Mémoires de l'Académie des sciences, t. IT, Préface
tiques, terrestres, oiseaux qui hantent les bois et oiseaux de nuit. Le plus souvent Flacourt énumère les animaux comme il avait éuuméré les plantes, sans aucun ordre et sons des noms locaux. Chaque espèce est, il est vrai, facile à reconnaitre dans sa description et d’illustres savants ont rendu hommage à son exactitude‘. Cependant on ne doit pas dissimuler que le vieil auteur a parfois confondu certains animaux avec d’autres. C’est ainsi qu'il a pris l’ibis huppé pour un faisan, et et le fanalouc pour une civette?.
Flacourt n’était pas naturaliste. De plus, de son temps on n'avait que des notions absolument insuffisantes sur la faune des différentes contrées du globe. Il ne pouvait donc établir de comparaison entre les animaux de la grande terre et ceux des pays qu'il n’avait point visités. C’est seulement beaucoup plus tard qu’il sera possible d'étudier les caractères tout à fait spéciaux * de la faune malgache et desaisir en quoi consiste son originalité. Mais ne peut-on pas s'étonner que Flacourt se soit borné le plus souvent à signaler les ressemblances que les êtres vivant dans cette île offraient avec ceux d'Europe et de France. N’est-il pas surprenant qu'ilne se soil pas plus montré frappé de l'étrangeté de cette faune qu’il ne avait été de la beauté de la flore ? |
4. Milne Edwards, Revue des sciences, loc. cit., p. 694; A. Grandidier, Histoire naturelle, ouvr. cité, p. 731.
La plupart des animaux cités par Flacourt sont mentionnés par les voyageurs ou les naturalistes de notre époque. Voir Bull. de la Sociélé de géogr. de Paris. 18172, t. II1, p. 373 et suiv.; Revue des Deux-Mondes, septembre-octobre 1872, p. 444 et suiv.; Cortese, Bollet. Soc. geog. italiana, série IT, vol. T, p. 985-994; Tour du Monde, 9 juin 1894, p. 354; Foucart, Revue générale des sciences, août 1895, p. 135-738.
2. Blanchard, Revue des D re septembre et octobre 1872, p. 144 et suiv.
£e C'est un des plus grands mérites de la science contemporaine d’avoir recherché les affinités des espèces de Madagascar avec celles des autres pays. On s’accorde généralement à reconnaître que la faune de la grande ile présente quelques espèces communes à l'Afrique, mais qu’elle se rapproche surtout de celles de l'Inde, de la Malaisie et de l'Australie (voir A. Grandidier, ouvrages déjà cités et Histoire physique, naturelle el physique de Madagascar ; Blanchard, Revue des Deux-Mondes, 1872, loc. cit.; Wallace, The geographical Distribution of animals, 1816; Milne Edwards, ya des sciences, loc. cit.; Pettit, Revue de géographie, septembre 1895).
En revanche, la richesse de Madagascar en bétail a attiré l'attention de l’ancien gouverneur, préoccupé sans cesse d’assurer le ravitaillement de sa colonie, comme elle avait d’ailleurs déjà attiré les regards de ses devanciers. Mais jusqu’alors on n'était point informé des contrées où l’on pouvait s’en procurer. Grâce à Flacourt, les connaissances devinrent plus précises. On sut que les pays d’Itomampo, de Matatane, de Mananzari, de Caremboule, et surtout celui des Mahafales étaient des contrées très favorables à l'élevage ‘.
Enfin Flacourt qui, dans sa jeunesse, s'était adonné à l'étude de la chimie et des sciences naturelles, telles du moins qu’elles étaient connues alors, ne devait pas rester indifférent aux richesses minérales que certains auteurs avaient déjà attribuées à la grande île. Il avait déjà sans doute puisé quelques renseignements dans l'ouvrage de Linschot, car il
invoque son autorité à propos d’un métal connu des indigènes sous le nom de voulafoutchesine. « Qui voudra savoir ce que c’est que ce métal, dit-il, qu’il voie André Libavius.. et aussi Hugues Lindschot dans son Voyage des Indes orientales »*. Mais il a voulu se rendre compte par lui-même des ressources minérales, comme il l’avait fait pour les ressources animales et végétales : « Dans tout ce que j’ay pu apercevoir ence pais, dit-il, je n’ay reconnu que le fer et l'acier qui s’y trouve en grande abondance partout. » De même il déclare avoir vu quelques échantillons d’oret de pierres précieuses. I] ne se bornait pas à des investigations personnelles, il avait encore recours aux indigènes pour s'éclairer à ce sujet. « Jay appris, dit-il, que vers le nord de la rivière d'Yonghelahé, il y a un païs où l’on fouille de l’or. Et j'ay toujours ouy dire par les Grands d’Anossi que c'est vers ce païs-là . 1. Flacourt, 1661, p. 1-46. :
La richesse eu bétail de quelques-uns de ces pays a été constatée au xvine siècle par Maudave (loc. cit., p. 16) et de nos jours par MM. Grandidier, Revue scientifique, mai 18172; Cremazy, Revue marilime et coloniale, mars 1883; Catat, C. R. de la Soc. de géogr.de Paris, mars 1891, p.206 ; Douliot, Annales de géogr., janvier 1892, p. 199; Gautier, Annales de géogr.,
45 avril 1895, p. 319.