Luiz Mariano, loc. cit., p
3. De Constantin, Recueil de voyages qui oné servi à l’élablissement el aux progrès de la Compagnie des Indes orientales des Provinces-Unies, Rouen, 1725, t. M, p. 155 et 356; t. VII, p. 239-248, p. 396 et suiv.; Valentyn, loc. cil.,
accueilli par les indigènes pendant son court séjour dans ces deux pays et aurait même réussi à faire la traite. Mais aucun des navigateurs qui vinrent aborder à la grande ile ne semble avoir eu le dessein d'y fonder un établissement commercial.
Ce n'était pour eux qu'une étape de leurs longs et périlleux voyages".
Quelques années seulement après le passage de Houtmann, les Anglais abordaient à Madagascar. Dès l’année 1599, le navigateur John Davis relâchait à la baie de Saint-Augustin pour s'y ravitailler. Mais jusqu’à l’année 1601, ils étaient venus avec les Hollandais. C’est seulement depuis cette époque qu'ils y vinrent pour leur propre compte, ou plutôt pour le compte de la Compagnie anglaise des Indes orientales qui dans les dernières années du règne d’Élisabeth s'était constitaée à l'imitalion de la Compagnie hollandaise Van Verne. Dès l’année 1599, la princesse avait accordé des lettres patentes et une charte aux marchands de Londres qui s'étaient associés pour cette entreprise. En 1600, la société fut complètement organisée, De bonne heure cette compagnie dirigea ses efforts
vers J’Inde d’où elle se proposait de chasser les Portugais qui possédaient alors sur les deux côtes nne longue chaîne de comptoirs florissants. Elle y envoya une flotte de quatre vaisseaux sous le commandement de James Lancastre. Le célèbre John Davis qui avait déjà accompli ce voyage lui fut donné pour premier pilote. On partit de Torbay le 18 avril 1604. Arrivé dans l'océan Indien, James Lancastre, voyant la ma-
4e partie, p. 178 et suiv., Documentlos remeltidos da India, loc. cit., t. I, p. 401. | (
Il s’agit probablement encore de la baie Sainte-Luce, bien que la Relation mentionne la baie Saint-Louis. 11 n’existe pas, à notre connaissance, de baie portant cette désignation.
1. D'après Flacourt, les Hollandais auraient fondé à Antongil une habitation. Ils y venaient acheter du riz et des esclaves et faisaient de fréquentes incursions dans l’île voisine de Sainte-Marie et emmenaient comme esclaves tous les indigènes qu'ils rencontraient, ce qui avait beaucoup dépeuplél'ilé. Parmi
‘les douze qui composaient la petite colonie plusieurs moururent de Ja fièvre dans ce lieu malsain. Les autres furent massacrés par les indigènes dans les querelles desquels ils étaient intervenus et qu'avaient irrités leur perfidie et leur cruauté (éd. 1661, p. 27 et 28, et 6d. 165S, p. 302).
jeure partie de son équipage atteinte du scorbut et n'ayant pu, par suite des vents contraires, gagner l’île Rodrigue, comme il se le proposait, se dirigea vers la baie d'Antongil où il espérait trouver des citrons. En passant, il aborda (47 décembre 1601) à l’île Sainte-Marie et fit provision de ces fruits pour ses malades. Mais l'incertitude du temps et le peu de ressources qu'offrait cette île le déterminèrent à se rendre immédiatement à la baie d'Antongil. Il y arriva huit. jours après. Les habitants montrèrent tout d'abord une grande hésitation à vendre des vivres aux Anglais et, quand ils y consentirent, il fut très difficile de les amener à un marché loyal!.
| Cette baie fut fréquentée dans la suite par beaucoup de navigateurs qui allaient aux Indes. Il suffira de citer parmi tant d'autres, W. Keeling (1608), Henri Midleton (1610), Boothby, Hammond (1630), le capitaine Willes, Mandelslo (1639)*.
