A. Grandidier, Histoire de la géogr., p. 32 et
2. Flacourt compte 160 à 170 latitude sud pour l’île Sainte-Marie. La latitude vraie est entre 16° 41! et 170 5" 15” pour la côte occidentale, 17° 6° 10" et 460 52° 20” pour la côte orientale (Flacourt, éd. 1658, p. 301; [A. Grandidier, Hist. de la géogr., éd. 1892, p. 95).
D'après Flacourt, la distance qui sépare Madagascar du continent est à 70 à 110 lieues (éd. 1661, loc. cit., p. 1); M. Grandidier va jusqu'à 110 lieues (Revue scientifique, mai 1872, p. 1078).
Legentil a affirmé à tort que Flacourt était le seul qui eût parlé des variations de l’aiguille aimantée observées de son temps à Madagascar. Le général Beaulieu avait déjà constaté en 1620 la variation de l'aiguille aimantée dans la baie de Saint-Augustin (voir Flacourt, éd. 1661, p. 2; Thevenot, Relation de voyages curieux, t. I, 1re et 2° parties : Voyages du Général Beaulieu aux Indes orientales, p. 21; Legentil, Voyage dans les mers de l'Inde, t. H, p. 626 et suiv.).
3. Flacourt, éd. 1661 : Avant-Propos et p. 91, 333; A. Grandidier, Revue scientifique, mai 1872, p. 1078; C. R. de la Soc. de géogr. de Paris, 33 mars 1894, p, 198.
sud, qu'à la chaîne que suit la côte orientale s’adosse un vaste massif qui couvre toute la partie centrale. Certes, il est impossible de se faire une idée, d’après les descriptions de Flacourt, de l’aspect de la région occidentale et d'une partie de la région australe, Est-ce à dire qu’il ne faille tenir aucun compte des quelques données nouvelles qu'elles nous ont apportées? |
Or Flacourt est le premier qui ait parlé du relief du sud-est de l’île, Nul, avant lui, n’avait signalé les montagnes qui s’élèvent non loin de la côte entre Manghafia (Sainte-Luce) et Sandravinangha (Sandravinani). Ces monts Viboulle, ces pays de Vobhitsbanh qu’il nous représente comme «pays hauts, remplis de boiset de fertiles vallées », ce sont bien là les montagnes que le D Catat décrivait récemment dans les mêmes termes que Flacourt, sous le nom de monts Beampingaratra; ce sont bien là les pays qui donnent naissance au Mandrerei(Mandrare) dont parle le vieil historien de Madagascar. Quant aux montagnes qui séparent le pays des Eringdranes de ceux des Antavares et des Ambohistmenes, il est manifeste, à la seule inspection des meilleures cartes de notre époque, qu’elles n’ont pas uniquement existé dans l'imagination de Flacourt :.
La connaissance relative que Flacourt possédait du relief du sud-est lui a permis de ne pas laisser ses contemporains dans l'ignorance absolue de l’endroit où quelques fleuves de cette région prenaient naissance. Grâce à lui, on connut (au moins approximativement) la source de la rivière de Fanshere, du Mandrare, du Manatengha (Manampany), du Sandravinan-
1. Flacourt, 1661, p. 1-46. Consulter C. R. de la Société de géogr. de Paris, 23 mars 1891, p. 209 et 210, et Tour du Monde, 22 déc. 1894: Voyage du D' Catat à Madagascar, p. 386.
Nous n’avons pu découvrir à quels noms modernes répondent les montagnes d’Encobilan, de Hiela et de Manghaze (v. Flacourt, 1661, p. 9). 1l est en effet souvent très difficile, pour ne pas dire impossible, de retrouver sur les cartes actnelles, même les plus complètes, les pays indiqués ou même désignés dans le livre de Flacourt.
D’après le D' Catat (Tour du monde, 15 déc. 1894, p. 374) le Mandrare prend sa sourée à Infanantera, dans une montagne située à deux jours de marche de Tamotamo.
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gha (Sandravinani), cours d’eau qui se jettent sur la côte orientale, et même de la rivière Saint-Augustin et du Ranoumena, tributaires des eaux qui baignent la côte occidentalet.
