‹ Etienne de LiegeChapitre 4 sur 46 · Tome II. — Reaix-arts · texte numérisé non relu

Tome II. — Reaix-arts

énumérées ci-dessus, il convient (rajouter l'Ecriture sainte, la Théologie, etc. Nous sommes certains, en tout cas, que l'enseignement du chant et de la liturgie occupait une belle place dans le programme des études tant élémentaires que supérieures (*). Ce n'est pas à des débutants que s'adresse Alcuin dans son Encyclopédie, lorsqu'il expose la doctrine des modes authentes et plagaux (?>. Disons, en passant, que c'est dans son ouvrage que se trouve mentionné pour la première fois ce système de classification musicale. C'est encore Alcuin qui nous apprend la matière d'enseignement d'un de ses collègues, Sulpice, autre maître de l'école du palais :

Candida Sulpicius post se trahit agmina lector,

Hos regat et doceat cerlis ne accentibus errent

Jnstituit pueros Mithum modulamine sacro,

Utque sonos dulces décantent voce sonora,

Quos [quodj pedibus, numeiïs, rytbmo stat musica, discant (3)

L'école du palais acquit bien vite un grand prestige dans le monde musical, puisque Aurélien de Réomé, musiciste remarquable du IXe siècle, se base sur l'autorité de son enseignement

(l) Les capitulaires reviennent souvent sur l'importance de l'enseignement musical. « Ut scholae legentium puerorum liant [sacerdotes]. Psalmos, mitas. cantus, computum grammaticam per singula monasteria vel episcopia... » [M. G. II. Capitularia, p. 60; voir encore pp. 61, 66, 106, 110, 131, 144, etc.) L'empereur en personne prit part aux réformes prescrites par les Conciles, car quoi qu'on en dise, il était à même de juger en parfaite connaissance de cause. Un biographe contemporain et digne de foi énumère ainsi ses qualités : « Legendi atque psallendi disciplinam diligentissime emendavit. tirât enim utriusque admodum eruditus, quamquam ipse nec publiée legeret, nec nisi submissumet in commune canlaret». Ij.imimu), Vila Karoli Magni. M. G. 11.. Scriptores, t. 11. p. 457.)

(*i Publiée par Gerbert, Scriptores, t. I. pp. ^-"27.

(») Alcuin, /" ma CCXXI, dans Gerbert, h, Cantu, t. /, p. w277. Aussi dans Dictionnaire £ Archéologie, de dom Cabrol, i. III. lrr partie, col. 310, el 1'. ^ a'.nt.h, Origine et Développement. (Op. cit., p. *ï.Vi.) « Sulpice, le lecteur, conduit une troupe d'enfants vêtus de blanc, qu'il gouverne ''t instruit a observer dans lis mois les accents nécessaires. Idithum les forme au chant sacré et, pour que leur e entendre de douces mélodies, il leur enseigne comment la musique mpose de pieds, de nombres et de rythmes. »

- lî) —

pour discuter et trancher la question de tonalité «le certaines pièces antiphoniques (1).

(liions encore l'installation d'un or^ue par Charlemagne, à une époque où cet instrument étail à peine connu en Occidenl i*). Le premier modèle date de l'année 757. Il avait été envoyé au roi Pépin par l'empereur de Byzance, Constantin Copronyme. Ce fut l'église de Saint-Corneille, à Compiègne, qui en bénéficia (:i).

Cet orgue, comme les orgues byzantines, était à soufflets, contrairement aux orgues antiques qui étaient presque toutes à pompe et à compression hydraulique, don l'appellation à'hydrattles. Depuis longtemps les orgues avaient plusieurs rangées de tuyaux de différentes hauteurs, et plusieurs jeux (4).

L'instrument d'Aix-la-Chapelle, le deuxième qu'on connais* fut fabriqué ei monté par des artistes indigènes. A lire les merveilles racontées par le moine de Saint- Gall, concernant les qualités de cet instrument, on serait porté à croire — si l'on connaissait moins les dispositions légendaires t\u narrateur — que dès leur essai, les facteurs carolingiens laissèrent loin derrière eux les maîtres byzantins. Quoi qu'il en soit, il est permis de présumer qu'à partir de cette époque, les principaux centres musicaux du pays désirèrent bientôt acquérir a leur tour un instrument aussi précieux qu'utile i ').