Ce dernier qui était allemand de naissance, mais semble avoir voyagé pour le compte des Anglais, s’avança même sur la rivière qui se jette dans la baie de Saint-Augustin, afin de découvrir le pays et de s’y livrer à la traite. Il parvint à faire quelques échanges avec les naturels et conclut un traité d’alliance défensive avec quelques chefs du voisinage, entre autres, Andrian Machicore et Andrian Panolahé*.
Tous ces navigateurs paraissent s'être uniquement préoccupés d’entretenir des relations commerciales avec les habitants et s'être inspirés des idées de Sir Thomas Roe qui, envoyé en 1613 comme ambassadeur au Grand Mogol par la première Compagnie des Indes orientales, avait déclaré à son retour que « des guerres et du commerce ne peuvent aller ensemble »*.
4. Hakluyt, The Principal Navigations : Voyages, Traffiques and Discoveries of-the English Nation, 1599-1600, vol. II, 2e partie, p. 104 et suivantes et édit. Markham, C.B.F.R.S., London, MDCCCLXX VIT; Lancaster's Voyages to the East Indies, p. 66, 112, 160 et suiv.; Savary des Bruslons, Die. du Comm. loc. cit., t. I, p. 1386; A. Grandidier, Hist. de la géogr.., éd. 1892, p. 121 : Tableaux.
2. Citons encore les marins W. Finch et Richard Rowles (1608) et le D' Henri Gouch (v. A. Grandidier, Hist. de la géogr., éd. 1892, p. 211).
3. Vicquefort, Voyage aux États de Perse et aux Indes orientales, traduit d'Olearius, MDCCXX VII, p. 649-663.
4. Cf. Leroy-Beaulieu, De la colonisation chez les peuples modernes, Paris Le éd., 1891, p. 45 et 46.
Les relations ne signalent en elfet aucun acte de violence de leur part.
L'impression qu'ils rapportèrent en Angleterre sur la grande île africaine fut bonne, si l’on en juge par le récit enthousiaste que Boothby publia quelques années après son retour ‘. C'est même probablement sous l'influence de ce récit et de l'esprit de colonisation qu’avaient fait naître de l’autre côté du détroit les troubles religieux et politiques, que beaucoup d'Anglais partirent pour Madagascar au printemps de l’année 1644.
Cette mème année,un marchand, Powle Waldegrave, débarqua dans la baie de Saint-Augustin avec cent quarante colons venus dans l'espoir d'y fonder un établissement. Ils y furent mal reçus par les habitants. Au témoignage de ce marchand, ceuxci essayèrent de les attirer par petits groupes dans l'intérieur des terres afin de les massacrer. A plusieurs reprises, des Anglais furent victimes de la perfidie et des paroles mensongères des indigènes. D’autres succombèrent aux privations, à la maladie, aux souffrances de toute sorte. Powle Waldegrave, qui avait couché sur le sol pendant plus de trente nuits el exploré le pays en tous sens, dut quitter ce pays insalubre où il avait contracté le flux de sang. Sur cent quarante colons qui élaient venus dans ces parages, il n’en revint que douze en Angleterre ?. |
Les Français ne furent pas les derniers à fréquenter Madagascar. Dès le commencement du xvre siècle, par conséquent,
1. Description of the most famous island of Madagascar, 1646.
2. Powle Waldegrave, An answer to M. Boothby's Book of the Description of Madagascar, London, 1649, in-4 : Préface et chap. ur, x1v, xvar. (Cet ouvrage très rare, se trouve au British Museum.)
C'est sans doute de ces Anglais que Flacourt veut parler lorsqu'il nous apprend que vers l’année 1644 un certain nombre d'habitants de la Grande- Bretagne vinrent s'établir à la baie de Saint-Augustin et s’installèrent dans un fort du voisinage qui avait été délaissé, sans vouloir intervenir dans les querelles des indigènes (éd: 1661, p. 43 et 260).
