‹ Etienne de FlacourtChapitre 138 sur 157 · Flacourt, ibid · texte numérisé non relu

Flacourt, ibid

Grossin à prétendu à tort que le maréchal de La Meilleraye avait obtenu du Ministère la concession de Madagascar en 1665 et qu'il y associa ensuite Fouquet par bienséance (Archives du Ministère des Affaires étrangères, Indes orientales, Asie, n° 3, fol. 218).

4, Bibliothèque nationale, Manuscrits, f. fr. 10209.

Cet arrèt fut signifié aux associés. Ceux-ci Linrent plusieurs assemblées pour aviser aux moyens de rélablir l’ancienne Compagnie, et la relever de la déchéance où elle était tombée. Mais ils ne purent s’entendre que sur un point, c’est qu'il n'était pas possible à l’ancienne Société de mener à bien l'entreprise commencée, avec les concessions qui lui avaient élé octroyées précédemment et dans Les conditions où elle s'était formée. C’est alors qu’une ordonnance royale (19 septembre 1656) les invita à comparaître le 12 octobre suivant devant les commissaires délégués à cet effet, pour déclarer s’ils consentaient à entrer dans la nouvelle Compagnie ou s’ils préféraientse désister . Des assignations furent envoyées à Desmarüns, Gillot, à la veuve de de Loynes, secrétaire de la Marine, E. de Flacourt, d’Aligre, Le Vasseur, de Beausse, Estienne, François et Aimé Fontaine, Louis du Bourg, Jeanne Vaubréau, veuve de René Fontaine, «tant pour eux que pour les héritiers de Pierre de La Brosse, tous héritiers du feu sieur Rigault* ».

Quatre membres de l’ancienne Société, d’Aligre, de Creil Desmartins, Gillot, refusèrent de donner leur adhésion à la nouvelle Compagnie, avant d’avoir eu connaissance des conventions qui avaient été conclues ou qui devaient être conclues avec Cazet, et protestèrent d'avance contre tout ce qui pourrait être décidé au mépris de leurs intérêts. D’autres, en particulier Le Vasseur, de Beausse, Étienne, François et Aimé Fontaine, Le Bourg, Jeanne Vaubréau préfèrèrent ne pas comparaître. Quant à Flacourt, son attitude en cette circonstance est assez obscure et il paraît avoir hésité à entrer dans la nouvelle Société. Ce qui est certain, c’est qu'on lui signifia deux défauts de comparution. On lui reprocha de ne s'être présenté ni le 26, ni le 28 septembre. Comme l’assignation ne lui avait été adressée que le 13 du même mois, il manifesta la surprise que lui avaient causée ces reproches, assurant, par l'intermédiaire de son avocat, Charles de Loynes, qu'il avait déjà comparu et témoigné de son désir de faire partie de la nouvelle

1. Bibliothèque nationale; Manuscrits, fonds fr. 10209, fol. 70. 2, Ibid.

Compagnie. Toujours est-il qu’il y entra et. avec lui Cazet, Lamoignon, les héritiers de Berruyer et la veuve, de Loynes, l’ancien secrétaire de la Marine. Il déclara formellement qu'il désirait être membre de la Société qui allait se fonder au nom de Cazet et qu'il acceptait d'avance les conditions qui seraient adoptées par les associés et trouvées raisonnables par les commissaires du gouvernement".

La Compagnie Cazet fut organisée de la manière suivante. Elle s’intitulait « Compagnie de l’isle Madagascar, autres isles et costes adjacentes », et était composée de cent parts. Faculté lui était accordée d’en attribuer cinquante à la personne la plus considérable qui désirerait en faire partie pour moitié. Chaque part était fixée à dix mille livres, ce qui élevait le capital total à un million de livres. La Compagnie devait être administrée par quatre directeurs qui seraient élus chaque année en assemblée générale, les suffrages étant proportionnés au nombre des parts et non au nombre des personnes. Au cas où les suffrages seraient égaux, et où l’on ne pourrait s’entendre au sujet de l'élection, c’est au doyen du conseil qu’il appartiendrait de décider. |

Les pouvoirs des directeurs avaient une durée de deux ans. Leurs attributions consistaient à s'occuper des dépenses, des achats de marchandises et de vaisseaux, des approvisionnements et des munilions, du transport des colons. Ils nommaient les commis, capitaines et officiers, et étaient chargés de vendre les marchandises qui proviendraient des îles, et en général de tout ce qu’on jugerait à propos d'entreprendre pour contribuer à la prospérité des établissements coloniaux.

