‹ Etienne de FlacourtChapitre 77 sur 157 · Flacourt, éd. 1661 : Avant-Propos · texte numérisé non relu

Flacourt, éd. 1661 : Avant-Propos

2, Renseignements personnels dus à M. Grandidier.

3. A. Grandidier, Histoire de la géogr. de Madagascar, éd. 1892, p. 40, 4 d,et Atlas, 1892, pl. 7 c.

4. Dédicace de la carte de Flacourt à Fouquet, Bibl. nat,, Section des cartes,

Klaproth.

des renseignements qui lui ont permis de rectifier quelques erreurs ou de combler quelques lacunes des cartes antérieures, mais il est probable qu'il n’a pas marqué ses positions géographiques (à un très petit nombre d’exceptions près) d'après des observations personnelles.

On ne trouve, en effet, dans son livre aucun passage permettant d'affirmer qu'il se soit servi d'instruments astronomiques, de l’astrolabe ou de l’arbalestrille pour déterminer ses latitudes.

On ne sera donc point surpris que sa carte n'ait apporté aucune amélioration à la carte de Pedro Reinel et aux cartes antérieures à 1648 en général, en ce qui concerne la situation astronomique. Les latitudes que Flacourt attribue à la grande île (41° 12’ pour la pointe septentrionale ; 25° 50° pour l’extrémité méridionale) offrent même encore moins d’exactitude que les latitudes données par Pedro Reinel:.

Au surplus, on remarque sur la carte de Flacourt beaucoup d’autres points dont la latitude est erronée. Ce reproche peut surtout s'appliquer à ceux qui se trouvent dans le voisinage de Fort-Dauphin et qui avaient été déterminés non par des marins, mais par des Français qui avaient parcouru le pays.

L'idée que cette carte donne du relief n’est guère plus satisfaisante. Sans doute, il ne faut point s’étonner de n’y point rencontrer la véritable disposition des chaînes de montagnes que nous connaissons aujourd’hui, puisque lui-même et ses subordonnés n’ont guère exploré que la région australe, et que, jusqu’à ces trente dernières années, on a eu sur le système orographique de la grande île des idées presque entièrement fausses? ; mais on était en droit d'attendre des données plus précises, plus détaillées, sur les plateaux, les collines, les vallées de la région qu’il avait fait explorer. En revanche, on

1. On se souvient que Pedro Reïnel avait placé le cap d’Ambre par 440 30', et le cap Sainte-Marie par 250 35', et l’on sait que les latitudes vraies sont pour ces deux points, 110 59° 52” et 25° 38 55" (voir A. Grandidier, Hist. de La géogr., ouvrage cité, p. 52).

2. À. Grandidier, Hist. de la géogr., 1892, p. 41, note m et p. 61.

est agréablement surpris de voir la chaîne longitudinale, qui traverse l’île du nord au sud, passer sur la carte de Flacourt plus près de la côte orientale qu’on ne le voyait sur celles des auteurs antérieurs.

Cette heureuse innovation lui a permis de montrer, contrairement à ce qu’indiquaient certaines cartes de l’époque précédente, et ce qu’indiqueront encore dans la suite bon nombre d'auteurs, que les cours d’eau prenaient leur source beaucoup plus près de la côte orientale que de la côte occidentale. En outre, par une conséquence nécessaire, les fleuves du versant oriental n'apparaissent point sur sa carte, comme cela se pouvait constater auparavant, aussi longs que ceux du versant occidental.

