‹ Etienne de FlacourtChapitre 65 sur 157 · Mémoires de la Mission, t. IX, p · texte numérisé non relu

Mémoires de la Mission, t. IX, p

4, Ibid à

5, Flacourt, 1661, p. 274,

avec les Malgaches devinrent encore plus hostiles. Un profond désir de vengeance couvait dans le sein des populations dont le territoire avait été pillé et ravagé. On en eut bientôt la preuve. Le 11 juin 1650, douze colons s'étaient rendus au village de Fanshere pour assister à la fête d’une circoncision. Par honneur pour le chef du pays, Andrian Ramach, ils firent une décharge de mousquets. Malheureusement la bourre d’un de ces mousquets vint à être projetée sur une case qui prit feu. A la vue de la flamme, quelques indigènes se mirent à crier : Tüe, tüe, pour exciter leurs camarades à l’éteindre. Mais ces derniers interprétèrent mal ce cri qu’ils prirent pour une excitation à massacrer les Français. Au nombre de quatre mille, ils allaient se précipiter sur eux lorsqu'ils en furent empêchés par Andrian Ramach. Soit qu’il fût décidé à ménager pendant quelque temps encore le chef des Français, soit qu’il füt persuadé de linefficacité d’un tel massacre, tant que le chef de la colonie serait sain et sauf, il s’interposa et les sauva d’une mort certaine. Cependant lesmauvaises dispositions des grands de la province d’Anossi ne tardèrent pas à se révéler, [rrités de la perfidie dont Flacourt avait fait preuve à l'égard de l’un d'eux, ils cherchèrent l’occasion de le surprendre pour l'assassiner, espérant que, lui mort, il ne viendrait plus de Français dans l’île. À l’instigation d'Andrian Ramach, ils se réunirent à Fanshere, sous prétexte de régler une querelle de famille. En fait, ils se consultèrent sur les moyens à prendre pour se débarrasser de leurs ennemis. Ils mirent en avant différents projets que le commandant de Fort-Dauphin apprit dans la suite d’un indigène de ses amis, Rassambe Manghave. C'est ainsi qu'ils s'étaient proposé de le massacrer avec tous ses compagnons, s’il füt venu à la cérémonie de la circoncision qui eut lieu à Fanshere. Flacourt, qui s'était avancé à deux lieues du Fort, en fut averti à temps, Il ne leur échappa qu’à la faveur des ténèbres.

En même temps, une vaste conspiration s’ourdissait dans la province d’Anossi. Le roi avait donné l'ordre à tous les autres chefs de son territoire de se tenir prêts à marcher sur

Fort-Dauphin à la première alerte. S'il faut en croire lancien gouverneur, il ne se passait pas de jour sans qu’on vint l'informer d’un nouveau complot tramé contre sa personne. La preuve de l’effervescence qui agitait les penplades du sud devint bientôt évidente, Flacourt apprit coup sur coup l'assassinat d’un Français, nommé Guitaut, ainsi que la nouvelle d’un complot tramé par Ranicaze et les chefs malgaches. Ceux-ci avaient rassemblé une armée de plus de dix mille hommes. Une partie de cette troupe commandée par Andrian Machicore devait aller à la rencontre du lieutenant Laroche, parti à la recherche de Leroy; le reste, sous la conduite d'Andrian Tserong, avait reçu l’ordre de surprendre Fort-Dauphin. Informé de leurs intentions, le gouverneur résolut de les attendre de pied ferme. Toutefois il ne laissait pas d’être inquiet sur le sort de Laroche qui n'avait pour se défendre que douze Français. Ces derniers furent en effet assaillis du côté d’Ivoule par Machicore, à la tête de six mille hommes, armés pour la plupart de sagaies et quelques-uns de mousquets qu’ils tenaient soit de Pronis, soit des matelots du capitaine Cocquet,. Ils lui opposèrent une telle résistance qu’en'‘dépit de leur petit nombre, ils le forcèrent à demander la paix et purent revenir au Fort. Deux de leurs hommes avaient été mis hors de combat. L'un d’eux, Nicolas Debonnes, avait été ‘tué; l’autre, blessé par les mousquets de l’ennemi!.

Quant à Flacourt, prévenu à temps, il avait pointé une pièce de canon devant le Fort et mis tous ses gens sous les armes. Ce déploiement de forces obligea les indigènes à battre en retraite.

A peine les Français avaient-ils échappé à ce danger qu’ils apprenaient une nouvelle trahison de Ranicaze. Ce traître s'était entendu avec deux chefs malgaches pour dresser des embûches à quelques colons que l’on avait envoyés au village d’Icrabe pour y acheter du bétail*. Les Français découvrirent

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