Il'est aussi le premier qui ait apporté quelques renseignements sur leur cours, qui ait indiqué, à peu près, leur direction, les pays qu’ils traversent et la distance qui les sépare des rivières avoisinantes. Faute d’une donnée précise, il se sert pour caractériser ces rivières d’un terme général les appelant « grande, spacieuse, large, rapide » ou bien les comparant avec les rivières de France, la Loire par exemple. Et il faut avouer que ce qu'il nous en apprend n’a pas été démenti le. plus souvent par le témoignage des voyageurs de notre époque. Il en va du moins ainsi pour les rivières du sud-est. Ce Manampany, qui arrose la vallée d’Amboule et qu’il nous dépeint comme « une grande rivière » offrant à son embouchure « de grands estangs et islets », ne ressemble-t-il pas à celui que le D Catat nous a représenté comme un « grand fleuve qui se jette dans la mer par plusieurs embouchures, avant de se diviser en un delta compliqué ?»? Enfin bien qu'il se soit généralement abstenu de nous décrire la forme et le dessin des vallées, il est le premier qui nous ait appris que la vallée de PItomampo était bordée de montagnes et qu'elle a quatre lieues de large.
Mais l’ignorance dans laquelle se trouvait Flacourt du relief des autres contrées l’a empêché de nous fournir des renseignements précis sur les rivières de l’ouest, du nord et du nordest. Ce n’est pas chez lui qu'il faut chercher la source du Maningory, de la rivière Fitorah, du Mansnara. Qu’entend-il aussi par cette autre rivière qui prend naissance dans le pays
4. M.A. Grandidier a précisé et complété les données de Mlacourt sur la rivière de Saint-Augustin ; MM. Maistre et Catat, ses indications sur les sources du Mandrare. C'est seulement de nos jours qu’on a fixé la limite du bassin des fleuves qui débouchent au sud, sud-est et sud-ouest (Bulletin de la Sociélé de géogr. de Paris, juillet-déc. 1867, p. 386; C. R. de la Soc. de géogr. de Paris, séance du 5 déc., note de M. Grandidier; Catat, Tour du monde, 45 déc. 1894, p. 311).
2, Tour du monde, déjà cité, p. 392.
des Antsianaka, pour aller se jeter dans une grande baie de l’ouest fréquentée par les habitants des îles Comores? Veut-il désigner par là le fleuve du Mahajamba ou même le Betsiboka ? C'est ce que nous n’avons pu découvrir. Les renseignements qu’il a apportés sur l’hydrographie de ces régions ne sont pas seulement trop vagues, ils sont encore inexacts. La description de Flacourt confirme l'erreur que contenait sa carte sur le cours du Manangourou. Les quatre branches qu'il attribue à ce fleuve sont tout simplement quatre rivières différentes, Flacourt a pris souvent aussi pour des bouches de rivières de simples lagunes qui réunissent plusieurs d’entre elles et sont formées par une foule de chenaux*.
Quant à la connaissance du régime des fleuves de Madagascar, elle supposait, non seulement la connaissance du relief, mais encore celle du régime des vents, des pluies, de la nature du sous-sol, toutes choses que Flacourt ignorait, comme ses contemporains, et que l’on a seulement commencé de nos jours à étudier. Partant ce serait trop exiger du voyageur du xvire siècle que de lui demander l'explication des crues et des maigres des cours d’eau. Cependant Flacourt, qui n’avait vu que les embouchures des rivières de la côte orientale, nous a quelque peu renseignés sur leur navigabilité. Il a signalé les chstacles, les roches qui les obstruaient; il a remarqué que les rivières étaient fréquemment bouchées et s’il n’en a pas recherché la cause, il ne lui a pas échappé toutefois qu'elles se débouchaient à l’époque des grandes pluies. Enfin il a fait connaître parfois leur profondeur et même la limite de navigation, et il n’est pas jusqu’à l’expression de « torrent », très caractéristique pour ces cours d’eau, fort juste d’ailleurs, qui ne vienne sous sa plume?!
Tous ces renseignements offrent d'autant plus d'importance que Flacourt n'a pas été contredit par les explorateurs ou les savants de notre temps*.
1. V. A. Grandidier, Bulletin de la Soc: de géogr. de Paris, 1er trimestre 1886 : Canaux el lagunes de la côle orientale.