On peut donc dire sans être taxé d’exagération qu’elle est la première qui ait relativement fait connaître la plupart des rivières qui arrosent le pays. Mais nous avons le regret de remarquer que bon nombre de ces rivières sont mal placées. C’est ainsi qu'il a placé à tort les rivières de Tentamani (Tentamo) et d’'Andrasady, au sud du Mangoro*. Les positions des sources de certaines autres ne sont pas moins erronées. Par exemple, la source du Manampani et celle du Mananghare se trouvent, sur sa carte, indiquées trop au sud, tandis que celle

1. Jusqu'à l’année 1871 on avait cru que l'ile était divisée par une chaîné centrale dont les ramifications s’étendaient graduellement vers l’est et vers ” l'ouest. M. Grandidier a montré que le système orographique de Madagascar est tout autre (Revue scientifique, mai 18172). Grâce aux travaux de ce célèbre explorateur et de ceux qui l'ont suivi, on connaît aujourd’hui la délimitation de la chaîne de partage des eaux, le contraste des deux versants, la hauteur des principaux sommets, les directions, les liaisons, les limites des massifs montagneux, les limites sud et nord du massif central, la structure, l'aspect, la pente et l'altitude de certains plateaux de la côte occidentale (Bongo-lava) et d'un plateau au-delà de la côte orientale (Ikongo), etc. — Voir Histoire de la géogr.; loc. cit., p. 67 et 68; Oliver, Madagascar; Cortese (Bollet. geog. Soc. ital., septembre 1888); Catat (Bulletin de la Sociélé de géogr. de Paris, 3° trim., 1891, rapport de M. Maunoir); Douliot (Annales de géographie, janvier 4892, note de M. Marcel Dubois); d’Anthouard {Bulletin de la Société de géogr. de Paris, 4° trimestre 1893 ; rapport Maunoir); E. Gautier (Annales de géographie, avril et octobre 1893, C. R. de la Soc. de géogr. de Paris, février - 4893; Besson (Bull. de la Soc. de géogr. de Paris, 3° trim. 1893). A. Grandidier, Hist. de la géogr., 1892, p. #1, note m et p. 61. 2. A. Grandidier, Hist. de la géogr., éd. 1892, p. 101, note 11.

du Mangoro est indiquée trop au nord. Ajoutez à cela que plusieurs d’entre elles, telles que le Manangourou, sont représentées, contrairement, à ce que nous apprennent les cartes actuelles, comme se déversant à la mer par plusieurs bouches.

En dépit de ces inexactitudes, on doit reconnaître que la carte de Flacourt offre d’heureuses innovations sous le rapport de l’hydrographie fluviale.

Par contre, elle n'avait guère apporté d'amélioration à la configuration de Madagascar.

Depuis Fort-Dauphin jusqu’à la baie d’Antongil, la côte court à peu près en ligne droite, présentant peu de points saillants, dépourvue de grandes découpures, de grandes baies, et par suite facile à lever. C’est ce qui explique que son orientation et sa configuration apparaissent à peu près exactes sur la carte de Flacourt*.

Mais il n’en est pas de même de la partie nord-est, de celle qui s'étend depuis la baie d’Antongil jusqu’au cap d’Ambre et avait déjà été reconnue par les navigateurs de l’époque. Cette côte est tracée d'une manière tout à fait différente de ce que l'en peut voir sur les cartes actuelles. A l'exemple de plusieurs de ses devanciers et contrairement à ce qu'avait déjà indiqué Hondius, notre vieil auteur l’a fait courir toute droite et suivant le 81e méridien, ce qui est très inexact°. Bien mieux, au lieu de terminer l’île en pointe, il l'a représentée rectangulaire avec une large ouverture au milieu et deux caps aux angles, le cap Saint-Sébastien, qui doit être placé plus bas, et le cap Natal, ou cap d'Ambre.

Le tracé de la côte occidentale ne nous donne pas plus de

1. A. Grandidier, Hist. de la géogr., ouvr. cité, p. 43, note 2.

La division de Manangourou en plusieurs bouches est reproduite d'une manière très évidente sur la carte spéciale que Flacourt a laissée de l'ile Sainte- Marie et des pays voisins (voir éd. 1658 et 1661).

La rivière Sakalite, indiquée par Flacourt, n’est point connue dans le pays (A. Grandidier, Bull. de la Soc. de géogr. de Paris, juillet-déc. 1867, p. 386).

Page 1