(') Geri>ert, Scriptores, t. I, p. 45.

(*) Il n'y a pas de doute qu'en Occident l'usage de cet instrument ne fût connu bien auparavant, à l'époque gréco-romaine et gallo-romaine. (Gevaert. Histoire île la Musique dans l'antiquité, t. II, pp. 304, 618 et 650. Gand, Ad. Boste, lssl Cependant, longtemps avant Pépin, il avait été abandonné complètement.

(*) « Anna 757. Yenit organa in Franciam. » (Annalium Pictavianorum continuatio. M. G. H. Scriptores, t. I, p. 11 ; Annales Sangallenses majores. Ibw.. t. I, p. 74.) « Misit Constantinus imperator régi Pippino cum aliis donis organum, qui in Franciam usque pervenit. » (Annales Laurissenses, Ottno 757. M G. II. Scriptores, t. I, p. l it): Einhardi annales. Ibid., t. I. p. l il.

(*) M. Gastoué vient de publier une étude complète et fort remarquable mit in sur en France au moyen âge, dans la Tribuns db Saint-Gervais, d< ■•ml>re

1980 et numéros suivants.

(s) Le successeur du génial Cavaillé-Coll, Charles Mutin, cent qu' « il faut aller jusqu'au XII"" siècle pour trouver un instrument construit dans ce pays el dont on

Il n'est pns jusqu'à l'ordre de l'office divin usité au palais qui ne soit l'objet de l'attention des plus insignes prélats désireux de l'établir dans leur cathédrale. Tel l'illustre évêque de Lyon, Le id rade, <|iii annonce à l'empereur l'heureux résultat de son entreprise (2), pendant que, de son côté, Angilbert, retiré dans son monastère de Centulle (Saint-Riquier) , l'onde une schola des plus remarquables, dont la masse chorale atteint le chiffre de quatre cents chanteurs : trois cents hommes et cent enfants, répartis en trois chœurs (3).

Après avoir brille d'un si vif éclat sous le règne de Charlemagne, l'école «lu palais subit un déclin très prononcé sous Louis le Débonnaire, absorbé par des préoccupations autrement importantes. Charles le Chauve, son successeur, lui rendit une nouvelle vigueur. En dépit des troubles qui agitèrent continuellement son règne, il ne cessa de porter le plus grand intérêt aux études et les favorisa de tout son pouvoir. A l'exemple de son grand-père, il attira à sa cour les hommes les plus distingués dans les lettres. La charge de « Modérateur » fut confiée par lui au fameux Jean Scot, dit Érigène, qui eut pour successeur un des plus grands savants de ce siècle, le philosophe

ail une connaissance bien assurée ». (Les Origines de l'Orgue, dans Société internationale de Musique. Section de Paris, décembre 1909. p. 1014.) Or, la Chronique d* Saint-Hubert, dans les Ardennes, citant les moines qui peuplaient l'abbaye lors de l'arrivée de Thierry en 1055, mentionne un religieux, Lambert, avec la fonction laniste. La chronique ne mentionne pas la date de l'installation de l'instrument, qui ne peut être en tout cas postérieure au milieu du XIe siècle. (RûBAULX de Soi m w , Chronique de l'abbaye de Saint-Hubert, dite Cantatoriiun, 1847, pp. 37-39, 230-231.) Telle est aussi l'opinion des auteurs de Y Histoire Littéraire, t. VII, pp. 19, 23-24; des .»/. G. //., Scriptores, t. VIII, p. 572.)

(*) « ... ita in Lugdunensi ecclesia restauratus est ordo psallendi, ut juxta vires nostras secundum rhum sacri palatii exparte agi videatur quicquid ad divinum persolvendura officium ordo deposcit. » (Epistola ad Karolutn. M. G. IL, Epistolae Iterovingii et Karoli aevi, t. il, p. 542.)

