III. — Antiphonaire de la collégiale Saint-Paul, à Liège
Il comprend deux grands in-folio en parchemin avec notation carrée du XVIIIe siècle. Delineavit et sc?ipsit Mathaeus psalmista, l~i'r2 (7).
(J) Signalons encore une particularité qui nous a fort intrigué. Il s'agit de signes d'altération dont a parlé Combarieu, dans son Histoire de la Musique, t. I, p. 409. Tous resssemblent à notre bécarre, mais l'un a quatre points à l'intérieur et l'autre seulement deux, et à l'extérieur. Dans notre Antiphonaire, il y a encore une variante de plus : parmi ceux à deux points superposés, les uns ont les lignes horizontales très régulières, tandis que les autres les ont fortement obliques. Nous sommes absolument incompétent pour en donner la moindre explication.
(2) British Muséum, 26788 add. (manuscrit du XIe siècle). Bibliothèque de l'Université de Gand, q° 244 XIe siècle).
(3) Bibliothèque royale de Bruxelles. Fonds Fétis, n° II 3822 (Xe ou XIe siècle). (*) Bibliothèque royale de Bruxelles, n°* 14650-59 (Xe siècle); n<« 2031-2;
2034-35 (XIIe siècle .
Bibliothèque de l'Université de Liège, n° 12 (XIIe siècle); n° 24 (XVIe siècle).
(6) Bibliothèque royale de Bruxelles, n° 139 (XIIIe siècle).
(7) F° 840 r°. Il se trouve actuellement dans la bibliothèque du Grand Séminaire de Liège.
Malgré les quatre siècles qui le séparent de celui de Sainte- Croix, il reproduit ûdèlemenl cet Antiphonaire. San- doute, les humanistes y ont laissé quelque empreinte, telle la concentration des neumes sur la syllabe accentuée. On y rencontre aussi l'abréviation de certaines vocalises et la barre de séparation entre chaque mot; modifications, en somme, d'ordre secondaire, faciles à reconnaître et à redresser. La ligne mélodique est généralement intacte et la transposition des morceaux aussi coirecte que possible. Nous supposons que les auteurs de corrections sont les chanoines de Saint- Lambert : Daniel Rayniondi et Lambert Scronx, déjà nommés par le chapitre de la cathédrale pour retoucher le bréviaire liégeois d'après le romain. Le titre de « chanoine de Saint-Materne » (' . porté par chacun d'eux, nous est garant de leur qualité de musiciens. Nous savons, par ailleurs, que tous deux étaient parfaitement versés dans l'art musical, se livrant même à la composition avec succès. Lambert Scronx jouissait encore d'une excellente réputation comme historien, tandis que D. Rayniondi passait pour un fervent disciple d'Apollon.
Ces cinq monuments, <\r provenance et d'époque différentes, donnent une même tradition pour le texte et pour la mélodie, chacun, naturellement, avec les variantes particulières à son lieu d'origine et à la date de sa transcription. Or, la source d'où ils émanent ne peul remonter au delà du V siècle ni descendre plus bas que le XIe. L'examen du texte, de la notation et du chant le démontre péremptoirement.
(*) Leur office consistait « ad continuum nrnYium nocturnura et diornum hujus !'• v Lamberti], cantando, legendo et psallendo dignoscuntur obi g sine intermissione amodo chorum frequentare et in malulinis horis. missis et vesperis quotidie studeanl interesse ». (Synode de septembre 1336, dans
hooi Mn 3TSRS, Cartulaire de Saint-Lambert, op. cit., t. III. p. 505.) Sur leur participation liturgique : J. Dams, Histoire du h \\ / . t I.
p. 300: Imm. V lices historiques, t. XV, p. 184; Notice biographiqt l> Ray-
mond) . par l'abbé S. Balau, dans Biographie nationale, L XVIII, col. 814 Terry [Conservatoire il-1 Li< le une composition de cet auteur, n
a) Le texte.
D'après le Murale, Alcuin (735-804) serait l'auteur de l'office de cette fête (1). Toutefois, si l'on examine le texte de plus près, on remarquera que l'auteur de cet ouvrage — ses citations en sont un témoignage (2) — a en vue l'office de Y [mention usité au rite romain, office signalé déjà plus haut comme étant celui de la fête du 26 décembre.
Le Micrologue, antérieur d'un siècle et demi au Mitrale, porte, au contraire, qu' « un certain Etienne, de Liège, a composé l'office de la Sainte Trinité et 1' « histoire » de Y Invention de saint Etienne, rejetés l'un et l'autre par le Siège apostolique (3) ».
Un coup d'œil jeté sur le texte des pièces chantées suffit à prouver que sa rédaction est postérieure à Alcuin. Au premier regard, notre esprit est mis en éveil par l'aspect d'une forme littéraire particulière : le rythme cadencé de la phrase, le retour fréquent, presque périodique, des mêmes sons, s'accordent mal avec la manière d'écrire du siècle de Charlemagne. L'auteur semble peu sûr du procédé qu'il veut employer ; sa main hésite et tâtonne.
