‹ Etienne de FlacourtChapitre 98 sur 157 · Flacourt, 1661, p · texte numérisé non relu

Flacourt, 1661, p

a représenté de véritables nègres aux cheveux crépus et des blancs au type caucasique!.

Pas plus que ses prédécesseurs, Flacourt ne semble avoir été frappé de la diversité de races que les savants de notre époque ont constatée dans l’île. Il n’en est pas moins le premier qui se soit appliqué à montrerque les éléments blancs s'étaient juxtaposés aux noirs*. Il est le premier qui ait fait connaître deux immigrations successives d'Arabes et qui en ait indiqué la date avec une exactitude relative. « Mais, dit-il, les Blancs nommés Zalferamini y sont venus depuis cinq cens ans ». Et ailleurs il relate en ces termes la seconde immigration: «C’est en cette province (Anossi) qu'habitent les Blancs qui y sont venus depuis cent cinquante ans, qui se nomment Zafferamini ou Rahiminia, c’est-à-dire, la lignée d’'Iminia, mère de Mahomet » ; ou bien : « Les Cassimambou sont venus en ceste isle, dans de grands canots; ils y ont été envoyés par le califfe de la Mecque, à ce qu'ils disent, pour instruire ces peuples, depuis cent cinquante ans seulement: ».

Il est inexact sans doute que les Zaffecasimambou aient été envoyés à Madagascar vers la fin du xv° siècle par Le califfe de la Mecque, puisque l’histoire nous apprend que les califes ne résidaient plus à la Mecque depuis la fin du vu° siècle‘, mais le fait d’une immigration arabe à cette époque n’en subsiste pas moins, et c’est au vieil auteur que revient le mérite de

‘l'avoir relaté. C’est grâce à lui aussi que nous avons été informés d’une immigration juive dans la grande île. Il place en effet sur la côte nord-est des gens qui se disent Zaffeibrahim, c’est-à-dire lignée d'Abraham, qui tiennent quelques coustumes du Judaïsme et ne connaissent point Mahomet ».

1. C’est seulement de nos jours que de savants explorateurs tels que MM. Grandidier, Catat, etc., ont étudié d’une manière vraiment scientifique les caractères physiques des différentes peuplades de l'ile (voir Revue suientifique, mai 1872, p. 1085 et autres ouvrages déjà cités, entre autres Catat, Tour du Monde, 16 juin 1894, p. 310; 15 décembre 1894, p. 379)

2. C. R. de la Soc. de géogr. de Paris, séance du 23 mars 189, p.215.

3, Flacourt, 1661, Avant-Propos et p. 5, 41.

‘4. G. Ferrand, Les musulmans à Madagascar, 2° partie, p. 64.

Dans un autre passage, il s'exprime en termes plus explicites. Il dit en parlant des habitants de la contrée située entre Tamatave et la baie d’Antongil : « Ils sont tous provenus d’une même lignée qu’ils nomment Zaffeibrahim, c’est-à-dire race d'Abraham ; ils ne connaissent point Mahomet et nomment ceux de sa secte Cafres. Ils reconnaissent Noé, Abraham, Moïse et David, mais ils n’ont aucune connaissance des autres prophètes, ny de Notre Sauveur J. C. Ils sont circoncis, ils ne travaillent point le samedi... ils se sentent un peu du judaïsme ‘. »

Ainsi Flacourt a distingué les différentes peuplades qui composaient l'élément blanc à Madagascar, et les témoignages des voyageurs ou des savants de notre temps n'ont fait que confirmer l’exactitude des faits qu’il avait rapportés”. Mais il n’en est pas de même pour l’élément noir.

Lorsque l’on considère que Madagascar est une île immense qui a été occupée à des époques différentes par des peuplades de races diverses — lorsque l’on songe que ce pays est dépourvu pour ainsi dire de traditions écrites, que l’on doitse contenter le plus souvent pour reconstituer l’origine de ces peuplades de traditions orales — on ne s'étonne point que Flacourt n’ait point démêlé parmi les races qui s’étaient successivement mélangées, celle qui formait le fond de la population, la race indonésienne. Notre vieil auteur qui vivait à une époque où l'on était encore très ignorant de toutes les questions ethnographiques, qui avait peu voyagé et ne connaissait sans doute que les nègres africains, qui ne possédait aucun des termes de comparaison indispensables pour l'étude des peuplades sauvages, notre vieil auteur n’a vu dans la majorité des habitants que des nègres africains, et il lui était difficile d’y voir autre chose.

Il serait donc exagéré d'aller réprother au gouverneur de Fort-Dauphin, qui n'avait point visité le massif central et

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