longtemps avant les Hollandais et les Anglais, ils avaient marché sur les traces des Portugais et pris la route des Indes. Deux marins dieppois, les frères Jean et Raoul Parmentier, qui se rendaient à Sumatra, relâchèrent, le 25 juillet 1529, dans le petit port de Maromoka, sur la côte occidentale, Les gens de l'équipage s'emparèrent de deux indigènes qu’ils emmenèrent au navire et qu'ils renvoyèrent avec quelques cadeaux. Les naturels vinrent à leur tour leur apporter des vivres. Mais quelques jours après, sous prétexte de leur montrer du gingembre et des mines d’or ou d'argent, ils attirèrent dans un bois les matelots, Vasse, Jacques l’Écossais et Bréant, et les tuèrent à coup de sagaies. Le lendemain, les compagnons de Parmentier retournèrent à l'endroit où leurs camarades avaient été assassinés, afin de s'assurer si,comme lesindigènes l'avaient dit aux gens de l'équipage, il y avait là des ressources ignorées. À leur vue, les naturels accoururent et les menacèrent de leurs sagaies. Les Français tirèrent sur eux quelques coups d'arquebuse qui en blessèrent plusieurs. Mais alors les indigènes arrivèrent en foule, et les frères Parmentier se hâtèrent de s'éloigner d’une contrée aussi inhospitalière (30 juillet). Le 1°* août, en continuant leur voyage d'exploration, ils aperçurent des îles qu'ils appelèrent îles de Crainte à ‘ cause des craintes qu’elles leur inspirèrent.
Depuis cette époque jusqu’au commencement du xvui' siècle, aucun navigateur, à l'exception de Jean Alfonse le Saintongeois qui abordaen 1543 à la baie de Boina, ne semble avoir passé à Madagascar. Le 19 février 1602, deux navires envoyés par une société bretonne aux Indes orientales pour disputer aux Portugais etaux Hollandais les richesses de ces pays lointains, pénétrèrent dans la baie de Saint-Augustin. L'un, Le
1. De là le nom de Port de la Trahison donné au port où avaient abordé les Français. — Les îles de Crainte reçurent plusieurs noms spéciaux : l’île Majeure, l'Enchaînée, l’Utile, la Boquillone, l’île Saint-Pierre, l'Andouille, l'Advanturée (voir Parmentier, éd. Schefer, ouvrage cité, p.39, et À. Grandidier, Hist. de la géogr., p. 117). D'après Schefer (loc. cif., p. 39, note 1), ces îles de Crainte sont situées au sud du banc Pracel ou banc Parcelar. Elles sont petites, basses, et couvertes de broussailles. On les connaît aujourd’hui sous le nom d'îles Dalrymple, Hosburg, Beaufort, Flinders, Woody et Smyths.
Corbin, était commandé par Pyrard de Laval, l’autre, Le Croissant, avait à bord Jean de Vitré, Les Français commencèrent par construire un fort dans le voisinage pour se protéger contre les surprises des habitants!. Puis ils essayèrent d'entrer en relations avec eux. Ceux-ci se montrèrent d’abord fort effarouchés et s’enfuirent. Les compagnons de Pyrard finirent cependant par triompher de leurs appréhensions et firent avec eux quelques échanges. Malheureusement le climat malsain de ce pays enleva en trois jours quarante Français; Pyrard s’empressa de quitter une contrée aussi insalubre.
Dix-huit ans plus tard, le 22 mai 4620, le général français Beaulieu jetait l'ancre dans la même baie. Pendant son séjour, il fit la traite avec les indigènes, dont il reçut un excellent accueil. Il emporta du pays et des habitants une impression très favorable*.
La baie de Saint-Augustin semble avoir été ensuite délaissée par les Français, ainsi que toute la côte occidentale. C’est le plus souvent la côte sud-est qui reçut leur visite. Au mois de juillet 1638, un navire dieppois, commandé par le capitaine Alonze Goubert, venait jeter l'ancre dans la baie de Sainte- Luce. Ce marchand s'était proposé de se livrer au négoce dans la mer Rouge et de fonder un comptoir à l’île de France. Mais, ayant trouvé cette île déjà occupée par les Hollandais, il se dirigea vers Madagascar d’où il espérait extraire de l’argent. Sur le même navire se trouvaient plusieurs Normands parmi lesquels un marchand de Rouen,François Cauche. Dès son arrivée dans l'île, Cauche sut gagner l’amitié des indigènes et en particulier d’Andrian Ramach, qui devenu roi de la province d’A-
1. C'est ce fort que les Anglais avaient occupé en 1645 et que les Français retrouvèrent plus tard dans le même état (Pyrard, loc. cit., p. 20; Morizot, loc. cil., p.22; Flacourt, éd. 1661, p. 261).