.Nous admettons facilement que certaines consonnances puissent être le fait d'un heureux hasard. Est-il permis
(») « Cujus historiam [Invent. Sli Stepbani] composuit Alcuinus Caroli capellanus; nocturnalis antiphonas de psalmis, quibus attulantur, accepil : coetera de Actibus apostnloruin evidentius assumuntur... » (MlGNB, P. L., t. (XXIII. col. 407.)
(*) « Unde leçiiur : Heri nalus est Christus in terris... Stephanus plenus eratia, etc. » (Idem, ibid.)
(5) Texte cité plus haut, p. 46, note 1. Hans hisloria, les chroniqueurs comprennent au-si le plus souvent les Antiennes et Répons, parce que généralement leur Lexte est extrait de Yhisloria, laquelle fournit la matière des Leçons.
de conclure a la même coïncidence pour les exemples suivants?
Qui a Judœis Jerosolymis lapidalus, — ad lacerandara bestiis et
avibus expositus — per Uei providentiam mansit intaciu?.
[Répons IV, }.]
Cum sc.irem ej*o Gamaliel sanctitatem — Clirisli Athletae St<jphani, — liilem ejus ac devotionem; — credens me in resurrectione partem liabilurum cum eo: — feci eum sepeliri, — in monumenio meo novo. — f. Auditor Domini Nieodemus — ibidem sepultus est, — et Ab films meus — mecum est reposilus, — ubi jacet beatus Stephanus.
(Répons V.]
Apparuit sanctus Gamaliel - cuidam monacho nomine Migeiio, — imiocenti et simplici Tiro. — dicens ail eum : Vade et die Luciano : — in \;inuin laboras in acervo illo, — non ibi sumus modo.
[Ant. des Laudes.]
Nu ni i m positi fuiinus — exequiarum lempore planetus : — nunc qiiai'c nus in illo loco, — qui dicitur. Itonoium virorum possessio.
[fbid.)
Ces exemples n'apparaissent-ils pas plutôt comme la conséqnence d'une volonté bien arrêtée «le poursuivre on plan déterminé d'avance et exécuté avec persévérance, si |>;is toujours avec succès?
Il esl généralement admis <jm' ce procédé de composition en matière liturgique, du moins pour les Antiennes, Répons et Leçons, remonte à la fin du Xe siècle; plusieurs écrivains en attribuent même l'initiative à notre évêque liégeois el nous présentenl comme premier essai l'office de la Sainte Trinité <oi (•••lui de saint Lambert. L'Invention de saint Etienne étanl antérieure à tous deux, c'esl donc à elle que revient cet honneur. Chacun de ces trois offices marque un stade de la carrière littéraire d'Etienne. En effet, les hésitations remarquées dans 1 Invention disparaissent presque complètement dans l'office d<la Sainte Trinité, où nous trouvons des vers h des strophes complètes correctement écrits d'après les règles <\c la métrique. Plus régulier encore esl celui de saint Lambert, composé n
en vers hexamètres ou léonins [Antiennes], moitié en prose rimée [Répons] ; les Leçons comprennent des vers et de la prose rythmée.
b) La notation.
La confrontation des manuscrits liégeois avec celui de Normandie ne permet pas de fixer la composition de notre office plus bas que la fin du XIe siècle, c'est-à-dire après l'adoption de la portée. Pourquoi cela? Parce que certaines divergences d'écritures entre les deux écoles -- latine et gothique — auxquelles appartiennent ces antiphonaires trahissent, d'une façon certaine, une époque antérieure à ce fait historique concernant la portée. Les moins initiés à la paléographie musicale connaissent les caractéristiques de ces deux écoles, par exemple la substitution du 4e degré au 3e, du 8e au 7e, autrement dit du fa au mi et du do au si. Or, les chants composés avec l'emploi de la portée n'ont aucune raison de présenter de telles divergences, parce que les copistes d'alors — sans égard pour leur nationalité ou le genre d'écriture adopté — écrivaient dans la notation avec portée le degré exact entendu dans le chant, ce qui n'était pas le cas dans la notation in campo aperto. Il faut se rappeler que ces variantes se rencontrent précisément sur les degrés divisibles en intervalles en harmoniques ou d'un quart de ton, et que la diatonisation du chant grégorien était un fait accompli alors.
Les deux manuscrits découverts par Gastoué confirment cette origine.
c) Le chant.
Remarquons en premier lieu qu'un écrivain liégeois de la première moitié du KHI* siècle nous apprend que de sou temps on chantait encore l'office composé par l'évêque Etienne (').
(*) « ... qui |StcphanusJ de ipsius inventione |l>eati Stephani] que nunc cantantur responsoria edidit. » (GILLES d'Orval, Gest. épis. Leod., op. cit. M. G. II., Scnptores, t. XXV, |». 51.)