Flacourt, éd. 1658, brochure, p. 7 et suiv
leur cupidité, qu’ils en sondèrent les principaux ports, en reconnurent le littoral, fouillèrent dans les entrailles de la terre, et interrogèrent les habitants sur Les ressources du pays. C'est dans ce but qu’ils fondèrent, non des établissementste rritoriaux destinés à être peuplés par la métropole, mais des comptoirs qui pourraient en favoriser et assurer l'exploitation.
On a vu à quelles violences, enlèvements de femmes et d'enfants, pillages, décharges de mousqueterie et d'artillerie, massacres, les avait portés cette soif de butin, et les tristes représailles qui en résultèrent. Sans doute ceux qui vinrent dans la suite comprirent la nécessité d’user de procédés moins violents, et se proposèrent un but plus noble. Ils ne furent pas seulement poussés vers la grande île par l’avidité mercantile, mais encore par l'intention d’en convertir les habitants à la religion qu’ils pratiquaient eux-mêmes. Malheureusement un prosélytisme effréné les entraîna souvent dans des fautes non moins regrettables que celles de leurs prédécesseurs et dont les conséquences retomberont sur les Français.
Les Hollandais, qui abordèrent à Madagascar longtemps après les Portuga’s, n’eurent pas pour but comme ces derniers d'exploiter les richesses du pays et de convertir les habitants au christianisme, mais de s’y ravitailler. Cette île située sur le chemin des îles aux épices était pour eux une escale, mais non un comptoir ou un de lieu de propagande religieuse. S'ils
‘ont tenté en passant d’y faire du trafic, ils n’y ont amené toutefois aucun missionnaire. Quant aux relations qu'ils entretinrent avec les indigènes, elles ne sont guère plus que celles des Portugais à l'honneur d’un peuple civilisé *:
A l'instar des Hollandais, les Anglais considérèrent la grande île comme une escale où leurs vaisseaux pouvaient
-s’approvisionner ou s’abriter sur la route des Indes. Mais, à la différence de leurs voisins du continent, on ne peut leur re-
4. D'après Wicquefort (loc. cil., éd. 1666, t. II, p. 541), le dessein des Hollandais en abordant à Madagascar était d’y chercher des vivres pour le soulagement de leurs malades.
La
procher aucun acte de violence. Plus pratiques, ils songèrent même à y fonder une véritable colonie.
Jusqu'à l’année 1642, on ne découvre chez les Français aucune intention arrêtée de coloniser la grande île. Onnen doit pas moins constater qu’à partir de cette date le gouvernement encourage les tentatives des particuliers dans la mer des Indes et à Madagascar par la création d’une Compagnie à monopole. Malheureusement, la Compagnie ne fut pas heureuse dans le choix du premier administrateur qu’elle envoya dans cette contrée lointaine. Si Pronis a eu la gloire de prendre officiellement possession de certains points de la côte orientale; si, le premier des Européens, il a poussé l’exploration assez loin dans l’intérieur des terres; si enfin sa tâche étaitrendue délicate par les tristes souvenirs qu’avaient laissés dans la province d’Anossi les Portugais, il ne s’en est pas moins attiré l’inimitié des colons par ses dilapidations et aliéné pour longtemps les sympathies des chefs indigènes par des actes d’une insigne maladresse et dignes d’un véritable forban.