‹ Etienne de FlacourtChapitre 143 sur 157 · Dédicace à Fouquet, éd · texte numérisé non relu

Dédicace à Fouquet, éd

crée à ces préparatifs, mais la nouvelle Compagnie fut pendant longtemps incertaine sur l’époque à laquelle elle entreprendrait ce voyage. Plein d’ardeur pour l'expansion des œuvres de charité, saint Vincent de Paul cherchait à savoir de Flacourt, qui se trouvait alors à Rouen, quelles étaient les intentions des associés à ce sujet. « Notre frère Étienne, lui écrivait-il (48 août 1659), se dispose à prendre les saints ordres pour les aller exercer à Madagascar, s’il plaît à Dieu. L'intendant de M. le Maréchal dit que le vaisseau de ce bon seigneur partira le 24 d'octobre. J'espère en avoir des nouvelles dans peu, au cas qu'il ait agréable que nous soyons du voyage, sinon que ferons-nous? Pensez-vous, Monsieur, que messieurs de la Compagnie fassent le leur ? Travaillent-ils à fairele leur ? Serez-vous de la partie ? En ce cas quand sera-ce ? Je vais bien avant et peut-être trop. Il me suffira que vous me disiez seulement ce qui se peut dire sans rompre le secret et rien si vous l’avez agréable ‘. »

Toutefois les négociations reprirent au milieu de ces préparatifs. La Meilleraye pria saint Vincent de Paul (24 novembre 1659) de soumettre aux associés de la nouvelle Compagnie un nouveau plan d’accommodement destiné à mettre fin à toute contestation : il proposait de faire converger les ressources communes vers le même but. Saint Vincent remit à Cazet le mémoire rédigé à ce sujet par le Maréchal, mémoire que lui avait communiqué un autre intermédiaire, le P. Étienne. Le Directeur en prit connaissance et exprima d'abord le regret que La Meilleraye n’eût pas accepté la proposition qui lui avait été faite récemment. Puis il chargea Vincent de Paul de lui laisser entendre que, s’il consentait à reprendre les mêmes moyens d’accommodement et à prier le premier Président d'achever cette affaire, la Compagnie se montrerait disposée à entrer de nouveau en négociations. Mais il ajouta qu’elle était bien résolue à revendiquer ses

1. Lettre de saint Vincent de Paul à M. de Flacourt à Rouen, Paris,18 août 1659 (Lettres de saint Vincent de Paul, édit. Dumoulin, t. 1V, p. 433 et 434).

droits avec fermeté, sans toutefois manquer au respect qu’elle devait au Maréchal.

Pendant que ces négociations se poursuivaient, La Meilleraye se trouvait en procès avec les anciens associés qui lui reprochaient ses empiétements sur leurs droits. Ils avaient porté leur différend devant le juge de l’Amirauté, accusant le duc de s’être emparé de la colonie par la violence et d’en avoir chassé Flacourt et ses subordonnés. Ce récit mensonger et une prétendue assignation firent condamner La Meilleraye, s’il faut en croire l’avocat Lordelot, à leur laisser la libre jouissance de l’île, à leur payer des dommages et intérêts et à leur restituer tout ce qu'ils lui reprochaient d’avoir pris à Fort-Dauphin.

Cette condamnation n'émut guère le duc qui, au mois de décembre suivant (1659) n'en envoya pas moins un nouveau navire à Madagascar. C’est alors que les associés de la nouvelle Compagnie, poussés sans doute par Fouquet qui venait de se brouiller avec La Meilleraye, et l’accusait d’avoir voulu empiéter sur les privilèges de la Société de l'Orient, et cédant aux instances de Flacourt qui, de concert avec saint Vincent de Paul, avait abandonné le parti du Maréchal pour prendre celui de Cazet, se décidèrent aussi à faire partir un navire pour essayer d'y maintenir les droits et privilèges que leur avait conférés le Roiï et pour obéir aux obligations que leur avait imposées l’ordonnance de 16561. L'accord qui était survenu récemment entre Flacourt et les membres de la Compagnie de l'Orient, sa qualité d’associé de la nouvelle Compagnie, sa-probité et son intelligence, et surtout l'expérience

4. C'est à tort qu'on a prétendu que la Compagnie s'était unie avec La Meilleraye. « En 1660, la Compagnie, s'étant accordée avec M. de La Meilleraye, envoya un vaisseau qui périt dans un combat avecles Algériens » (Morellet, Dict. de l'Encyclopédie méthodique, t. I, p. 560).