(J) Angilbert tut élève d'Alcuin à l'École du palais. Après avoir rempli un certain temps les fonctions de secrétaire de la Cour, il se retira dans l'abbaye qu'il avait reçue en bénéfice, et où il mourut quelques jours après son souverain, le 18 février M . »/ G. //.. Scriptores, t. XV, p. 178; Histoire littéraire, t. IV, p. 414; Wagner, Origine. Op. cit., p. 244.)

Mannon. Rien d'étonnant donc si l'enseignement philosophique prit, dès lors, une envergure précédemment inconnue. C'esl sous la direction de Mannon qu'étudièrent : Mancion, évêque de Châlons; Radbod el Etienne, l'un évéque d'Utrecht, l'autre de Liège | ' .

Curieuse coïncidence, cette célèbre école du palais disparut avec le dernier représentant de la race carolingienne. Elle lui devait el son origine el su gloire; elle voulut aussi, semble-l-il, partager son infortune.

c) Ecole <lr Metz.

Les chroniqueurs du moyen âge sont unanimes à proclamer l'école de Metz la plus célèbre de toutes les Gaules, au point de vue musical et liturgique.

Elle fut la première à adopter le chant et le rite romains. L'honneur de cette initiative revient à son évêque Chrodegang, tils d'un riche seigneur de la Hesbaye, au pays de Liège (2). Il avait fail ses éludes à l'abbaye de Saint-Trond, où plus tard, en sa qualité d'évêque de Metz, il exerça les fonctions d'abbé. Chargé, en 753, par le roi Pé| in. son parent, d'une mission diplomatique auprès du Saint-Siège, Chrodegang s'en fut à Rome. Là, il apprécia forl élogieusemenl les mélodies, nouvelles pour lui. ainsi que les somptueuses cérémonies de la chapelle pontificale. Le Saint-Père lui (il don d'un antiphonaire el lui permit d'emmener avec lui des chantres romains, pour l'aider à

(') Nous ignorons -i Mancion étai! musicien ; quant à Radbod, ses capacités m cales nous sont avantageusen enl connues par la composition d'un office de saini M in et par le traite que 1 non île Prûm rédigea en faveur des chantres <ie son se. (Epistola de harmonica institutions Gbrbbrt, Scriptores, t. 1. p. a/s. De Cocssemaker, Scriptores, t. II. pp. I et sti dté est la base

•l'un ouvrage remarquable de Gevaert : La Mélopée antique dans le chaut de l'I latine. Gand, Ad. Il iste, i iges. .

(*) « ... ex paj i Hasbaniensi oriundus, pâtre Sigrammo, matre Landrada, Krancorum e\ génère primae aobilitatis progenitus. »(Pacl Diacre, Gesta ep i porum Uettensium. M G. 11.. Scriptores, t. il. p. 867; M igné, /'./.• XCV, lt.i m. ibi . i XXXIX, roi. i"

introduire dans son diocèse le chant et le rite de la Ville Éternelle '). Sa mission diplomatique eut un plein succès : le saint pontife Etienne 11 vint en France et y couronna Pépin dans la basilique de Saint-Denis. La présence du pape à la cour du roi franc favorisa la réforme introduite déjà à Metz, et qui fut étendue alors, par Pépin lui-même, à toutes les églises du royaume.

Charlemagne nous dit parfaitement bien que c'est à son père qu'est due l'abolition de l'ancienne liturgie (2). Nous n'avons pas a raconter ici la manière dont elle s'accomplit; son historique a été retracé ailleurs (:J).

Plus tard, Chrodegang promulgua des décrets spéciaux dans lesquels il se montre entendu en matière liturgico-inusicale (4).

Son successeur, Angelram, compléta son œuvre. L'école des

(») « ... Ipsumque clerum abundanter lege divina Romanaque imbulum cantilena, morem atque ordinem Romanae Ecclesi;r servare prœeepit, quod usque ad id tempu^ m Mettensi ecclesia factuiu minime fuit. » (Paul Diacre, Gesta epùcoporiun Mettensium. Op. cit.) Il ne faut pas inférer tir la que le chant gallican fût inférieur au romain. Quelques pièces parvenue^ jusqu'à nous, dont plusieurs sont insérées dans la Vaticane, spécialement au Vendredi-Saint et aux Kogations, prouvent le contraire. (A. Gastoué les cite dans Le Graduel et l'Antiphonaire romains. Lyon. Janin frère! . 1913, pp. 94 et suiv.) La raison de cette substitution doit être cherchée ailleurs, principalement dans la tendance vers l'unité liturgique qui se manifesta à cette époque, spécialement de la part du pouvoir civil. Ce motif est exprimé. du reste, en termes très clairs, par les principaux auteurs tic ce mouvement.

