VENISE
I loved lier from m\ boyhood ; she to me
W as a « a fairy city <>f the lieart, Rising like water-columns from the sea,
Of joy the sojourn, and of wcalth the mart.
Bvron.
a mort de Simon Yillanovanus rompit le lien qui retenait Dolet à Padoue, et il songeait h revenir en France, lorsqu'il céda aux prières de Jean de Langeac, évêque de Limoges, qui passait alors par Padoue pour se rendre à Venise comme ambassadeur et qui L'engageait à l'accompagner en qualité de secrétaire1.
Les Quelques voyageurs qui, se hasardant hors des chemins battus, se sont trouvés dans l'ancienne et importante cité de Limoges, n'auront certainement pas manque de remarquer, dans la cathédrale, ce qui reste d'un magnifique tombeau d'un des plus éminents et des plus dignes évéques de
1 Lettre à Budé, Oral, duo: in Thol., p. io5.
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la ville, Jean de Langeac, qui est pris parfois, à cause de la ressemblance du nom, même par ceux qui devraient être mieux renseignés, pour son successeur, plus célèbre que lui, le savant et joyeux cardinal Jean du Bellay-Lange}', l'ami et le protecteur de Rabelais. Jean de Langeac était un de ces hommes qui ne jouent pas un rôle sans importance dans les affaires publiques, mais qui cependant ne tiennent pas une assez grande place dans l'histoire de leur temps pour que leur nom soit transmis à la postérité. Successivement ambassadeur en Pologne, en Portugal, en Hongrie, en Suisse, en Ecosse, en Angleterre et deux fois à Rome, il avait vu plus de pays que la plupart de ses contemporains et avait profité plus que qui que ce fût de ces nombreux voyages à l'étranger. Savant lui-même, il fut partout l'ami et le protecteur des gens lettrés; et il a tous les droits à notre respect pour avoir su le premier discerner le talent du jeune inconnu qui étudiait à Padoue , et pour lui avoir accordé la protection dont il avait si grand besoin.
Il descendait d'une famille qui se disait être alliée aux rois de Sicile, et était né vers la fin du quinzième siècle. En 1512 il était conseiller clerc du parlement de Toulouse, et pendant les vingt-deux ans qui suivirent il passa sa vie, absorbé par les affaires publiques et surtout par la diplomatie. C'était un travailleur infatigable et les services qu'il rendit à son pays ne furent pas sans profit pour lui, comme en font foi les riches bénéfices que lui avait accordés le roi. A la fin de 1532 il fut nommé évêque d'Avranches, mais moins de six mois après, avant même qu'il eût pris possession de son siège, il fut appelé à Limoges, et quelques années plus tard il se retira de la vie publique.
Ayant toujours sa devise présente à l'esprit, Marescit in otio virtus, il s'occupa autant vers la fin de sa vie de l'administration de son diocèse, des autres institutions dont il avait le bénéfice, et de la construction de plusieurs monuments dont il avait fait les plans, qu'il s'était occupé, au commencement
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de sa carrière, des intérêts publics. Il possédait plusieurs riches abbayes et autres bénéfices qu'il gardait in commendam, et il prenait plaisir à employer sa grande fortuni encourager la littérature et l'art. Sa passion maîtresse était l'architecture, et ce fut à sa générosité que Limoges dut son palais épiscopal, et le jubé merveilleusement travaillé de sa cathédrale, dont nous pouvons ne pas admirer le mélange des réseaux gothiques et de la sculpture de la Renaissance, mais qui, avant d'être détérioré, a dû être d'une magnificence extraordinaire. Il fit faire encore d'autres importants travaux dans la cathédrale, qui avait été commencée au treizième siècle et qui, depuis sa mort, est restée inachevée, telle qu'il l'avait laissée1.
Dolet écrit dans une lettre adressée à François deLang frère de l'évêque, datée de 1532: « Que puis-je vous écrire au sujet de votre frère, en dehors de ce que vous savez? Personne au monde n'est certainement plus occupé de travaux d'architecture, si bien qu'on pourrait dire de lui :
Diruit œdificat, mutât quadrata i-<>titii<iis ■
1 Langeac mourut en i54i. Son testament a été imprimé dans le Bull, Je la Suc arch. et histor. Je Limoges, vol. VII, p. [35. Une courte biographie Je l'évêque, due à la plume de l'abbé Marmeisse, a été publiée à Brioude en ; cils est intitulée : Notice biographique sur Jean Je Langeac, evéque de Lim mais elle ne contient «aue peu de renseignements intéressants.