2. Le discours de la navigation de Jean et Raoul Parmentier, édition Schefer, Paris, 1883, in-8, p. 32-39; Voyage de Pyrard aux Indes orientales, 1615, p. 21 ot suiv.; Fr. Martin de Vitré; Descriplion du voyage fait aux Indes orientales par les Français, de 1601 à 1603, MDCIV, p. 20 et suiv. (ouvrage rarissime) ; Thevenot, Relation de voyages curieux, MDCXCVI, t. 1, 1re et 2e parties; Voyage du général Beaulieu aux Indes orientales, p. 15 etsuiv.; A. Grandidier, Hist. de la géogr., éd. 1892, p. 147 et 118 et p. 213.
nossi, vint le visiter escorté de quatre cents Malgaches. « Ce roi, dit Cauche, avoit le teint un peu enfumé, mais plus blanc que
ne le sont les Castillans. Il portoit une petite braie de calson de coton, raié de soie du païs.. Ses épaules estoient couvertes d'un manteau carré, de mesme estoffe, qui lui servoit de tunique sans manches, ceinte par le milieu descendant plus bas que la ceinture, portant une chaîne de coral fin en escharpe. Ses cheveux estoient longs et arrondis par le dessous, au lieu que ceux des Nègres qui l’accompagnoient estoient troussés par le dessus avec des filets de coton en façon d’une bourguignotte. Il estoit d’une taille fort haute, bien proportionné en tous ses membres, le visage hardi, sans barbe, la langue et les dents de même que tous ceux de sa suite, noires comme jays et luisant. [l tenoit en main une espèce de pertuisane ayant le fer long d’un pied et demi ‘
A la nouvelle de l’arrivée du chef indigène, le capitaine Goubert alla à sa rencontre avec vingt hommes armés. L’entrevue eut lieu dans un village peu éloigné de Sainte-Luce, Des paroles courtoises furent échangées de part et d'autre. Andrian Ramach déclara au capitaine « qu’il estoit le bienvenu avec les siens, pourveu qu'ils ne fissent aucun bruit en ses États, qu’il les assisteroit de tout ce qu'il auroit ». Il les invita même à venir le voir dans sa résidence, au village de Fanshere*. Les Français se rendirent quelques jours après à l'invitation et recurent un excellent accueil du roi et de son gendre Andrian Tserong, qui, suivant l’expression de Cauche, leur offrit son logis « avec un visage ouvert et grande démonstration d'amitié »*. On se sépara, non sans s'être offert mutuellement quelques cadeaux. Cette entrevue fut suivie du départ pour la France du capitaine Goubert et d'un certain
1. Morizot, Relations curieuses de l'isle de Madagascar, voyage de Fr. Cauche, 1654. Paris, p. 10 et 41.
. Le village de Fanshere est situé sur la côte sud (pays d’Anosy) à la latiide de 250 2’ 40 et par 440 34 longitude (v. Grandidier, Hist. de la gé0gr éd. 1892 : Premier tableau, p. 108).
3. Morizot, Voyage de Fr. Cauche, 1651, ouvrage cité : Préface et p. 15 et suiv..
nombre de ses compagnons‘. Les autres, notamment Francois Cauche, demeurèrent dans l’île; ils ne songèrent qu'à s'enrichir et à préparer un ample chargement de cire, cuirs et autres produits. Le marchand rouennais entreprit toutefois quelques excursions dans la région pour connaître ses ressources et les mœurs des habitants. C’est ainsi qu'il alla de Sainte-Luce, où il avait fondé l'habitation de Saint-Pierre, à la vallée d’Ambolo (1639) ; de Matitanana au Mananara, et du Mananara à Fort-Dauphin (1642)*°.