(*) « Il cantum Romanum pleniter discant... secundum quod beatae mémorise GenUor noster Pippinus rex decertavit ui fieret, ipiando Gallicanum tulit ob unanimitatem apostolicae sedis ei sanctae Dei ecclesise paciheam concordiam. » (Gapitulaire du 23 mars 789. M. G. II.. Capitularia reg. franc, t. 1, p. 61; M. G. IL, Leges, t. I, pi1 I • ('Outra Synodum Graecorum, texte reproduit par dom GuÉ-

kan'.i.k. Institutions liturgiques, lsT.s. t. 1, p. 264, note A. A consulter aussi vyai.aprid Strabon, De cis, dans Migne, /'. /.., t. CX1V, col. 286;

M. G. IL. Capitularia reg. franc, i. II. p.

(3) A. Gastoi lia chant Op. cit., p. 145); P. Wagner, Origine

et Développement. (Op cit., pp. 232 et suiv.)

(*) Sa Règle des chanoines renferme des choses intéressantes a ce sujet. Publiée par Mn. m;, /'. /.., i. LXXXIX, chap. I. et LI, col. 1067 et suiv. Pour le rôle liturgique jou» l'article consacré par le Dictionnaire d'Ari Utgie, de dom Cabrol, i. III, l" partie, col. 240-248. L'Histoire littéraire, t. V, p. I : h .mit une noli .

chantres, imparfaitement organisée, reçut de ce prélat une impulsion et un lustre qui lui permirent de rivaliser bientôt avec celle «lu palais el même de conquérir le premier rang, après la schola romaine, dans le domaine liturgique. Aix-la-Chapelle ue conserva plus sa suprématie, si ce n'est dans les sciences littéraires. C'est à la demande d'Ângelram que Paul Walnefrid, plus connu sous le nom de Paul Diacre, ébaucha la vie des évêques de Metz (*).

Home continuait à envoyer des chantres vers les principaux centres musicaux de la Gaule, et Metz eul toujours ses préférences. Les témoignages des chroniqueurs s'accordent parfaitement sur ce point. Le moine de Saint-Gall, vers 883, nous apprend que Charlemagne avait envoyé deux chantres de ->a chapelle perfectionner leurs éludes à Home. Leur instruction achevée, il en retint un auprès de lui et céda l'autre à son tils Drogon, évêque de Metz (2). Un contemporain, Jean Diacre, cite deux chantres venant de Rome pour se fixer à Metz tandis que le moine d'Angoulême, chroniqueur du XII siè< — parlant de deux autres chantres probablement, — expédie l'un à Metz et l'autre à Soissons (4). Ekkehard IV i\ll" siècle), de Saint-Gall, est d'accord avec Jean Diacre pour le lieu de destination, mais diffère sur leur identité .■"■■. Quoi qu'il en soit du nombre et du mode de ces expéditions, un fait reste acquis, c'est la prédilection constante témoignée envers l'école messine.

La même unanimité se remarque chez ces écrivains lorsqu'ils

[}) Gesta épis. Mett. (M. G. II., op. cit., p. 260.)

(*) « Quiunura secum retinuit, alterum vero,petente filio suo, Trougone [Dro{j Mi itensi episcopo, ad ipsam direxit ecclesiam. » [De gestis beati Karoli Magni. M. G. II.. Scriptores, t. II, p. 735.)

