‹ Etienne de FlacourtChapitre 139 sur 157 · Flacourt, éd. 1661, p. 429 et suiv · texte numérisé non relu

Flacourt, éd. 1661, p. 429 et suiv

malversalions, de négligence, d'incurie. L'ancien chef de la colonie s’indigna de ces reproches qu'il regardait comme injustifiés. Il se déclara victime de l'ingratitude et de la haine des associés. Se voyant pressé par leurs créanciers, il les somma de l’affranchir ou indemniser de toutes les poursuites dirigées contre lui pour des dettes qui, somme toute, étaient les leurs. Il s’offrit à présenter tous les comptes qu'ils exigeraient, mais il prétendit qu’il devait être remboursé des sommes qu'il avait avancées et libéré des dettes dans lesquelles il s’était engagé par pure complaisance. Il leur demanda même des dommages et intérêts pour les pertes qu’il avait pu faire pendant son séjour à Madagascar, par suite de l’abandon où on l'avait laissé pendant sept ans. Enfin il exigea qu'ils envoyassent au plus tôt un navire à Fort-Dauphin afin d'en ramener les soldats qui avaient accompli leur temps de service et leur payer les salaires qu'il avait promis de faire solder par la Compagnie ‘.

Les associés lui intentèrent un procès. La cause fut portée devant le Conseil privé, composé de d'Ormesson, Delafosse, conseillers d'État, et de Lenain, Lerebours, maîtres des Requêtes, commissaires délégués par le Roi pour connaître des différends survenus dans la Compagnie de l'Orient et de ceux qui pourraient survenir dans la suite (1657)*.

1. Flacourt, éd. 1658, p. 2, 43, 11, de la brochure; éd. 1661 : Lettre de Philippe Poirier à de Beausse, p. 407; brochure, Éloge de Flacourt; Charpentier, Relalion, ouvr. cité, p.158; Discours d'un fidèle sujet du Roï, p. 29 et suiv. ; Lordelot, Défense pour Marie de Cossé, loc. cit., p. 30.

2. Plusieurs raisons nous ont déterminé à indiquer cette date de 1651. D'abord dans son édition de 1658, Flacourt a inséré une carte générale de l’île Madagascar, datée de 1657.

De plus cette même édition porte un permis d'imprimer du 12 octobre 1657, et la mention « Achevé d'imprimer pour la première fois, 16 octobre 1657 ».

Or, dans la brochure qui est jointe à cette édition, Flacourt parle de son procès comme d’un événement actuel, au moment où il écrit. S'il a travaillé à son ouvrage en l’année 1657, on peut donc supposer que la cause fut portée au Conseil du Roi cette année-là.

On doit remarquer toutefois qu'on lit sur le plan de l'ilot la date de 4656, Il ne serait donc pas impossible que la cause eût été portée cette même

année.

En tout cas, les ‘eux dates de 1656 et de 1057 sont les seules admissibles.

Mais Flacourt les poursuivit à son tour pour l'avoir abandonné, au mépris de leurs promesses verbales et écrites. C’est alors qu’ils le prièrent de terminer le différend à l’amiable et lui proposèrent de se soumettre au jugement de deux personnes initiées aux affaires commerciales. Il y consentit. Deux marchands de Rouen furent choisis comme juges souverains de toutes les difficultés qu’ils avaient au sujet de la colonie de Madagascar, tant auprès du Conseil du Roï et du Parlement qu'auprès des autres juridictions. Les deux parties s'engagèrent à se conformer au jugement des arbitres, sous peine, en cas de refus, de six mille livres de dommages el intérêts (juin 1659)*.

L'ancien gouverneur présenta ses comptes devant les arbitres (juillet 1659), comptes qui contenaient un état des recettes et des dépenses qu'il avait faites au cours de ses voyages et de son séjour dans l’île. Il s’offrit à remettre à la Compagnie la somme de six mille sept cent cinquante-neuf livres qu'il avait reçue de deux marchands de Nantes, pour la vente de treize cents cuirs qui avaient été apportés en France par le navire du duc de La Meilleraye. Mais en retour il réclama à cette Compagnie la somme de quarante mille livres pour l'avoir laissé pendant plus de six années sans secours, sans renfort, sans munitions d’aucune sorte et avoir ainsi causé la ruine de ses affaires.

Les associés refusèrent formellement de faire droit à cette réclamation; ils prétendirent que les guerres civiles avaient mis obstacle à leurs bonnes intentions et qu'au surplus Flacourt pouvait demander seulement indemnité pour un préjudice d’une durée de deux ans. Mais l’ancien Directeur fit valoir aux arbitres la légitimité de sa demande. Il déclara que le principal mobile qui l’avait poussé à entreprendre le voyage de Madagascar, c'était le désir de procurer à la Compagnie d'importants profits et assura qu’il les aurait certainement réalisés s’il avait été secouru. Ces allégations convainquirent les arbitres de la justice de sa cause. Après avoir examiné avec

Page 1