cardinal, dans les statuts des Compagnies, avait concédé des contrées aux associés en leur accordant le droit de rétrocéder des terres avec les charges, droits et devoirs scigneuriaux qu'ils voudraient. Partisan des institutions féodales en qualité de noble, Flacourt déclare à son tour que les colons « tiendroient les terres qu'ilsauroient en propriété pour eux et leurs ayans cause en fief des seigneurs intéressez ». Ce qui revient à dire que les associés les concéderaient à la condition que les colons consentiraient à se considérer comme les obligés de leurs donateurs. De plus, tout en demandant que les colons reçoivent des terres propres à tel genre de culture qu'ils désireront y pratiquer, il met à l’obtention de ces terres certaines conditions destinées à défrayer la Compagnie de ses dépenses. Il exige que les colons paient leur passage sur le na-
4. Deschamps, Histoire de la colonisation, p. 146 et suiv. Voir aussi Statuts de la Compagnie des îles d'Amérique, 4 févr. 1635, AfF,
étrang., Amérique, t. IV, fol. 136 et suiv., 150.
vire ou, s’ils n’ont pas les ressources suffisantes, qu’ils s’engagent à servir la Compagnie, soit comme soldats, soit comme ouvriers pendant trois ans. Enfin il les astreint à des redevances seigneuriales, à des droits de mutation et d'enregistrement. Si en soumettant pendant trois ans à une demi-servitude ceux qui n'auraient pu s’acquitter du droit de passage, il était à craindre qu'il ne décourageât des gens de bonne volonté, mais sans ressources, par contre ilse montrait perspicace en n'imposant aux colons que des droits modérés. Il a prévu que si les Français avaient la certitude de payer à Madagascar les mêmes droits féodaux qu’en France, ils apporteraient sans doute peu d'empressement à partir pour cette île lointaine.
D'autre part, Flacourt laisse entrevoir aux colons la facilité qu'ils auraient de se procurer des terres cultivables chez les maîtres de villages, gens fortaccommodants, s’ilfautl’en croire. Il leur permet aussi d’acheter des terres aux indigènes « pour se les approprier à perpétuité », si les vendeurs y consentent. Mais là encore, il prend en main les intérêts de la Compagnie en soumettant les acquéreurs à des redevances".
Il ne suffisait pas d'indiquer aux colons à quelles conditions ils pourraient se procurer des terres, il fallait surtout leur faire connaître les plantes dont la culture pouvait être avantageuse. Flacourt ne s’est point dérobé à ce devoir. Il leur signale le tabac, l'indigo, la canne à sucre, etc. Il leur recommande en outre l’entretien de ruches d'abeille, l’élève des vers à soie, la chasse aux bœufs sauvages, la recherche des richesses minérales de toute sorte, des pierres précieuses, de l’or dans les montagnes et dans les rivières, de l’ambre sur le littoral, etc. Bref, illeur montre la matière qu’il leur sera facile de trouver. Mais il fait plus. Il les invite à mettre en œuvre sur place cette matière première. 1l voudrait voir naître et se développer dans l’île, l’industrie manufacturière et l’industrie métallurgique. C'est pourquoi, il exprime le désir que l’on utilise le bois des forêts pour la construction des navires, des maisons