‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 105 sur 133 · CHAP. XXIV. - LA PLACE MAUBERT · texte numérisé non relu

CHAP. XXIV. - LA PLACE MAUBERT

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Voici la traduction de Dolet :

«Pour ce qu'il est certain que la mort n'est point aux vivants : et quant aux défunctz, ilz ne sont plus: doncques la mort les attouche encores moins. Parquoy elle ne peult rien sur toy, car tu n'es pas encores prest à décéder; et quand tu seras decedé, elle n'y pourra rien aussi, attendu que tu ne seras plus rien du /ai/1.»

Le passage de l'original pris à part ne semble guère être d'accord avec l'argumentation générale, et il semble même être contraire à la doctrine de l'immortalité de l'âme, bien qu'il n'en soit nullement ainsi lorsqu'on rapproche ce passage de son contexte2, mais la Sorbonne elle-même n'aurait guère pu avoir la hardiesse d'accuser Platon (à qui le dialogue était alors attribué par plusieurs personnes) de nier l'immortalité de l'âme, il fallait donc trouver à redire à la traduction. Le 14 novembre 1544, la Faculté de théologie se réunit dans la grand'salle de la Sorbonne. «On lut une phrase d'un certain livre de Platon traduit en français par un nommé Dolet laquelle dit : après la mort tu ne seras plus rien du tout. On la jugea hérétique, conforme à l'opinion des Saducéens et des Epicuriens, et, en conséquence, on confia aux députes en matière de foi le soin de formuler une censure sur ledit livn

Voici ce que déclara la censure :

«Quant à ce dialogue mis en français intitule Acochius [sic), ce lieu et passay\\ c'est à scavoir, attendu que tu >ie seras plus

'Voici la traduction d'Agricola : « Quoniam neque circa vnentes est: hi \er> qui obierunt non sunt amplius. Itaque neque apud te est nondum enim obiisti : neque si quid tibi accidat, est circa te futura non enim en-.

■Bien que Socrate semble adopter le sentiment qu'il exprime, il ne fait que rapporter un argument qu'il a entendu énoncer par Prodicus et don: simplement pour expliquer ses propres i

'D'Argentré: Collectio Judiciorum, vol. 1. p. XI\ Dolet, p. .;.

rien du tout, est mal traduit, et est contre l'intention de Platon, auquel il n'y a, ni en grec, ni en latin, ces mots : rien du tout. »

Le crime de Dolet consistait donc à avoir ajouté au texte de Platon les mots : rien du tout, mots qui, s'ils ne se trouvent pas dans l'original, ou dans la traduction latine, ne changent nullement le sens du texte, mais ne font qu'exprimer plus clairement ce que veut dire l'auteur ; et la censure fut prononcée par des théologiens ignorants qui ne savaient même pas épeler le titre du livre qu'ils condamnaient. Néanmoins ces trois mots, ajoutés simplement pour donner un sens plus complet à la phrase, ne contribuèrent pas peu à faire mourir Dolet, et semblent avoir été le seul motif de l'accusation de blasphème, l'un des trois chefs d'accusation sur lesquels se fonda la sentence capitale et dernière.

Le premier président n'avait pas souvent devant lui un criminel comme Dolet, Dolet qui réunissait en lui presque tout ce qui était odieux à Pierre Lizet; il était imprimeur, érudit et hérétique ou quelque chose de pire. Les hérétiques et les garçons imprimeurs qu'il avait condamnés étaient nombreux, mais depuis la condamnation de Berquin (1529), jamais un érudit et un poète (auteur de plus de quinze ouvrages) n'avait comparu devant le parlement pour hérésie. Le procès fut long, mais les détails nous manquent presque complètement. Les chefs d'accusation étaient au nombre de trois : blasphème, sédition et exposition de livres prohibés et damnés. Le blasphème, qui semble avoir été la principale accusation, était, nous l'avons vu, fondé sur le passage d'Axiochus. L'accusation concernant l'exposition de livres prohibés et damnés se fondait en partie sur l'histoire des deux paquets de livres envoyés à Paris, et en partie sur ce fait, que Dolet reconnut comme exact, qu'il avait vendu des livres des saintes Ecritures en français et en latin. Quant à la nature et au motif de l'accusation de sédition, nous ne pouvons que faire des conjectures.

L'évasion ne pouvait être guère considérée comme de la

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