Bonassieux a repris cette opinion : « La Compagnie, dit-il, lui prêta certain secours en échange des droits qu’il lui rétrocéda. 11 conservait cependant la principale part de propriété et d'administration de l’île ou du moins de l’infime partie de l’île occupée par les Français ». Nous n’avous trouvé aucun texte qui vienne à l’appui de ces deux assertions (Les grandes Compagnies de commerce, loc. cit., p. 258 et suiv.).

qu’il avait acquise, les excellentes intentions qu’il avait manifestées dans son remarquable plan de colonisation, enfin ses bonnes relations avec Fouquet et Louis XIV les déterminèrent à lui confier la mission d’aller administrer de nouveau la colonie:.

Un nouveau contrat fut passé entre Flacourt et la Compagnie. On lui promit des appointements mensuels de deux cents livres. Huit jours avant son départ, 12 mai 1660, il reçut de Louis XIV des lettres patentes qui lui accordaient le gouvernement de Madagascar. Ces lettres le chargeaient de veiller à toutes les choses qui pourraient concerner le service de Dieu et du Roi, ainsi que les intérêts de la Compagnie, et lui confiaient la garde de cette île et des îles adjacentes. Pour lui permettre de s'acquitter plus facilement de cette charge on lui donnait des pouvoirs très étendus. On plaçait sous son autorité les indigènes et les gens de guerre et colons qui se trouvaient dans la colonie ou pourraient yÿ venir plus tard. C’est à lui qu'était réservé le soin d'entretenir l’union et la concorde parmi les habitants, de maintenir les gens de guerre dans l’ordre, de juger les différends qui surviendraient entre eux, de faire punir les délinquants suivant les ordonnances royales, de développer le commerce et le trafic dans l'île au profit de la Compagnie; en un mot, il avait le pouvoir de faire tout ce qu’il jugerait nécessaire pour maintenir le pays sous l’obéissance du roi et servir les intérêts de la Compagnie”. N'est-ce pas là ce qu'avait réclamé Flacourt pour le futur gouverneur dans son plan de colonisation?

11 est permis de se demander si, à la veille de se rendre à Madagascar pour la seconde fois, Flacourt avait les mêmes

4. Fouquet, Défense, VII, p. 144, 150 ; 197,t. VII, p. 52; Mémotires de la Mission, t. 1X, p. 366, 380, 386 ; Lellres de saint Vincent de Paul, Paris, Dumoulin, 1880, t. IV, p. 6 et suiv., 343, 315, 443, 487, 496, éd. 1891; VI, 483; VII, 443, 487, 496; VIT, 182, 198; brochure, Éloge de Flacourt ; Charpentier, Relat., p. 29 et suiv.; Biblioth. nat., Manuser. f. fr., n° 6231, Mémoire sur la Compagnie des Indes de 4642 à 1720, fol. 1; Défense pour Marie de Cossé, factum, p. 14 et suiv.

