P. 112 de notre livre
9, Mémoires de la Mission, t. IX, p. 26 et 360.
116 ÉTIENNE D£ FLACOURT
qu'on püt distinguer les gens qu’elle amenait. Elle contenait treize personnes : un prêtre, nommé de Bellebarbe, venu dans l'ile trois ans auparavant‘, deux Français et dix indigènes. Sur l'invitation de Flacourt, ils vinrent à bord. Le nouveau gouverneur s’informa auprès d'eux de la santé de Pronis et de l’état de la colonie, mais il ne leur révéla ni sa mission ni ses intentions. Il se trouvait d’ailleurs à l'égard de Pronis dans une situation délicate, car celui-ci ignorait qu’on dût le remplacer. Il craignit sans doute de le mécontenter en lui apprenant par cette voie qu’il avait un successeur, et préféra user de ruse. Après s'être concerté avec le capitaine Le Bourg, il fut décidé qu’un des passagers, Descots, irait avec cinq matelots trouver Pronis au Fort, et qu'il lui remettrait une lettre de la part du capitaine. Par cette lettre, Le Bourg informait Pronis qu'il n'avait point jeté l’ancre au-dessus de Fort-Dauphin, dans la crainte d’être mal reçu par les colons qui à son dernier voyage avaient voulu faire feu sur lui, mais qu’il l'invitait à venir en personne prendre les lettres qui lui étaient adressées et lui faire connaître l’état de la colonie. Ordre formel fut donné au porteur de la lettre et à ses compagnons de taire la présence de Flacourt.
Vers quatre heures de l’après-midi, Pronis se rendit à bord du Saint-Laurent. 1] manifesta à Flacourt son étonnement de l'y rencontrer. Le nouveau représentant de la Compagnie le rassura par des paroles amicales, s’entretint avec lui toute la soirée des événements qui s'étaient passés dans la colonie, et lui apprit la décision de la Compagnie.
Le lendemain, au matin (5 décembre), le navire parvenait à l’anse Dauphine. Aussitôt de Flacourt chargea deux de ses subordonnés, Marchais et Boivin, de prendre possession de Fort-Dauphin avec vingt hommes armés. Pronis de son côté leur remit une lettre pour ses gens, par laquelle il leur faisait savoir qu'ils eussent dorénavant à obéir aux ordres de Flacourt. À trois heures, le nouveau gouverneur descendit à