Mais l’entreprise de Fr. Cauche, comme celles des Français et des autres Européens qui l'avaient précédé, n'avait pour but que de servir les intérêts particuliers. Aucun gouvernement, aucun roi de France, n’avait encore envoyé à Madagascar des représentants chargés d'en prendre officiellement possession”. C’est au gouvernement de Richelieu qu'était réservé l'honneur d'y planter le drapeau de la France.
Dès le commencement du xvn° siècle, les Français avaient vu avec admiration et envie les profits que les Hollandais avaient retirés de leur association pour l'exploitation du commerce des Indes orientales. Déjà portés à la centralisation, ils avaient pensé que la meilleure voie à prendre pour réussir dans leurs grandes entreprises commerciales, était de fonder, à l’imitation de leurs voisins, de grandes compagnies à monopole*.
Une première compagnie obtint du roi Henri VI (1604) le privilège exclusif de commercer aux Indes pendant quinze ans etdefaire entrer en franchise dans le port de Brest les marchan-
1. Goubert avait dissipé les marchandises qu'il avait apportées de Dieppe. Il craignit de ne pouvoir restituer aux marchands l'argent qu'il leur avait emprunté à la grosse aventure (depuis 60 jusqu’à 80 pour 100), avec les produits de l'ile chargés sur son navire. Pour se tirer d'embarras, il simula un naufrage en coulant à fond son navire et partit sur une simple barque pour Dieppe (voir Flacourt, éd. 1661, p. 205; Du Fresne de Francheville, Histoire de la Compagnie des Indes, 1138, p. 117).
2. Flacourt, 1661, p. 147 et 205; A. Grandidier, Hist. de la géog., p. 107, 216, 217, 225,
3. Pauliat, La Nouvelle Revue, mai juin 1884 : Madagascar, p. 524.
&. Leroy-Beaulieu, De a colonisation chez les peuples modernes, p. 144 et suiv.
dises qu’elle rapporterait de ses deux premiers voyages. Le roi s’engageait en outre à fournir aux associés deux canons par vaisseau et les autorisait à s’approvisionner en Hollande des munitions nécessaires, à y construire les bâtiments dont elle aurait besoin et même à en tirerles marins qui lui seraient indispensables. Le 29 juin 1604, le principal organisateur de cette société, Girard de Roy, qui avait déjà voyagé dans la mer des Indes, reçut des lettres de commission, avec le titre de capitaine général de la flotte des Indes orientales. Ordre lui était donné de partir le plus tôt possible pour les Indes. Cette première compagnie ne profila pas des faveurs et des privilèges qui lui étaient accordés. L'accord régnait parmi les associés, et les ressources financières ne leur faisaient pas défaut; « mais, dit Bonassieux, il était alors impossible de trouver en Europe en dehors de la Hollande le moyen d’équipér une flotte à destination des Indes!'. »
Cependant Rezimont, un des marins dieppois que l’inaction de la Compagnie avait rendus audacieux et qui avaient déjà visité les Indes orientales, avait formé dès l’année 1635 une compagnie sans monopole. Cette compagnie envoya aux Indes un vaisseau qui revint en France chargé des produits de ces contrées lointaines. Ce premier succès encouragea Rezimont à continuer son entreprise. 1l s’associa le capitaine Rigault, et entreprit avec lui quelques voyages avantageux. Rigault devint l’âme de cette association. Comprenant tout le profit que l’on pouvait retirer de l'exploitation des Indes orientales et spécialement de Madagascar, il sollicita de Richelieu la concession de la grande île et des îles adjacentes. Or à cette époque la marine royale n’était pas assez forte pour protéger les navires français contre les pirateries et les violences de leurs rivaux portugais, anglais et hollandais. Le cardinal pensa que la possession de Madagascar était indispensable à la France pour assurer la sécurité de son trafic dans l'océan Indien. Il saisit avec empressement l’occasion qui s'offrait à
4, Les grandes Compagnies de commerce, p. 253 et suiv.
lui de donner une station aux vaisseaux français qui iraient aux Indes et de favoriser ainsi le développement de notre commerce ‘.
