Flacourt, 1661, p. 382 et 383, et Dédicace à Fouquet
aucun compte, puisque le procureur général était alors un des membres les plus influents de la Compagnie de l'Orient et fort en faveur à la cour. On est donc porté à croire, avec le P. Nacquart', qu'il n'allait point partir pour Fort-Dauphin avec l'intention de s’affranchir des obligations dévotes qu'on lui avait imposées.
Ce n’est pas à dire que le nouveau gouverneur répugnait à l’idée de faire là-bas œuvre de commerçant. Il n’ignorait pas en effet, en qualité de directeur de la Compagnie de l'Orient, que la plupart des associés n'étaient point disposés à sacrifier leurs intérêts au désir de plaire à la cour et au parti catholique. Il savait bien que les Compagnies, en dépit des contrats passés avec le gouvernement, qui ne leur concédait des territoires qu'à la condition qu'elles favoriseraient la propagande religieuse, ne se souciaient que de réaliser de gros dividendes, et que, tout en colorant leurs desseins du beau prétexte de la religion et de la charité, elles étaient surtout séduites par l'appât du profit et du gain ?. Se fût-il trompé sur les sentiments de la Compagnie de l'Orient à cet égard, il ne pouvait lui, associé de cette Compagnie, se désintéresser personnellement des avantages qu’on était en droit d'attendre d’une entreprise commerciale.
Sans aller jusqu’à mettre hors de doute que le principal moif qui l'avait engagé au voyage de Madagascar fût, comme il l’a déclaré lui-même plus tard, l'espoir qu'il avait conçu de voir laGompagnie en obtenir de grands profits‘ ,ilnous semble difficile de nier que cette considération ait dù influer dans une certaine mesure sur sa détermination.
À. Mémoires de la Mission, t. IX, p. 108.
2. Flacourt, Histoire de Madagascar, 1658, brochure : Cause pour laquelle les interessez n'ont pas fait de grands profits à Madagascar, p. 1 et 2.
3. Il a pu, en effet, se faire illusion sur les desseins de Fouquet, qui, en réalité, n’était pas aussi indifférent aux avantages matériels de l'entreprise qu'il voulait le faire croire. On sait, en effet, qu'il a déclaré plus tard dans ses Défenses (t. VI, p. 114) avoir acheté des vaisseaux en Hollande « pour les envoyer en toutes les parties du monde, pour voir les commerces qu'ils y pouvaient faire, les profits qu'on en pouvait espérer. » À
4. Défense pour Marie de Cossé, Lordelot, oc. ci, , p.12 et 13,
Mais Flacourt estimait que la première conditition nécessaire pour exploiter un pays, c’est de le connaître. Si l'on ne saurait affirmer qu’il se soit rendu compte de la nécessité d'acquérir une connaissance exacte des habitants pour mieux comprendre de quelle manière on pourrait agir avec eux, il est du moins certain qu’il regardait comme une stricte obligation de rechercher «les choses dont on peut tirer de grands avantages »*.
Il n'est donc pas téméraire de croire que c'était aussi avec l'intention d'explorer Madagascar qu'il allait s'embarquer”*.
Il obéissait d'ailleurs en cela à son humeur voyageuse, à la tournure de son esprit enclin à l'observation de la nature, à l'engouement de ses contemporains pour l'exploration des pays éloignés. Est-ce à dire, comme on l’a prétendu récemment, quil allait franchir les mers dans le seul but de recueillir sur place les notes nécessaires à la composition d’un ouvrage sur Madagascar‘?
La plupart des voyageurs de son temps et de l’époque antérieure avaient, il est vrai, publié des relations de leurs voyages et donné des descriptions des contrées qu'ils avaient parcourues. Il peut se faire que Flacourt, en quittant les rivages de sa patrie se soit proposé de décrire à son retour le pays où il devaitséjourner, mais nous ne saurions admettre qu'il ait été poussé par ce seul mobile; c'est peu connaître son caractère que de lui prêter cette seule intention.
Explorer Madagascar, en exploiter les ressources, s’efforcer d'en convertir les habitants au christianisme, était une tâche qui pouvait paraître assez belle et suffire à l’ambition de tout autre que Flacourt. Le caractère vaniteux du direc-