Flacourt, éd. 1661, p. 142 et suiv
Nous lisons en effet dans Lindschot (Premier Livre de la Navigation aux Indes orientales, p. 31): « En Java croissent beaucoup de roseaux qu’ils appellent mambu..….De ces roseaux on trouve par écrit que le Tabaxir croit en iceux qui est de grand prix en Perse estant humidité blanche comme la mouelle d'aucun roseau..…… »
Christophe Acosta s'exprime à peu près dans les mêmes termes : « Tabaxir, dit-il, est un mot Persien..……. et ne signifie autre chose qu'une humeur laicteuse ou bien un suc ou liqueur congelé... Or il est appelé par ceux du pays Sacar mambu, comme qui dirait sucre de mambu..…...
« Entre l’entre deux de chaque nœud s'engendre une certaine liqueur douce et grasse comme l’amidon...» (Histoire des drogues, espiceries et de certains médicaments simples qui naissent aur Indes et en Amérique, trad. Menardez;
CCF, ch:.xu, p 14).
qu'il lui ait pris le nom et la description de toutes les plantes dont il parle. On sait que Flacourt était observateur par tempérament. Il ne lui coûtait pas de se baisser pour étudier les petites choses. Il a voulu juger par lui-même de la richesse végétale de cette terre lointaine. L'ancien gouverneur nous apprend lui-même qu’il ouvrait les fruits, expérimentait la vertu de certaines plantes, faisait fondre les gommes. « J'ay plusieurs fois ouvert de ces fruits, dit-il quelque part, et n'ay rien reconnu de tout cela, il y a trois sortes de ces arbres qui ont le fruit différent ; je n’en ay remarqué encore que celuy-ci. » Dans un autre passage il nous apprend qu'il a voulu éprouver par lui-même l'effet d’une racine purgative, l’omnilafsa, mais que cette épreuve n’a point réussi. Non content de ses observations et de ses expériences personnelles, il interrogeait à ce sujet les indigènes. Mais, lorsqu'il n’était pas très sûr des renseignements qu’il en avait obtenus, il se livrait à des observations complémentaires. C’est de cette façon qu'il a procédé, par exemple, pour déterminer comment le cocotier avait été importé dans l’île. Il avait appris des gens du pays qu'à une époque ancienne le cocotier était inconnu, mais qu’une noix fut jetée un jour sur la côte et que, vingt ou trente ans après, celte noix, qui avait germé, avait produit un fort bel arbre- Flacourt voulut se rendre compte de ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans ce qu’on lui avait rapporté, et il reconnut en effet que, sous l’influence d’un grand vent, soufflant du nord-nordest, la mer déposait parfois sur la grève des noix de coco, originaires sans doute d’une île lointaine‘. Enfin, lorsqu’en dépit de nouvelles investigations le doute subsistait encore dans son esprit ou que la chose lui paraissait seulement vraisemblable, il s’appuyait sur l'autorité de ceux qu’il avait interrogés en ces termes : «les habitants disent.....,les habitants racontent..……, ainsi que j'ai appris des habitants du pays..., au rapport des nègres”... » Aussi, riche de tous ces renseignements, a-t-il pu donner des plantes utiles qui venaient dans l'île une énumé-
1. Blanchard, Revue des Deux- =Moleé ini 1872, p. 63. 2. Flacourt, 1661, p. 127-154.
ration sensiblement plus longue que celles de ses prédécesseurs. Il suffira pour s’en convaincre de savoir que le vieil auteur a mentionné parmi les végétaux de Madagascar le riz, les fèves, les racines de diverse sorte, les ignames, la canne à sucre, les bananiers, les ananas, le tamarinier, les grenadiers, les orangers, l’ébène, l’aloës, l’indigo, le raphia, le ravenala, le bétel, le tabac, le coton, et tant d’autres qu’il serait trop long d'énumérer. De ces végétaux beaucoup étaient inconnus jusqu'alors ou du moins peu connus. « Habet tamen etiam historiam plantarum edulium, dit Haller, plantasque bene multas quas describit, icones etiam, sed solorum foliorum dat. Inter 156 species multæ sunt autnovæ aut non satis certecognitæ*.» En particulier, c’est lui qui nous a fait connaître le premier les plantes désignées aujourd’hui sous les noms de Strychnos spinosa, Agatophyllum aromaticum, Liriantium trinervium, Humbertia Madagascarensis et surtout une plante extrêmement remarquable, le Nepenthes Madagascarensis, appelée par les indigènes, onramitaco*. Au mérite de l'originalité le vieil auteur joint celui de l'exactitude. Chacune des espèces qu’il a fait connaître est décrite d’une manière reconnaissable et un certain nombre d’entre elles se retrouvent dans les listes des explorateurs ou des savants de notre époque?.
Il y a toutefois des ombres au tableau. Ce serait assurément
s’exagérer les mérites de Flacourt que de le mettre au même rang que les célèbres botanistes de notre siècle qui ont étudié la flore de Madagascar. |
Au xvu siècle les sciences naturelles étaient encore fort peu avancées ; à vrai dire, elles cherchaient leur voie. La science de ceite époque n’était pas encore la science complète, méthodique rangée par catégories. La botanique était utilisée comme