Biographie Michaud, article Lacase
Il est donc évident que Flacourt n’avait guère mieux réussi que Pronis dans son entreprise. Sans doute il a conquis plus de territoires, il a mieux compris les intérêts de la colonie et de la Compagnie, il a plus encouragé l’œuvre de l'initiation religieuse; mais personnellement il n’a pas fait avancer beaucoup plus l’œuvre de la colonisation proprement dite et de la civilisation. En réalité, il n'a entrepris que la conquête matérielle du pays, celle qui laisse aux vaincus le désir de la vengeance; il a laissé à d’autres le soin d'entreprendre la conquête morale, celle qui à la haine substitue dans l’âme du vaincu, la sympathie, l'estime pour le vainqueur. Il s’est préoccupé de se procurer du butin et non d'y multiplier les plantations ou de montrer aux indigènes les avantages de l’industrie européenne, De même, il a fail œuvre de guerrier plutôt que de commerçant. Sa pensée principale pendant les sept ans qu'il est resté dans l’île a été de se distinguer par des exploits et non d'augmenter l'influence de la France à Madagascar par la civilisation et le commerce. Et non seulement il n'a rien fondé de grand, mais il n’a rien fondé de durable. On peut même lui reprocher d’avoir compromis les tentatives ultérieures en rendant les Malgaches du sud-est plus hostiles aux Français. Si Paulo Rodriguez da Costa et Pronis avaient rendu sa tâche plus difficile par leurs violences ou leur perfidie, il a, à son tour, par son système d'intimidation entraîné des malheurs dont il doit en partie, comme quelques-uns de ses successeurs, Despériers, Chamargouetautres, porter la responsabilité. S'il a eu le mérite de créer en France un courant d'idées favorables à la colonisation de Madagascar, il n’en a pas moins contribué à l'échec des tentatives que fit l'illustre Colbert, pendant la seconde moitié du xvir° siècle, pour maintenir nos droits et notre influence dans le sud de
l'île.