(3) « Carolus... duossuorum industries clericos Wiriano tune episcopo dereliquit; quibus tandem salis eleganter instructis, Metensem metropolira ad suavit modulations pristinse revocavit. » (Vita Sancti Gregorii. Mu. m. /'. /.. t. LXXV, col. 9

(4) « Doranus vire rex Karolus revertens in Franciam, misit unui a in

civitate, alterum in Suessionis civitate. » (Adhexarus, M. G. II.. Scriptores, t. IV. p. 118.) (s) Casus S G M. G. H., s f, t. Il, p. I

comparent les différentes écoles de chant : pour eux, Metz occupe encore le premier rang. L'un avance que « le chant messin ne s'est pas seulement propagé dans les pays où l'on fait usage de la langue latine, en France principalement, mais encore dans les pays teutoniques, comme à Saint-Gall » (1 . Un autre ajoute : « Autant l'enseignement romain surpasse le messin dans l'art de la cantilène, autant la cantilène messine surpasse celle des autres écoles gauloises et germaniques » (2). Nous ne parlerons point des séquences, dites messines, dont nous entretient Ekkehard, à cause du caractère légendaire dont est empreinte sa narration.

La schola messine rayonnait donc au delà des frontières du royaume lotharingien dont elle était la capitale. Son champ d'action s'étendait à tout le territoire de l'empire carolingien soumis au rite romain (3). Organe officiel du chant liturgique, elle était chargée par les auteurs des Capitulaires et les membres des Conciles, de fournir à toutes les églises de l'empire qui en feraient la demande, les chantres dont elles auraient besoin. Bien plus, les évêques étaient tenus de s'adresser à elle, à l'exclusion de toute autre, pour se procurer les sujets nécessaires. Un (1rs articles de l'assemblée tenueàAix en 805 porte : « que l'on apprenne le chant d'après le rite romain et que l'on demande des chantres à Metz » (4).

(!) « Denique usque hodie quantum Romano cantui Metensis cedit, tantum Metensi Ecclesiae cedere Gallicanarum Ecclesiarum Germanarumque cai tus, ab his qui meram veritatem diligunt comprobatur. » (Jean Diacre, Vita SH Gregorii. Op. cit., col. 91-92.)

(*) « Majus autem magisterium cantandi in Métis ci vitale remansit, quantumque magisterium Romanum superat Metense in arte cantilenae, tanto superat Metensis cantilena cetera: scholas Gallorum. » (Adhemarus, Vita Karoli Magni. Op. cit. ,,, us.

(*) D'apn M. Ga loué, « la zone d'influence autour de Metz et de Soissons comprend d'un côté l'antique Lotharingie (Lorraine, Alsace, Luxembourg, Champagne, Bourgogne, partie orientale de l'Ile-de-France) et d'un autre côté, les églises rhénanes el jusqu'à la Bavière. [L'Art grégorien. Paris, Alcan, 1911, p. 68.)

1 - I t cantus discatur, et secundum ordinem et morem Romanae ecclesiae fiai ; .'i ut cantores de Hettis revertantur. » (M. G. II.. Leges, t. 1, p. 131 ; M. G. H., Capitvlaria re.q. franc, t. [, p. [-}.{,)

Déjà avant ces ordonnances, les cathédrales les plus renommées considéraient comme un honneur le concours apporté par un scholiste messin. Pour l'obtenir, lea autorités les plus influentes étaient sollicitées. .Nous vo\ ons, par exemple, l'évèque de Lyon, Leidrade, s'adresser à Charlemagne pour obtenir cette laveur (').

La renommée de l'école de Metz franchit aussi les mers. En effet, Sigulphe, élève de l'Université d'York et premier disciple d'Alcuin, se dirige vers Home, pour apprendre les cérémonies et vers Metz pour le chant liturgique (2).

Avant de clore ce chapitre, citons quelques noms : il nous faut en premier lieu mentionner une des plus belles figures de celle école : Amalaire. Élève d'Alcuin, dont il semble achever l'œuvre liturgique, Amalaire déploya une activité remarquable el un courage à toule épreuve pour surmonter !»■•> obstacles sans nombre suscités par sa réforme (3).

