‹ Etienne de FlacourtChapitre 61 sur 157 · Mémoires de la Mission, t. IX, p · texte numérisé non relu

Mémoires de la Mission, t. IX, p

se contentait pas de vouloir empêcher l’immoralité dans les paroles et dans les actes, il prétendait encore faire observer toutes les prescriptions de l'Église, avec autant de rigueur et de ponctualité qu’il l'aurait exigé en France. Il voulait imposer aux colons le repos dominical avec autant de scrupule que dans un pays civilisé. Il voyait avec peine les indigènes au service de la colonie travailler les dimanches et fêtes, sans permission et avant la messe, contrairement aux règlements de l'Eglise qui interdisent de se livrer au travail sans nécessité et sans dispense, et ne l’autorisent qu'après la messe. Indigné de voir le peu de cas que les membres de la colonie, sans en excepter le gouverneur, faisaient de la loi d’abstinence, bien qu’il eut déclaré maintes fois qu’il ne dispensait personne delasuivre, sans des raisons légitimes, il se plaignait qu'ils vécussent comme des huguenots sous ce rapport. Il adressait aux colons de vifs reproches’. Ceux-ci le renvoyaient à leur chef. Flacourt, peu scrupuleux, désireux avant tout de vivre en bonne intelligence avec ses subordonnés, refusait d'entendre ses réclamations ou l’écoutait froidement. Il l’accusait de vouloir « donner la loi et entreprendre par ambition sur le temporel ». De son côté, le P. Nacquart lui reprochait de ne s'occuper que du temporel, de n'être pieux qu’en apparence, de se contenter de belles paroles et de ne point contribuer, par son exemple, et son autorité, à l’accomplissement des desseins de Dieu”. Tout en s’efforçant de réformer les mœurs des colons, le missionnaire s’employait à gagner leur amitié et leur affection. Il les voyait dans le plus grand dénüment, en proie à toutes sortes de privations, à la maladie, contraints de déchirer leur linge pour panser leurs plaies; il les entendait se plaindre de mourir faute de nourriture et de médicaments. Ne s’assurerait-il pas leur gratitude en portant remède à leurs souffrances? Par malheur, ses faibles ressources avaient été bien vite épuisées. Ému de compassion, il s’en allait demander respectueusement du secours au chef de la colonie, à celui qu'il

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