‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 18 sur 133 · LES JEUX FLORAUX · texte numérisé non relu

LES JEUX FLORAUX

Je prends pour les grands dieux - sénateurs

Et cest autre troupeau, qui des poètes vainqueur-* L'estude et le savoir si sainctement guerdonne Pour ce sacré parquet avec ses quatre tlcurs, Le jardin fleurissant aux bords de la Garonne.

François de Clari.

orsque, après quelques clés, on considère les deux ou trois événements principaux d'une époque , ils se présentent à nous .

un relief nullement pro] tienne à leur importance réelle, et ce n'est pas sans effort que nous pouvons nous rendre compte qm événements ne constituent après tout qu'une partie insignifiante de l'histoire de la période. Au milieu des guerres, des persécutions, des agitations et des révolutions relig et politiques, la vie saine de tous les jours n'est pas arrél l 'ne grande majorité des gens ne sont nullement éprow par ces bouleversements, et même parmi la minorité de ceux qui en sont atteints, il y en a bien peu qui leur doivent leur bonheur OU leur malheur. Toulouse n'a pas à S( plaindn

ses historiens. La Faille n'a épargné aucune peine pour réunir et pour classer avec impartialité et bon sens tous les renseignements dignes d'être notés qu'il a pu trouver sur sa ville natale ; et dans la grande histoire du Languedoc du savant bénédictin Dom Joseph Vaissette, nous possédons un ouvrage d'un intérêt non seulement local, mais général; le livre est judicieux, savant, impartial, excellent comme style et comme fond, et il était justice qu'il mît son auteur au premier rang des historiens français. Et ni le syndic de Toulouse, ni le moine de la congrégation de Saint-Maur n'ont manqué de successeurs; au dix-neuvième siècle Toulouse a vu naître des hommes de savoir et de mérite qui ont continué, revu et augmenté les travaux de leurs prédécesseurs du dix-septième et du dix-huitième siècle.

La persécution des hérétiques, la rétractation et les souffrances de Boyssone, et le martyre de Caturce sont nécessairement mentionnés par les historiens, puisque ces faits font partie intégrale de l'histoire de Toulouse pendant la première partie de l'année 1532, toutefois entre l'arrestation de l'un et la mort de l'autre eurent lieu les jeux floraux — cette grande fête annuelle ; et nous n'avons pas lieu de supposer que les sombres événements qui précédèrent et suivirent les jeux floraux, cette année-là, diminuèrent l'enthousiasme des Toulousains ou le nombre des concurrents, ou la satisfaction personnelle «du chancelier, des juges et des docteurs du collège de la gaie science». Malheureusement les archives du collège manquent pendant quinze ans, de 1519 à 1535, et le seul fait que nous puissions avancer au sujet des jeux de 1532 ou de 1533, c'est qu'Etienne Dolet prit part soit à l'un, soit à l'autre concours, et qu'il brigua l'honneur de remporter la violette, l'églantine ou le souci.

Ce fut en 1323 * que sept troubadours, citoyens de Tou-

1 La fondation et les premières années de l'Acade'mie de la gaie science et des jeux floraux .sont fort peu certaines. Ce que j'en dis dans le texte me

CHAP. VI. — LES JEUX FLORAUX 8g

louse, formèrent la «très gaie compagnie des troubadours /> ou le collège «du gai sçavoir, » ou «de la gaie science». IIavaient coutume de se réunir clans le faubourg des Augustins, et, au mois de novembre 1323, ils adressèrent une lettre en vers à tous les troubadours, les invitant à s'assembler le 1" mai 1324 pour lire ou réciter leurs poèmes, et offrant une violette d'or à celui qui chanterait le mieux les louanges Dieu, de la Vierge ou des saints. Un grand nombre de troubadours répondirent a l'appel. I.'- premier jour fut consacre à la récitation des poèmes des concurrent--, le second à l'examen des compositions des sept troubadours qui avaient institue la fête: ils étaient assistés de deux capitouls ; enfin le troisième jour, la violette d'or fut donnée publiquement à Arnaud Vidal de Castelnaudari pour le poème qu'il avait récité en l'honneur de la Sainte Vierge. L'année suivante, on donna aux jeux un caractère plus officiel en nommant un chancelier, et on ajouta peu après deux nouveaux prix — un souci d'or, pour la meilleure ballade, et une églantine d'argent pour la meilleure sirvente ou pastourelle. Désormais les jeux floraux constituèrent une des principales fêtes — et peut-être la principale — de Toulouse et de tout le Languedoc ; leur renommée s'étendit non seulement au Sud de la France, mais jusqu'en Aragon et en Catalogne, où on établit des jeux analogues. En 1356, Guillaume Moliniar, qui, depuis plusieurs année-, était chancelier, rédigea, avec la sanction de-- sept mainteneurSj les lois de la gaie science, ouvrage qui représente huit années de travaux, et qui, tout en étant un recueil très approfondi des règles à suivre pour les jeux floraux, pour les récompenses à décerner, et pour la collation

semble probable. Quelques écrivains ont essayé de faire remonter l'origine des

jeux à une antiquité fabuleuse, et prétendent qu'ils datent du temps Dation romaine; d*autres, au contraire, soutiennent que ce fut Clémence Is qui les institua dans la dernière moitié du quinzième confondre l'académie ou collège du gai sçavoir, comme on l'a fait que

! les jeux floraux. Il est probable que l'académie existait d< - que

temps déjà quand les jeux furent fondés.

des grades de bachelier et de docteur, est en même temps un traité général de poésie et de rhétorique, et l'un des monuments les plus importants de la langue d'oc et de sa poésie. Après un siècle et demi, les jeux et l'académie avaient perdu de leur importance première; ils furent alors ressuscites, suivant le témoignage des historiens, par celle dont le nom a toujours été associé depuis aux jeux floraux, soit comme fondatrice, soit comme restauratrice, par dame Clémence Isaure. Et l'institution ne fut pas seulement remise en honneur, elle acquit" une grande importance par la source de richesse que cette bienfaitrice procura au collège, et par les prix nouveaux qu'elle fonda. Depuis trois siècles et demi on a chanté les louanges de Clémence Isaure aux jeux floraux de Toulouse. A dater de 1525, un discours en son honneur a toujours fait partie de la fête; et la plupart de ceux qui ont concouru pour la violette, pour le souci et pour l'églantine ont consacré au moins une de leurs compositions en latin, en français, ou en roman à celle qui avait été la protectrice des jeux floraux. Jean de Boyssone écrivit l'épitaphe de Clémence Isaure; l'une des plus heureuses poésies d'Etienne Dolet est écrite en son honneur, et, parmi les trois cent quarante personnes qui ont prononcé son éloge, il s'en trouve soixante dix-sept qui sont arrivées à se faire un nom plus ou moins distingué. Cependant la Sapho de Toulouse, malgré ses poésies, malgré les terres et les richesses dont elle a doté le collège de la gaie science et qui existent encore, malgré les lois qu'elle a données, lois qui sont encore en vigueur, malgré la statue que la ville reconnaissante a érigée en son honneur et qui reçoit encore l'hommage respectueux de tous les voyageurs, la Sapho de Toulouse, dis-je, a vu son existence même mise en doute, dans notre siècle de critique exacte et précise.

Je n'essayerai pas de discuter cette question embarrassante, toujours est-il que les recherches des écrivains les plus savants semblent confirmer les doutes, et montrer du moins

Page 1