‹ Etienne de FlacourtChapitre 53 sur 157 · bid., p · texte numérisé non relu

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était à craindre que, s'ils venaient à succomber victimes de leur dévouement ou du climat, l'œuvre péniblement commencée ne périclitât ou mêmeque leur mission ne portât plus defruits.

Il fut convenu que le chef de l'expédition pourvoirait à l’entretien et à la subsistance de ses auxiliaires religieux pendant leur voyage et leur séjour dans l’île. Il est à présumer que le supérieur de la Mission comptait peu sur cette assistance, puisqu'il les engagea à se suffire à eux-mêmes.« Vous verrez, leur dit-il, si avec le temps vous y pourrez avoir du bien pour vous y entretenir en votre particulier ; il y fait si bon vivre que cinq sous de riz qui tient lieu de pain suffisent pour nourrir cent hommes par jour »!.

Il ne faudrait pas en conclure cependant que Flacourt allait s’'embarquer sans ressources pour cette terre lointaine. Nous ignorons quelle somme lui remirent les associés pour subvenir aux dépenses de toute sorte que nécessiteraient son séjour et celui de ses subordonnés dans l’île. Néanmoins, il est certain qu'il fit charger dans son navire, pour les besoins de la colonie, des instruments de travail, des caisses de marchandises, vivres, eau-de-vie, tabac, médicaments, et, pour sa défense, des munitions de guerre, canons, armes, mousquets, pistolets, etc.*.

. D'autre part, il est probable qu'avant son départ, il s'entoura de tous les renseignements de nature à faciliter le succès de son entreprise. Peut-être même s’informa-t-il des ressources du pays et des mœurs de ses habitants auprès du marchand Fr. Cauche qui n'avait pas encore publié la relation de son voyage, mais était déjà de retour en France*. Il avait déjà lu d’ailleurs, selon toute vraisemblance, les relations de Lindschot et de Pyrard, dont il parlera plus tard dans ses Mémoires. . Les capitaines de navire qui étaient revenus en France, Re- zimont Lormeil, Le Bourg, l’avaient sans doute éclairé sur les

4. Mémoires de ln Mission, t. IX, p. 44 : Lettre de saint Vincent de Paul au P. Nacquart, 22 mars 1648.

2, Flacourt, 1661, passim.

3. On lit au commencement de lafrelation de Fr. Cauche (Morizot, ouvrage

cité): «Achevé d'imprimer pour la première fois le 10° jour de septembre 1651 ».

difficultés de la situation présente. Deces capitaines et des deux Malgaches que l’un d’eux avait amenés il avait pu sans doute obtenir quelques renseignements sur les produits de l’île. Cependant nous ne saurions rien affirmer à cet égard. Ce qui est seulement certain, c'est qu'il se munit de cartes portugaises".

Mais le nouveau gouverneur n'avait jamais visité Madagascar. L'opinion qu'il pouvait en avoir était naturellement fort vague, et probablement aussi inexacte que celle de la plupart de ses contemporains. À celte inexpérience personnelle s’ajoutait l'insuffisance de ses connaissances générales, qui, pour être, eu égard à l'époque, assez étendues et variées, ne laissaient pas d'offrir encore bien des lacunes.Ses voyages l’avaient initié, il est vrai, à l’observation d’un pays, les quelques notions, qu'il avait recueillies de l’étude des sciences naturelles, lui permettaient -aussi de se livrer avec fruit à des investigations relatives aux plantes, aux animaux et aux minéraux; mais, n'ayant voyagé qu'en Europe, il ignorait, ou du moins ne devait connaître que très superficiellement, par les relations incomplètes de quelques voyageurs, l'Inde, la Malaisie, l'Afrique, contrées, qui, certes, offraient de nombreuses analogies avec le pays qu’il se proposait d'explorer.

Enfin, si Flacourt avait quelques notions de médecine ou plutôt d'hygiène, indispensables dans un pays où tant d'Européens avaient déjà succombé à la fièvre, il lui manquait toutefois un secours fort précieux, la connaissance de la langue des habitants avec lesquels il allait se trouver en rapports. Il est très probable aussi qu’il ne savait point le portugais, alors parlé dans le sud de l’île, puisqu'il devra recourir plus tard à un de ses commis pour se faire comprendre de deux Portugais”.

Tel était l’homme auquel la Compagnie venait de confier le gouvernement de la colonie. Il possédait sans doute certaines des qualités que l’on doit apprécier chez un administrateur colonial, la santé, l'activité, l'énergie, la fermeté, l'intégrité,

1. Hist. de Madagascar, 1661, Avant-Propos et p. 245. . 2 Flacourt, 1661, p. 232,

l'intelligence et un ensemble de connaissances qu'il eût été injuste de dédaigner à cette époque, mais le tact, la modération, l'expérience, l'éducation spéciale, la connaissance de la langue qui sont nécessaires à un tel administrateur dans ses relations avec Les indigènes lui faisaient défaut; ses idées en fait de politique colonisatrice n'étaient guère différentes de celles de ses contemporains, ou même des Européens qui l'avaient précédé, et ses projets, ses vues sur la colonisation pouvaient paraître peu proportionnés à ses moyens d'exécution.

Nous allons voir s'il a fait passer les idées dans les actes, et raconter les principaux incidents auxquels son gouvernement a donné lieu.

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