* Orat. aux in Thol., p. 97. Aucun de ceux qui ont lu cette lettre de ou son traite intitule : De officio légal i, n'ont pu prendre cet évéque de Lim grand amateur d'architecture, pour son successeur Jean du Bellay. Née de la Rochelle, cependant, dit que par Joannes Langiacus, c'est le cardinal Jean du Bellay-Langey que Dolet désigne. Il n'avait jamais entendu parler de Jean de Langeac, et. sachant que le cardinal du Bellay avait été evéque de Limoges, il affirme que ce dernier avait été l'ami de la jeunesse de Dolet, tandis qu'il fut l'ami de sa vieillesse. Cette erreur n'est pas grave, venant de ce respectable libraire dont la science n'était pas très étendue et qui n'a e,uère d'autre prétention que de traduire Maittaire. Toutefois il découvrit sa fuite et rit une correction dans l'exemplaire de la vie de Dolet qui, avec ses notes manuscr appartenait à feu M. le président Baudrier ; mais il est difficile comment M. Boulmier, qui pouvait a diction na
ordinaires et les listes des évéques de Limoges, a pu f» me erreur.
Jean de Langeac mourut é vaque de Limoges en i34i, <-'
Étant secrétaire d'un ambassadeur à l'âge de vingt et un ans, Dolet, on pourrait le supposer, «devait être emporté par cette vague qui, à la marée montante, mène à la fortune». Toutefois cette situation semble n'avoir pas eu d'influence sur le reste de sa vie; elle lui permit d'étudier une année à Venise et lui assura l'amitié de Jean de Langeac qui, dans la suite, l'aida de sa bourse, et c'est tout. Dolet ne dit rien de ses devoirs de secrétaire, si ce n'est qu'il écrivit des lettres au pape et aux autres correspondants de l'évêque1. Nous savons qu'il avait de nombreux loisirs, qu'il étudia à Venise et qu'il put profiter de toutes les ressources que cette ville pouvait lui offrir.
La République était alors à l'apogée de sa puissance, de sa gloire et de sa splendeur. Il est vrai que les armes victorieuses des Turcs lui avaient enlevé une partie de ses possessions orientales et que le doge ne pouvait plus se donner le titre singulier, mais autrefois tout à fait justifié, de seigneur des trois huitièmes de l'empire romain. La guerre qui suivit la ligue de Cambrai avait porté à la puissance mili-
immédiat fut Jean du Bellay-Langey. Au moment où Dolet publia son De officio lepati, Langeac e'tait encore vivant; et en i535 il lui avait dédié son dialogue intitulé: De imitatione ciceroniana (ad Joannem Langiacum Episcopum Lemovicensem virum eloquentissimum et eloquentium studiosissimum). Voici ce que nous lisons dans les commentaires de Dolet vol. n, col. 149) sur l'évêque: «Parmi ceux qui ont été ambassadeurs à notre époque, en France du moins, Jean de Langeac occupe la première place, c'est un homme également remarquable par ses capacités, par sa sagesse et par sa prudence extraordinaire. Les rois de France ont mis à profit ses rares talents et sa fidélité en diverses occasions ; et quels sont les pays et les royaumes, voisins ou éloignés de France, où il n'a pas été ambassadeur: Aussi devons-nous le croire digne non seulement des plus hautes situations ecclésiastiques et des plus riches bénéfices, mais aussi de cet honneur par lequel les Romains rendirent Sulpicius Severus immortel pour avoir accompli des devoirs analogues. Grâce à ses conseils sûrs, les intérêts de h France ont été sauvegardés dans les circonstances les plus difficiles. Grâce à lui également, les messages des rois de France ont été exécutés fidèlement. Laissez-moi ajouter que personne ne s'est montré plus obligeant et plus généreux pour les hommes de lettres, plus dévoué à tous les savants, ou plus désireux de leur rendre service». 1 Lettre à Budé : Orat. duce in Thol., p. io5.
