‹ Etienne de FlacourtChapitre 31 sur 157 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

État des connaissances européennes sur Madagascar vers 1648,

La cartographie : ce qu'elle avait appris sur la situation astronomique, la forme, la configuration, le relief, les rivières, la nomenclature. — Les des-

. criplions : ce qu’elles avaient appris sur la situation astronomique, le relief, le climat, les rivières, le littoral, les ressources végétales, animales et minérales, l’origine et le nombre des habitants, leur aspect physique, leurs mœurs, leurs coutumes, leurs croyances et prafiques religieuses, leur langage, leur organisation sociale. — Appréciation générale.

L'île que nous appelons aujourd’hui Madagascar avait reçu jusqu'alors plusieurs dénominations. Elle avait été connue des Grecs sous le nom de Menuthias, des Arabes sous les noms de Djafouna, Chezbezat et Komr', des Européens du xvie et du xvrr' siècles, tantôt sous le nom de Menuthias, tantôt sous celui de Madagascar. Ce dernier paraît même avoir été employé avant que l’île füt découverte”.

4. Voir À. Grandidier, Histoire de la géographie de Madagascar, éd . 1892 p. 2-11, 11-22.

2. Déjà au xirre siècle, Marco Polo avait mentionné le nom de Madagascar (bien que sa description s'applique non à la grande île, mais à Mogdicho) d’après les récits des voyageurs et des marchands arabes (ibid., p. 24-32).

M. Gabriel Ferrand fait remarquer que le nom de Madagascar était déjà appliqué à l’île Saint-Laurent lorsque cette île fut visitée en 1529 par Jean et Raoul Parmentier (Lès musulmans à Madagascar, 1e partie, 1891, p. 52).

On lit dans Osorius, Loc. cit., fol. 127 : « tunc liquido perspici potuit, eam insulam esse quæ nominabatur olim Madagascar, quam nostri insulam S. Laurentii nominant. »

Joao de Santos, après avoir rapporté que l’île reçut le nom de Saint-Laurent parce que ce fut le jour de ce saint qu'on y fit la première descente, a le soin d'ajouter « quoique auparavant on l’appeloit Madagascar » (Histoire de l'Éthiopie orientale, traduit du portugais par le P. Charpy, 1688, liv. IL, ch:vi, p. 151). à

Le P. Maffei écrivait en 1631 : « et Madagascarem olim, mune Divi Lau-

. rentii insulam » (Historiarum indicarum, fol. 35, liber primus). Voir aussi À. Thevet, Les singularilez de la France antarctique, éd. Gaffa-

En dépit de la découverte qu'en avaient faite les Portugais vers l'an 1500, une grande indécision avait régné en Europe jusqu'à la seconde moitié du xvne siècle, sur sa situation. Parmi les géographes, les uns n’avaient tenu aucun compte des renseignements des Portugais et s'étaient barnés le plus souvent à placer, à limitation de Martin Behaim, une île de Madagascar en plein océan*; les autres avaient abandonné les traditions de Behaim pour introduire dans leurs cartes quelques innovations inspirées par les découvertes®. C’est à cette dernière catégorie qu'appartenait Pedro Reinel, le premier qui eût donné une idée précise de sa position*.

Mais cette position n’avait pas toujours été conservée par les géographes suivants. Ils avaient apporté sur leurs cartes des modifications en général peu heureuses. C’est ainsi qu’en 1544 Sébastien Munster plaçait Madagascar au nord de Zan- Zibar, non loin de la côte d'Afrique appelée Troglodyte.

Les latitudes indiquées par les anciens auteurs étaient pour la plupart inexactes. Elles variaient entre 7° (Munster, 1551) et 25° (Sylvano, 1511) pour la pointe septentrionale; pour la pointe sud entre 20° (Munster) et 38° (Ruysch, 1508). Les cartes où elles s’approchaient le plus de la vérité étaient sans contredit la carte de Ribeiro et celle de Pedro Reinel qui fixait

rel, Paris, 1878, in-8, p. 114 (la 1re édition est de l’année 1556 ou 1558); Wicquefort, Les Voyages du chevalier Thomas Herbert, 1663, p. 21.

L'île n'aurait pas recu cette dénomination de Madagascar des indigènes, mais des étrangers (A. Grandidier, Hist. de la géog., loc. cit., p. 32, 1).

4. L'étude de la cartographie de Madagascar antérieure à 1648 que nous donnons ici, a été faite d’après l’inspection des cartes de vieux atlas de l’époque (Ortelius, G. Mercator, Hondius, G. Blaeu, etc.), et, en grande ‘partie, d’après l’Histoire de la géographie de Madagascar de M. Grandidier, éd. 1892,

4 2. Parmi ces géographes on peut citer : Juan de la Cosa (1500); Stabius (1515); Apian l’ancien (1520) ; Fries (1522); Bordone (1528) ; Roselli (1532); Vadianus (1534); Servet (1535). — Sur la carte de Servet, Madagascar se trouve à près de 1000 lieues de l'Afrique, au sud-ouest de Java major (Hist. de la géogr., 1892, p. 36 et 37, texte et notes).

3. C’est ce que l’on constate sur les cartes de Canerio (1502); Cantino (1508) ; Waltzemuller (1513); Bordone (carte générale de 1520); Maggiolo (4527); Ribeiro (1529); S. Cabot (1544); Gastaldo (1544); etc. (A. Grandidier, ibid., p. 37, note 2).

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