2. Défense pour Marie de Cossé , Du Fresne de Francheville, Histoire générales des Finances, Compagnie des Indes, 1138, Pièces justificatives.

idées et les mêmes projets qu’à son premier voyage. Il est certain qu'il y allait cette fois avec des vues arrêtées et surtout plus personnelles. Il est probable aussi que les difficultés de toute sorte qu'il avait eues avec les associés dès son retour l'avaient éclairé et lui avaient fait comprendre la nécessité de consacrer principalement ses efforts à préparer la prospérité des établissements coloniaux. Désigné de nouveau pour l'exploitation de la grande île, il se proposait sans doute d’y faire des plantations, d'y rechercher tout ce qu’il pouvait y avoir profit à transporter en France, et d’y développer les relations commerciales. Toutefois nous sommes fondé à croire qu'il n'avait pas complètement abandonné ses idées de conquête. N'’écrivait-il pas en 1657 que deux cents Français seulement suffiraient « pour conquérir de deça le tiers de toute l’île »? 11 n’avait ‘pas davantage renoncé à ses projets de prosélytisme. Il se préoccupait encore de l'éducation religieuse et de la conversion des naturels. Il avait répété trop souvent, depuis son retour en France, que les progrès de la religion devaient être le premier but de la colonisation pour qu'on püt le croire désireux de se dérober aux obligations dévotes qu’on imposait encore aux Compagnies. En un mot, Flacourt aspirait encore à la conquête religieuse et matérielle de la grande terre. « Envoyez-y des navires et des François le plus promptement que vous pourrez, disait-il à Fouquet, afin que l’on voye aussi les fleurs de lys arborées en même temps que la croix pendant votre ministère et par vos soins dans toute l'étendue de la plus grande isle du monde ». Il espérait qu'avec un effectif de cinq cents hommes on pourrait en rendre toutes les peuplades souples, obéissantes et tributaires. C’est que Flacourt avait toujours à cœur de plaire à Fouquet et au Roi. Les éloges que lui prodiguent les lettres patentes prouvent qu’il avait su gagner les faveurs et l'estime de la Cour. Il n’est donc pas téméraire de supposer que son plus vif désir était de les conserver et peut-être même de s’attirer de nouvelles louanges par d’autres conquêtes. Enfin il est probable que celui qui voyait dans les Malgaches des gens « qu’il faut mener

par la rigueur et qu’il faut chastier sans pardon, tant grands que petits » n’était guère disposé à se départir de la politique compressive qu'il avait suivie jadis‘,

Flacourt s’embarqua à Dieppe le 20 mai 1660. Il emmenait à Fort-Dauphin plusieurs missionnaires appartenant à l’ordre des Recollets et environ deux cents personnes, tant marins que soldats et passagers destinés à assurer la sécurité de la colonie et à augmenter le nombre des colons. D après un contemporain, beaucoup de ceux qui devaient l'accompagner manifestèrent la joie qu’ils éprouvaient de voir l’ancien gouverneur à leur tête, mais le choix de Flacourt n'avait pas satisfait tout le monde. Il s'était même élevé à ce sujet de tels dissentiments, de telles protestations, qu’au moment de l’embarquement des religieux avaient songé à différer leur départ.

Le mauvais temps contraignit le capitaine du navire à relàcher dans un port d'Angleterre d’où on ne leva l’ancre que le 4% juin. Ce contre-temps était pour la flottille, le prélude d'événements plus déplorables encore. Si elle fut épargnée par la tempête, elle se heurta à un ennemi non moins redoutable. Le 10 juin, à la hauteur de Lisbonne, elle fut attaquée par trois frégates commandées par des pirates barbaresques. On se disposait à leur opposer une résistance énergique, lorsque le feu prit aux poudres et fit sauter le navire. Beaucoup de gens périrent, à l'exception seulement de dix-sept personnes, matelots et passagers, qui furent sauvées par les corsaires et emmenées comme esclaves à Alger. Telle fut l'issue de ce second voyage qui, commencé sous de fâcheux auspices, devait coûter la vie à tant de personnes et notamment à Étienne de Flacourt*.

1. Flacourt, éd. 1658, p. 142, 323; éd. 1661, Dédicace, p. 83 et 84, p. 4417 et suiv.

2. Brochure, Éloge de Flacourt ; Charpentier, Relation, p. 29 et suiv.; Lordelot, Défense pour Marie de Cossé, p. 16; Du Fresne de Francheville, Loc. CLS ED. 2APETISUIVE

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