( HAÏ'. Il I. VENISE
taire de Venise un coup dont elle ne devait jamais se relever, et la découverte du passage du cap de Bonne-Espérano pour aller aux Indes lui enlevait la position qu'elle avait si longtemps occupée, quand elle était le centre du comnn entre l'Orient et l'Occident. Mais tout cela n'était pas encore apparent: personne ne savait, et probablement personne ne soupçonnait que les jours glorieux étaient passés et que Venise était entrée clans cette période do décadence qui devait se continuer pendant trois siècles, et qui ne devait arrêtée que le jour où, après des vicissitudes, do querelles domestiques et de tyrannie étrangère, elle relevait la tête pour jouir d'une prospérité possible comme membre de l'Italie libre et confédérée.
En 1529, Venise était encore la reine de l'Adriatique. Outre la moitié de la grande plaine de Lombardie, elle possédait l'Istrie, la Dalmatie, Corfou, Céphalonie, Zante, Sainte-Maure. Cérigo, Chypre et la Crète, ainsi que plusieurs villes du Péloponèse et du nord du continent <;rec. Elle gardait enc plusieurs îles de la mer Egée; les due-, do Naxos et d'autres princes insulaires chrétiens étaient ses tributaires et "1 saient à ses ordres.
La ville elle-même était, à une seule exception près, de beaucoup la plus riche et la plus magnifique du monde, sans exception aucune, la mieux disciplinée et la mieux gouvernée. Jusqu'en 1453, date de la prise de Constantinople par les Turcs, Byzance avait occupé la première place parmi les villes européennes. Cette nouvelle Rome du Bosphore était bien intérieure à la Rome d'Auguste et des Antonins, néanmoins c'était là seulement qu'on trouvait encore vivantes, ou peut être seulement galvanisées, tout en étant réelles, les splendeurs de l'art et de la civilisation de Rome. Les temples, les palais, les statues, les peintures dénotaient certainement une époque oie décadence, mais tout ce qui se trouva:: Constantinople n'en était pas moins supérieur à ce qu1 avait VU dans l'Europe occidentale pendant la première partie
du moyen âge. Toute cette gloire s'éclipsa quand les Turcs prirent la ville. Elle ne fut plus qu'un monceau de ruines, les « images taillées» furent détruites, rien de son ancienne splendeur ne subsista si ce n'est ce qui pouvait convenir aux Mahométans, au culte d '-Allah, ou au luxe du sultan, son serviteur.
Pendant le siècle qui suivit la chute de Constantinople, deux villes, toutes les deux italiennes, se disputent la première place pour la richesse et la magnificence, Venise et Florence: et si celle-ci est plus avancée en art et en littérature, si la grâce, la beauté, le sentiment artistique, la combinaison extraordinaire de grandeur et de simplicité qui caractérise le Ditoiuo de Bruneleschi l'emportent sur la basilique de Saint-Marc, il n'en est pas moins vrai que pour l'ensemble des magnificences, pour la richesse de l'ornementation extérieure, pour les trésors dus au commerce et employés à la décoration de la ville, Venise pouvait, à juste titre, réclamer cette prééminence avec laquelle, au point de vue du gouvernement intérieur, de la perfection et du pouvoir des règlements, aucune cité ne songeait à rivaliser. Une complète sécurité, l'absence de ces insurrections et de ces querelles intestines qui se produisaient fréquemment aussi bien à Florence que dans presque toutes les autres villes d'Italie au quinzième et au seizième siècles, étaient l'un des caractères distinctifs de Venise.
Ce fut là qu'Etienne Dolet passa l'année qui suivit son départ de Padoue. Le grand palais des doges avec ses marbres, ses colonnes, ses peintures qui égalaient celles d'Apelles, fit surtout impression sur lui, et il nous a laissé, dans son poème biographique sur Jean de Langeac, une longue et pittoresque description de ce monument et de la réception offerte à l'ambassadeur.
Bien que Padoue fût l'université de la République, les moyens de s'instruire ne manquaient pas à Venise. Plusieurs chaires de littérature avaient été établies et dotées par l'Etat; elles étaient occupées par des hommes éminents comme diplo-