‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 106 sur 133 · CHAI'. XXIV. LA PLACE HAUBERT · texte numérisé non relu

CHAI'. XXIV. LA PLACE HAUBERT

sédition, mais en se rappelant la part que Dolet avait pr clans les disputes entre [es maîtres imprimeurs et les ouvrii et en nous souvenant aussi qu'il nous dit que sa premi arrestation était l'œuvre des maîtres imprimeurs, no sommes portés à croire que ce fut relativement à cette affaire qu'on l'accusa de sédition1. Il fut, de plus, accusé en général c\'«au/res cas par lui faits et commis depuis la rémission, abolition, et ampliation à luy donnée par le roy au mois il'' juing et Ier jour d'août ///>». Les choses se passèrent comme pour le premier procès; le prisonnier fut amené devant le tribunal et interrogé, mais malgré la faiblesse qu'avait du lui causer sa longue captivité, il ne se montra nullement abattu, et, à en juger d'après la sentence qui fut prononcée, on ne put obtenir de lui aucun aveu. Mais outre les accusations directes faites contre lui, nous trouvons deux autres questions ayant trait à son procès. Le 6 septembre 1544, une reqfut présentée et entendue pour Charlotte, femme de Jean Mareault, et pour Jean Compaing (probablement frère et sœur de Guillaume Compaing), demandant que dans le cas où Dolet serait condamné et ses biens confisqués, il leur soit payecinq cents livres tournois qui leur avaient été accordes par le sénéchal de Lyon et que, dans le cas ou Dolet serait reconnu innocent, ils demandaient à être entendus avant son acquittement au sujet de leurs intérêts concernant l'affaire. Une autre requête fut présentée par Jacques Devaulx, et entendue le 16 et 1 7 du même mois de septembre, requête dans laquelle ledit Devaulx dressait une liste des grands frais, mises et dépenses se montant à plus de mille écus, sans compter les peines vacations, pour la fuite industrieuse du diet Dolet. duquel il avait la charge pour le amener prisonnier à la Concier£

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entre les maîtres et les ouvriers (Péricaud : / et il

est fort probable que Dolet prit part à ces disputes, et comme c figuré parmi les chefs d'accusation de son premier procès, on pouvait considérer que ce délit n'était pas pardonne par la 1er. ce du roi.

palais, et aussi pour l'avoir repris et amené a grands frais prisonnier en la dict conciergerie.

La sentence ne fut pas rendue avant le 2 août 1546, le procès ayant duré près de deux années pendant lesquelles Dolet fut prisonnier à la Conciergerie. Les épîtres si nobles et si émues du Second Enfer ne lui avaient servi de rien. Le temps n'était plus où des poèmes de cette nature pouvaient toucher le cœur de François Ier, François n'était alors que l'ombre de lui-même, il souffrait physiquement de la terrible vengeance que lui avait infligée le mari de la belle Ferronière; son esprit était entièrement plongé dans la léthargie et la superstition, et il était devenu la créature soumise des prêtres et de leurs partisans, qui semblent n'avoir permis au malheureux roi que deux choses: jouir de la société de sa maîtresse, la duchesse d'Étampes, et de celle de son lecteur, Pierre Duchâtel. Il avait un grand attachement pour ces deux personnes, mais ni l'une ni l'autre n'osa aller à l'encontre du parti prêtre.

Les années 1545 et 1546 sont deux des plus horribles de l'histoire de France, et deux des plus horribles de l'histoire de l'église catholique. Un décret fut rédigé par le cardinal de Tournon et Jean de Maynier, baron d'Oppède, premier président du parlement d'Aix, révoquant les lettres patentes du 15 juin 1544, par lesquelles toute mesure contre les Vaudois avait été suspendue, et ordonnant que, en dépit de toutes les lettres de grâce subséquentes, le décret du 18 novembre 1540 serait exécuté dans toute sa rigueur. Pour que ce décret fût régulier, il fallait qu'on eût la sanction du garde des sceaux avant de le présenter à la signature du roi, et ensuite qu'il fût revêtu du contre-seing dudit garde des sceaux. Olivier, alors garde des sceaux et ensuite chancelier, moins docile — ou moins endurci — que plus tard, répugnant aux massacres en masse que l'on méditait, refusa de sanctionner le décret ou de le présenter à la signature du roi. Le cardinal le fit présenter par L'Aubespine, secrétaire d'État, et on obtint ainsi la signature du roi. Le décret fut contresigné par L'Aubespine.