Le roi accordait à la Compagnie les mêmes privilèges que ceux qui avaient été accordés précédemment à la Compagnie des iles d'Amérique. Elle avait le droit exclusif de se livrer au commerce à Madagascar, à la baie de Saldanha et au cap de Bonne-Espérance et autres lieux voisins; aucun associé ne pouvait donner à d’autres personnes l'autorisation d'aller

1. Manuscrits de la Bibl. nat., f. fr. 10209, fol. 70 et suiv., factum.

trafiquer dans ces mêmes contrées. Pour la protection de son commerce, 1l lui était permis d’armer autant de vaisseaux de guerre qu'elle le jugerait nécessaire. Toutes les munitions, canons, armes, etc., toutes les provisions de bouche qu'avait laissées l’ancienne Compagnie, tous les forts ou établissements qu’elle avait construits devenaient sa propriété et elle avait le droit d’en disposer à son gré, sans être obligée de dédommager les associés de la Compagnie Rigault des dettes qu’ils avaient contractées.

D'autre part, elle était tenue d’expédier à ses frais à Madagascar le nombre de missionnaires, d'artisans et de soldats, nécessaire pour convertir les indigènes au christianisme, les instruire dans les arts et métiers utiles dans la vie et les réduire à l'obéissance du Roi‘.

À peine cette nouvelle Société était-elle constituée que, ue tenant aucun compte des conventions qu’il avait faites avec Cazet, le duc de La Meilleraye se disposa à envoyer un nouveau navire à Madagascar, sans vouloir attendre plus longtemps les marchandises propres à la traite que Flacourt avait achetées à Rouen au nom des associés de l’ancienne Compagnie. A cette nouvelle, Cazet accourut à Nantes. Il pria le duc de retarder le départ du navire jusqu'à l’arrivée de ces marchandises. Mais celui-ci, agissant en maître absolu, refusa d'attendre plus longtemps. Il allégua comme prétexte, qu’il avait rassemblé tous les matelots nécessaires, et il l’ajourna à l'embarquement suivant.

Après avoir donné le commandement de son navire à Goascaer, il s’en alla voir Flacourt à Lorient. Il lui enjoignit de demeurer à Nantes jusqu’à ce que le navire fût parti et de venir ensuite le rejoindre. Chollet, secrétaire du duc de La Meilleraye, fut chargé des préparatifs du départ. Une contestation s’éleva entre le secrétaire et le capitaine du navire. Goascaer refusa de partir avant d'avoir reçu les mar-

4. Biblioth. nat., Manuscrits, f. fr. 10209, fol. 69 et suiv. Pour tous les statuts de cette Société, voir, à la fin de notre essai, les Pièces justificatives. ,

chandises achetées par Flacourt. Celui-ci se trouvait de son côlé dans une situation très délicate : il craignait de mécontenter le duc à qui il était lié par la reconnaissance, non moins que Cazet et les associés de la nouvelle Compagnie, qui pouvaient songer à lui au cas où ils s’occuperaient de l’exploitation du pays qu'il avait conquis. Néanmoins, s’impatientant de ne recevoir aucune nouvelle de Rouen, et ne sachant à quoi attribuer ce retard, il fit savoir à Goascaer qu'il pouvait se dispenser de différer plus longtemps son voyage. Cependant quelques jours après, les marchandises attendues arrivèrent à Nantes. Mais le maréchal de La Meilleraye, par une mauvaise volonté qui ne dévoila que trop ses desseins ambitieux, défendit à Flacourt de les expédier et à Chollet de les recevoir. L’ancien gouverneur obéit aux ordres du maréchal et le navire partit de Paimbœuf, sans les marchandises que, d’après les conventions, il aurait dû emporter (1° novembre 1656)". Flacourt d’ailleurs était aux prises avec d’autres difficultés, cellés-là beaucoup plus sérieuses. En même temps qu'il s’efforçait de concilier des intérêts opposés et d’unir l’entreprise du duc à celle de la nouvelle Compagnie, il devait défendre ses intérêts personnels. Dès son retour en France, il s’était brouillé avec quelques associés de la Compagnie de l'Orient qui avaient refusé de payer les gages des soldats revenus de Madagascar. Il leur avait rendu un compte très exact de la gestion de leurs intérêts; il leur avait même présenté comme recette, ainsi qu’en témoigne la lettre du commis Poirier à de Beausse, les cadeaux qu’il avait reçus des chefs indigènes. Par une mauvaise foi qu’explique sans doute le mécontentement qu'ils éprouvaient d’avoir réalisé peu de profits, mais qu'on ne saurait trop blâmer, ils lui avaient contesté ce compte. Dans la suite, ils lui reprochèrent d’être rentré en France sans leur ordre et d’avoir laissé à Fort-Dauphin des gens qui n'étaient plus sous la dépendance de la Compagnie, mais au service du duc de La Meilleraye; ils l’accusèrent de

Page 1