‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 10 sur 133 · CHAI'. III. VENISE · texte numérisé non relu

CHAI'. III. VENISE

mates et comme littérateurs. A cette époque c'était Giovanni Baptista Egnazio qui était professeur d'éloquence1, il avait été l'élève de Politien et on déclarait qu'il ressemblait beaucoup à son maître. Il était l'aide et l'ami d'Aide, l'éditeur i meilleures éditions de César, de Suétone et d'Ovide qui avaient paru jusque-là; et Egnazio n'était pas estimé- seulement par les sénateurs de Venise qui avaient eu recours a lui pour diverses missions très importantes et qui l'avaient nommé professeur en 1520, mais par tous les hommes de lettres du temps. A l'âge de dix-huit ans il avait ouvert à Venise des cours dont le succès et la réputation avaient excité la jalousie de Sabellicus, qui était alors professeur d'éloquence; lorsque longtemps après, il occupa la même chaire, il fit des leçons qui eurent une popularité extraordinaire. Plus de cinq cents personnes, nous dit-on, suivaient chaque jour ses cours; et l'on y voyait non seulement de jeunes étudiants, mais des personnes de tous les âges, des sénateurs de Venise, des légats du pape, des ambassadeurs étrangers et des gens de toutes les contrées. Nous pouvons facilement comprendre l'ardeur avec laquelle Etienne Dolet saisit l'occasion que lui offrait Langeac de suivre les leçons de cet homme éminent Le jeune cicéronien fut charmé de voir que son auteur favori était l'objet d'une série de conférences qu'Egnazio fit pendant l'année que Langeac passa à Venise. Dolet nous dit' que Lucrèce et Cicéron furent le sujet des cours d'Egnazio cette année-là et nous ne doutons pas que ces leçons, surtout celles sur le De officiis, ne furent très utiles à Dolet pour l'aider à préparer le grand travail dont il avait conçu le plan depuis quelque temps et pour lequel il rassemblait déjà des matériaux.

Il n'y a qu'un autre homme de lettres avec lequel on prétend que Dolet fut lié à Venise. Sturm, dans l'édition qu'il

1 C'est-à-dire Je composition latine -' 1 Comm., 1 136.

donne des Phrases et Formulae Latinac elegantiores de Dolet (1576) dit : «On croit que Dolet fut aidé par Navagero, avec lequel il vécut à Venise, et qu'il dut à ces relations les matériaux de ses commentaires qu'il rapporta dans son pays.» Cette assertion est sans fondement. Si Dolet a jamais connu Navagero, il a dû le connaître à Padoue, car Navagero mourut à Blois, le 8 mai 1529, date à laquelle Dolet était encore à Padoue, sans aucun doute. Et pendant que Dolet était à Padoue, Navagero n'a pu venir dans cette ville que pour y faire de courts séjours. On ne trouve dans aucun écrit de Dolet rien qui nous dise qu'il connut Navagero. Ce renseignement a été donné à Sturm (comme on le voit ailleurs) par quelqu'un qui désirait enlever à Dolet le mérite de ses Commentaires.

Mais Dolet ne se voua pas seulement aux affaires et à l'étude à Venise. Il trouva le temps et l'occasion — comme tout jeune homme de vingt ans visitant Venise pour la première fois l'aurait fait — de devenir amoureux. Il ne fut pas plus heureux en amour qu'en amitié. La mort qui venait de le priver de son ami, le priva bientôt de sa maîtresse. Il a conservé le souvenir de sa mort dans une épitaphe qui est le moins réussi de ses poèmes. Goujet1 dit que cette composition a un caractère profane. Elle ne nous semble que guindée et prétentieuse, sans aucun sentiment vrai ou réel. Les trois poèmes écrits après la mort de cette femme sont l'unique source de renseignements que nous ayons sur cette histoire d'amour : ils nous apprennent le nom et la mort de la daine, et ils nous permettent de croire que l'amour d'Etienne n'avait pas été bien profond, et que son cœur n'avait pas été très cruellement blessé par la perte d'Elena.

1 Bibliothèque Françoise, XI, p. 194.

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