Bien que ses ouvrages ' n'aienl point la valeur de ceux de son maître, ils méritent cependant de retenir l'attention des spécialistes, parce qu'ils ont été écrits •< au moment de la combinaison ei du mélange des éléments romains et gallicans d'où est sortie la liturgie romaine actuelle (5) ». Dom G. Morin «lit « que c'est à lui, en grande partie, que la liturgie composite, née du compromis entre le romain el le gallican ou antégrégorien, doit son origine (6) ». Son existence fui bien agitée. La réforme

(*) n El ideo officio quidem vestrae pielatis placuit, al ad petitione mihi

concederitis unum de Metensi pcclesia clericum. per quem Deo juvante ut mereede

i annuente ita in Lugdunensi ecclesia restauratus est ordo psallendi / à Charlemagne sur l'état de ce diocèse. M. G. H.. Epistolae Merovingii et Karoh t. II. p. 541

(*) Histoire littéraire, t. IV. p. li: JaFFÉ, V alimenta Alevina, p 16.

(») Une étude approfondie a été faite sur rot auteur par dom G. Morin. dans la Bénédictine, 1891, t. VIII. pp 439 el suiv.; 1892. t. 1\. pp. 337 et suiv.; t. XI. pp. *H el suiv.; 1896, t. Mil. pp. 389 et suiv.

• K. Dummlbr a soulevé une difficulté concernanl son De divinis officiis, NBTJB8 Altr.mv, t. XXV. p, B52; Dé online antiphonarii. d;in< MlGNE, P. / .. COl. 11

(s) E Dibroisi, dans Dictionnaire rf Archéologie, de dom Cabroi., i. 1, col. I

(•) Dictionnaire de Théologie catholique, t. I. col e Bénédictine. 1891,

liturgique, objet constant de toute sa carrière, ne se réalisa pas sans lui susciter de terribles adversaires. La querelle qu'il engagea avec le fougueux Agobard a été racontée récemment (1).

A la fin du I.Y siècle, le siège épiscopal de Metz fut occupé par un personnage apparemment très versé dans les sciences liturgiques : Robert (883-916) (2). C'est à lui que Notker de Saint-Gall dédia les quatre hymnes en l'honneur de saint Etienne, et l'évêque de Liège, Etienne, sa collection de <( Capitules, etc. ». Vers cette même époque, la schola de la cathédrale messin»' était sous la direction d'un maître éminent nommé Rotlandus et l'église Saint-Sauveur sous celle de Warimberi

Au début du \l siècle, citons encore le célèbre théoricien musical Théotger, religieux d'Hirschau, abbé de Saint-Georges rêt-Noire), puis évêque de .Metz. In de ses écrits sur la musique est parvenu jusqu'à nous (4).

Au témoignage d'Âmalaire — la remarque en a d'ailleurs été faite par Gevaert(5) — les chantres francs auraient conserve plus fidèlement que les romains le répertoire intégral des cantilènes. Il semble même qu'à partir de celte époque i\' siècle), l'école musicale romaine s'efface peu à peu (levant celle de Metz, qui sera éclipsée à son tour. El tout d'abord par sa première fille au pays des Francs, devenue sa rivale : l'école de Saint- Gall, laquelle, déjà avant le XII* siècle, s'était imposée dans la p;n lie germanique attachée jusque-là à l'école messine (").

I Graduel et l'Antiphonaire romains. (Op. cit.. pp. 100 et suiv.) (*) J. Dbmarti présente comme un des plus antiques grammairiens en

langue allemande. [Bibliophiles liégeois, rr 30, 1890, pp. .'>8 el 00.)

(*) llist<nn> littéraire, t. IV, p. 342; P. Wagner, Origine (Op. cit., p. 243). « Mettis, per id lemporis duo continentis vitae prœconio satis célèbres babebantur; e cantorum in domo Stepliani praesidens... alter Warimbertus apud basilicam Sf Salvati Vita Johannis Gorziensis. M. G. 11.. Scriptores,

t. IV. p. 34 in de Gorze, plus tard abbé de Saint-Arnould, était aussi

dans l'an musical. Parmi ses compositions, on cite los chants de l'office de sainte Luc (*) Gerbkrt, Scriptores, t. Il, pp. t. s:-! .m suiv. / 'i antique. (Op. cit., p. 184, note l.

P. Wagner, Origine (Op. cit., p. 242); \. Gastoué, Art qréqorien 0>i>. cit.,

En attendant, du IV au XIIe siècle, Metz peut être considéré comme le centre musical le plus important «le l'Europe et mérite de porter avec fierté et en toute justice le titre de Conservatoire impérial des Francs.

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