‹ Etienne de FlacourtChapitre 87 sur 157 · Flacourt, ibid. : Avant-Propos, p · texte numérisé non relu

Flacourt, ibid. : Avant-Propos, p

Ce n’est donc pas chez lui qu'il faut chercher des connaissances précises et exactes, des renseignements sur le régime des vents et des pluies, les variations de la température, la durée des saisons, les degrés de l’insalubrité, toutes choses qui ne commenceront à être étudiées et en partie connues que de nos jours.

Mais en parlant d'un pays aussi vaste que Madagascar, il faut se garder des généralisations. Pour être trop vague on s'expose à être inexact. Flacourt n’a pas échappé à ce péril. Il est tombé dans une erreur que bon nombre d'auteurs reproduiront après lui, en ne voyant pas qu'une contrée aussi étendue ne devait pas se ressembler d'un bout à l’autre. S’il s’est servi de l’expression « hors saison » dans un autre passage de son livre (ce qui prouve tout au moins qu’il n’ignorait pas les inconvénients de la saison pluvieuse) s’il a expliqué la sécheresse de la province d’Anossi par sa latitude, il n’en est pas moins vrai qu’il n’a pas plus soupçonné que ses prédécesseurs ce que le climat de toute l’île avait de varié. Il n’a pas vu que, pour l’apprécier exactement, il fallait tenir compte de la latitude, du voisinage de la mer, de l'altitude, de l'exposition, des saisons, des régions, des localités mêmes, en un mo d’un grand nombre de conditions. Illui était d'ailleurs difficile de se rendre compte de ces diverses influences, dans l’état où se trouvait alors la science. On s'explique moins qu'il n'ait fait aucune réserve pour les contrées qu’il n'avait ni habitées, ni même visitées ou sur lesquelles il n'avait recueilli aucun renseignement. Les observations des savants et des explorateurs de notre temps prouvent en effet que les grands froids, les gelées blanches et même la glace ne sont point inconnues dans certaines contrées. D’autre part, si la comparaison que donne Flacourt des chaleurs de Madagascar avec celles de France peut s'appliquer à Fort-Dauphin, elle ne saurait convenir à toutes les régions et on est fondé à croire que dans certaines contrées huit mois de l’année ne sont pas « qu'un perpétuel printemps ».

On était d'autant plus en droit d'attendre des réserves de la

part du gouverneur qu'il n’ignorait pas le nombre de victimes que le climat de cette île avait faites parmi les Européens et parmi ses compatriotes, et que dans certains autres endroits de son ouvrage il n’a pas omis de signaler non seulement l'humidité de l’île Sainte-Marie et du pays voisin, mais l’insalubrité du pays de Saint-Augustin‘.

Comme on a pu le voir, les renseignements que notre vieil auteur s'était procurés sur les montagnes, les rivières, le littoral et le climat de Madagascar, étaient assurément plus complets, plus précis et plus exacts que ceux des voyageurs de l'époque antérieure, mais ils étaient encore insuffisants. C'est que, gouverneur de Fort-Dauphin, il s’intéressait plus à la colonisation de la grande île qu’au progrès des connaissances purement scientifiques et qu’il s’était surtout préoccupé pendant son séjour d’en rapporter une ample moisson de faits et d'enseignements pratiques. L'abondance la variété des produits utiles à l’homme que fournit la riche nature de ce pays lointain est accessible à tous. Flacourt qui est un vulgarisateur plutôt qu’un savant devait donc tourner toute son attention de ce côté. « L'auteur, a dit avec raison M. Blanchard, on le sent à chaque page, est animé par le désir de donner tous les renseignements capables d'éclairer ceux qui voudraient travailler pour l'avenir de la colonie?. »

Soit avant son départ pour Madagascar, soit après son retour en France, Flacourt avait consulté certains ouvrages

1. Flacourt, éd. 1661, p. 29, 30, 89, 259, 269, 272. Consulter A. Grandidier, Revue scientifique, mai 1812, p. 1081; Sibrée, Madagascar et ses habitants, trad. fr. Monod, p. 5; Oliver, ouvr. cité, vol. I, p. 441 et suiv.

On a constaté des chaleurs accablantes dans l’Ankaye et dans le Ménabé indépendant (Oliver, loc. cit.; Gautier, Annales de géogr., octobre 1893, 15 avril 1895, p. 322).

D'après Oliver, le printemps dure environ un mois et demi dans l’Imerina (ouvr, cité, p. 448).

M. Grandidier assure que le village de Saint-Augustin est particulièrement malsain (Bull. de la Soc. de géogr. de Paris, juillet-déc. 1867, p. 389). .

Comme Flacourt, Maudave et le Dr Catat ont remarqué qu’à Fort-Dauphin la brise de mer vient rafraîchir la température. — L'humidité de l'ile Sainte- Marie et du pays voisin est un fait notoire (Notices coloniales, Iles de l'océan Indien, p. 186).

2, Blanchard, Revue des Deuæ-Mondes, juillet 1872, p. 53 et 54.

relatifs aux plantes des Indes orientales, C’est, du moins ce que laissent entrevoir certains passages de son livre : « Je ne dis rien davantage du coco, dit-il, car il y a assez d’autheurs qui en ont parlé et dit tout ce qui peut s’en dire ». Si Flacourt n'a pas nommé ici les auteurs qu'il a lus, par contre il a cité dans plusieurs autresendroits de sa relation Acosta, Dioscoride, Lindschot, le voyageur bieu connu, et son commentateur Paludanus. « Musa, dit-il, c’est le Musa d’Acosta. » Il croit que la gomme appelée Litëmbitsic est le «vray Cancanum de Dioscoride ». Il parle ailleurs d'une canne d’Inde décrite par Lindschot et Acosta, sous le nom de manbu ou bambu. Enfin il invoque l'autorité de Paludanus en ces termes : « Paludanus dit que le tabataxir est un mot persien, qui signifie liqueur laicteuse qui se trouve à la plante nommée mambu »....... « Le même Paludanus descrit une autre espèce de tabaxir que Von trouve sur les feuilles d’un certain arbrisseau (ce pourroit estre celuy que je décris ici qu’il veut dire) »2.

Bien qu'il ne cite jamais le nom de Fr. Cauche dans sa description des plantes, il est permis toutefois de supposer qu'il lui a fait quelques emprunts. C'est même l’auteur qu'il paraît avoir particulièrement étudié. Le cadre qu'il a adopté, le procédé qu'il a suivi dans sa description des fruits qu’il compare souvent à ceux de la France rappellent encore plus la manière de ce voyageur ou plutôt de celui qui a rédigé son ouvrage, que celle de Lindschot. Ce n’est pas à dire toutefois

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