Des lettres patentes datées du 29 janvier 1642 et signées du roi Louis XIII concédèrent à Rigault « Madagascar et les îles adjacentes pour y ériger des colonies et en prendre possession au nom de Sa Majesté très chrétienne », avec le privilège exclusif de s’y livrer au commerce pendant dix ans. Voici le texte de l'arrêt du Conseil du Roï qui accordait ce privilège : « Sur la requête présentée auRoiï en son Conseil par le sieur Rigault, l’un des capitaines entretenus pour le service de Sa Majesté en la marine, et ses associés, tendant à ce qu'il plaise Sa Majesté approuver et ratifier la concession à eux donnée par M. le cardinal de Richelieu, pair de France, grand-maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France, portant pouvoir et permission d'envoyer en l’île de Madagascar, anciennement île Saint-Laurent, et autres îles adjacentes et côtes de Mozambique, tel nombre de vaisseaux armés en guerre et marchandises que bon leur semblera, avec les hommes qu'ils jugeront nécessaires pour habiter aux pays, s'ils voient que besoin soit pour la conservation de leurs navires et biens, et y faire le commerce et trafic durant le temps de dix années, sans qu'aucuns autres que le sieur Rigaultet ses associés puissent faire habitations, traites, trafic et commerce, ni en tirer aucunes marchandises, pendant ledit temps, pour apporter en ce royaume par quelques personnes, nation et conditions que ce soit, si ce n’est de leur consentement par écrit, à peine de confiscation des vaisseaux et marchandises au profit dudit sieur Rigault et de ses associés et autres choses à plein contenues en icelles »°.
L.ESavary des Bruslons, Dictionnaire du Commerce, loc. cit., t. I, p. 1338 ; Bouassieux, Les grandes Compagnies de commerce, p. 258.
2. Archives nationales, Arrêts du Conseil du Roi, Conseil des Finances E 167B ; Flacourt, éd. 1661, p. 203 et 204.
Cette concession fut de nouveau confirmée par une lettre du roi, du 20 septembre 1643 (Arch. Ministère des Affaires étrangères, Indes orientales, Asie, Mémoires et documents, ‘n° 2, fol. 8. — Flacourt, éd., 1658, p. 194). —
On mit à cette faveur plusieurs conditions. A l'obligation imposée aux associés de prendre possession de Madagascar au nom du roi, on avait ajouté celle d'y faire passer des gens d'Église pour administrer les sacrements aux Français qui seraient envoyés dans l’île et instruire les naturels des vérités de la religion catholique".
La Compagnie fut désignée sous le nom de Compagnie d’0rient, des côtes orientales d'Afrique ou de Madagascar; maisen réalité cette société n'était autre chose qu’une nouvelle Compagnie des Indes Orientales et son commerce s’étendra jusqu'à Surate, ainsi qu'aux autres ports du littoral de cette partie de l’Inde?. Elle était composée de vingt-quatre parts, « tellement, dit Charpentier, que celui qui y entrait pour une part fournissait la vingt-quatrième partie de la dépense, et, si quelqu'un y prenait deux parts, il devait founir à proportion »*. Le nombre de ses membres ne paraît pas avoir été considérable. Elle fut formée « par quelques particuliers en petit nombre »*, parmi lesquels on remarquait, non seulement des négociants, mais encore des hommes qui occupaient de hautes fonctions dans la marine, dans la finance etle Parlement. C’étaient Rezimont, Rigault, le capitaine Le Bourg, le surintendant Fouquet, de Loynes, secrétaire général de la marine, Le Vasseur, conseiller au Parlement de Paris, de Creil, trésorier de France à Limoges, d’Aligre, trésorier des menus, Berruyer, Caset, de Bausse, parent d’Étienne de Flacourt, deux bourgeois de Paris, Antoine Desmartins et Hilaire Gillot, et peut-être Étienne de Flacourt lui-même *.
Dépôt des cartes et plans de la Marine, Manuscrits, vol. 84, pièce 9, années 1188 et 1789 : « Il y a lieu de croire que la première concession du 29 janvier 1642, n’était que pour dix ans ».