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Il n'était pas probable qu'Olivier apposât les sceaux à un décret si irrégulièrement et si illégalement obtenu. Aussi le cardinal s'interposa encore, et, par des moyens subreptices restés inconnus, fit apposer les sceaux. Alors commença une -••■rie de scènes brutales, telles qu'on n'en avait pas vues en France depuis les jours de la croisade des Albigeois. Le 12 avril 1545, le baron d'Oppède lut le décret royal au parlement d'Aix et le jour suivant se mit à la t soldats qui avaient ordre d'exécuter les commandements du roi. «Ces troupes,» dit M. Henri Martin1, «renforcées par les soldats du vice-légat d'Avignon et par une populace fanatiqubrutale, envahirent brusquement le territoire vaudois. Les Vaudois n'opposèrent d'abord aucune résistance : le meurtre, l'incendie et le viol se déchaînèrent sur toute la contrée. A la vue de huit ou dix villages enflammés, les habitants deMérindol s'enfuirent dans les bois et dans les montagnes. Les soldats ne trouvèrent, en entrant à Mérindol, qu'un pauvre idiot: d'Oppède le fit arquebuser. Puis on découvrit quelques femmes dans une église. Les malheureuses, après mille outrages, furent précipitées du haut des rochers du château 118 avril)!

«Mérindol brûlé, les égorgeurs marchèrent sur Cabrières, place fortifiée, qui se défendit et se laissa battre en brèche. D'Oppède offrit la vie et les biens aux habitants. Les Vaudois ouvrirent leurs portes (20 avril). D'Oppède ordonna aux troupes de tout mettre à mort. Les vieux soldats de l'armée de Piémont déclarèrent leur honneur engage par la capitulation et refusèrent. Les fanatiques de la milice et de la populace qui suivaient d'Oppède obéirent, les deux gendres de d'Oppède en tète. On tua dans les rues, on tua dans le château, on tua dans l'église; une multitude de femmes et d'enfants s'y étaient réfugies; la horde for. s'y précipita:

on vit là reunis tous les forfaits que peut rêver l'enfer!

«D'autres femmes s'étaient cachées dans une gn ^

1 ffist. ./<.' France, tome VIII, liv. +\

d'Oppède les y fit enfermer et fit mettre le feu aux quatre coins. Un soldat voulut les sauver et leur ouvrit la porte; on les rejeta dans le feu à coups de piques. Vingt-cinq mères de famille avaient cherché asile dans la caverne de Mus, à quelque distance de la ville; le vice-légat d'Avignon, digne émule de d'Oppède, fit allumer un grand feu à l'entrée de la grotte: cinq ans après, on retrouva au fond les ossements des victimes.

«La Coste eut le même sort que Cabrières. Le seigneur de la Coste, parent de d'Oppède, avait conjuré celui-ci d'épargner «ses sujets». D'Oppède promit. Les portes furent ouvertes. Toutes les horreurs de Cabrières furent renouvelées. Un grand nombre de malheureux se précipitèrent du haut des murailles, se poignardèrent ou se pendirent aux arbres pour échapper aux atroces traitements des bourreaux qui prolongeaient, avec un art infernal, l'agonie de toute une ville. On vit une mère, tombée avec sa fille dans les mains de ces bêtes féroces ivres de sang et de luxure, se percer le cœur d'un couteau et le passer tout sanglant à sa fille (22 avril»!

«Les trois villes vaudoises et vingt-deux villages étaient détruits ; trois mille personnes massacrées, deux cent cinquantecinq exécutées, après les massacres, sur un simulacre de jugement; six ou sept cents envoyées ramer sur les galères du baron de la Garde; beaucoup d'enfants avaient été vendus comme esclaves!»

Le cardinal de Tournon fut enchanté du résultat, et, sur ses instances, le roi approuva officiellement ces massacres. Des lettres patentes furent publiées le 18 août 1545, par lesquelles François donnait son approbation à tout ce qui avait été fait contre les Vaudois. A Rome, la satisfaction n'était pas moins grande qu'à Paris. Paul III surtout fut ravi; il écrivit une lettre de compliments à d'Oppède, le félicitant de son pieux ouvrage, et lui conférant l'ordre de l'Eperon d'or et le titre de comte palatin. Le parti catholique était partout enchanté et triomphant. La conversion du roi était dès lors manifeste. Désormais il appartient définitivement au parti de

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