LA PLACE MAUBERT
Wbat is it lifc? a little strife, whose victories are vain,
Where tliose who conquer do not win, northose receive
who gain. Lord Stsangfobd.
p^p x est certain que la nouvelle arrestation de Dolet, quels qu'en soient le lieu et les circonstances, fut op< avant le 7 septembre 1544, par Jacques Devaulx, et, comme l'ordre de la première arrestation émanait du parlement, devant la cour duquel l'affaire des livres prohibés en\ Paris était pendante, le prisonnier fut immédiatement conduit à Paris, livré aux officiers du parlement et enfermé à la Conciergerie, d'où on l'avait élargi moins d'une année auparavant et où il devait passer le peu de temps qui lui restait à vivre.
Le premier président voulut que l'affaire fût jugée devant lui; et même Pierre Lizet présidant dans la Chambre arcU il eût été difficile, on peut le croire, en se fendant sur l'histoire supposée de l'envoi des livrera Paris et SUT la fuite de Dolet, de condamner le prisonnier a mort, puisque
lettres de grâce, dûment enregistrées par le parlement, libéraient Dolet des conséquences des actes qui avaient servi de prétexte à sa première condamnation. Même devant la Chambre ardente et lorsque le premier président siégeait, il fallait que le coupable fût accusé d'un crime capital pour qu'il pût être condamné à mort, quel que fut le caractère des témoignages, vrais ou faux, que l'accusation pouvait avoir à fournir.
La seule publication que Dolet fit depuis son élargissement, en 1543 (sans compter les réimpressions dont il a été question), fut celle qui contenait le Second Enfer et les dialogues de Platon. On résolut d'examiner ce livre afin d'y trouver un prétexte pour poursuivre son auteur, et l'ouvrage fut en conséquence soumis à la Faculté de théologie de Paris. On ne trouva aucune hérésie dans le Second Enfer, ni dans la traduction de Y Hipparclms, mais dans Y AxiocJms il n'en fut pas de même. Le but de l'auteur de ce dialogue était de prouver l'immortalité de l'âme, chose que le traducteur ne perdit pas de vue, et nous sommes porté à supposer que Dolet, en faisant imprimer sa traduction, voulait surtout prouver combien était fausse la rumeur très répandue qui tendait à faire croire qu'il niait l'existence de l'âme après la mort. Voici le sommaire que Dolet mit en tête de son dialogue :
«Ce dialogue de Platon n'est aultre chose qu'une remonstrance divine que Socrates faict à Axiochus, lequel avoit esté en son temps homme de grand'sapience et vertu. Mais se trouvant à la mort, il se troubloit l'esprit, et ne demeuroit en sa gravité première. Or ceste remonstrance de Socrates consiste en la probation évidente de l'immortalité de l'ame : et en la déclaration des maulx qui sont en la vie humaine. Desquelz maux nous sommes deliverez par la mort: et retournons au manoir éternel, où toute félicité et béatitude abonde pour ceulx qui auront vertueusement vescus.»
Toutefois, au cours de l'argumentation qui est peut-être plus ingénieuse que solide, l'auteur du dialogue prête à Socrate la réflexion suivante au sujet de la mort :