‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 26 sur 133 · I HAP. VII. - L ORATEUR I · texte numérisé non relu

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thodoxes. Ce discours semble avoir produit des troubles émeutes parmi les étudiants, et les ennemis de Dolet n'eurent aucune peine à l'accuser de favoriser l'hi d'exciter au

mépris des autorités, et d'employer un langage propn troubler la paix. Les biographes de Dolet ont prétendu que son premier emprisonnement suivit 'le plus près son second discours que cela ne fut réellement. J'ai déjà dit qu'il a dû être prononcé quelque temps avant le 27 janvier [534, puisque peu de temps auparavant Arnoiil Le Ferron écrivit a I» pour se plaindre de la violence de ce second discou ne

fut pas avant le 25 mars 1534 que Dolet fut emprisonné.

Pendant cet intervalle il est bien certain que ses ennemis reunirent tous leurs efforts pour le faire jeter en priet pour exciter le mécontentement des membres du parlement ainsi que la haine des citoyens fanatiques. Il se montre que quatre personnes surtout se firent remarquer par leurs atta lues. On peut pardonner à Pinache d'avoir ressenti violemment les coups de son adversaire; s'il s'était contenté de prendre pour confident l'illustre Jules-César Scaliger ou même de parler en public avec la même violence et la même aigreur que Dolet, on aurait pu l'absoudre tout à lait, mais il paraitrait que, sentant que son habil I son savoir ne pouvaient rivaliser avec la vigueur et le talent de son adversaire, il fit une requête spéciale auprès i\u parlement pour que Dolet fût incarcère ou exile.

Toutefois le jeune étudiant s'était fait d'autres ennemis, plus puissants que Pinache. Sa plume avait, sans pitié mais jument, couvert de ridicule le plus grand personnag foulouse après le premier président du parlement bien qu'ils ne fussent pas imprimés, avaient circule; le vaniteux et s«»t dignitaire contre lequel ils étaient écrits en avait entendu parler, s'il ne les avait pas lus lui-même.

Après la reunion du comte de Toulouse à la couronr France, les grands pouvoirs du sénéchal passèrent peu à j aux mains de son lieutenant général, qui, jusqu'à l'installation

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du parlement, était la plus grande figure de tout le Languedoc. N'étant plus nommé par le sénéchal — dont la dignité devint bientôt simplement honoraire — mais directement par la couronne, appelé souvent le lieutenant général du roi en Languedoc, il n'était pas seulement le chef de la juridiction civile et criminelle de la province, mais aussi du gouvernement civil. Ses fonctions administratives étaient aussi importantes que ses fonctions judiciaires; elles lui donnaient une situation qui, jusqu'au moment où le parlement fut établi, était plus élevée comme rang et plus importante que celle que le premier président eut dans la suite. L'installation définitive et permanente du parlement (1444) porta à l'autorité et à l'influence des lieutenants de la sénéchaussée un coup dont ils ne se relevèrent jamais, et néanmoins pendant plus d'un siècle encore leur situation garda la grande importance qu'elle possédait. Le lieutenant avait toujours le droit de siéger comme juge de première instance dans des cas nombreux ; les actes d'appel contre ses jugements, ainsi que contre ceux de plusieurs autres cours, ne ressortaient pas directement du parlement, mais de son propre délégué ou député, le juge-mage ou juge des appeaux, lequel, à cette époque, exerçait tout à la fois une juridiction de première instance et d'appel. Le lieutenant général, comme le lieutenant du roi, remplissait à Toulouse toutes les fonctions administratives que les capitouls n'avaient pas le droit d'exercer. A la session d'inauguration du parlement de Toulouse, le 14 juin 1444, Tanneguy du Châtel, lieutenant de la sénéchaussée, était assis à la droite du premier président, avant l'archevêque de Toulouse; et bien que cette préséance tombât bientôt en désuétude, à l'époque dont je m'occupe, le lieutenant semble avoir eu le privilège de siéger au parlement parmi les présidents à mortier. Il avait gardé jusque-là — mais devait bientôt perdre ce prestige — ce qui lui donnait aux yeux de la populace une situation plus haute que celle du président du parlement, je veux dire la jouissance de l'ancien Palais de justice, connu alors sous le

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nom de Chàteau-Narbonnais ou Palais-Royal, conjointement avec [e viguier et à l'exclusion des membres du parlement. Pendant les cent dix ans qui suivirent sa fondation, le parlement chercha en vain à prendre possession du Château. Il dut se contenter des privilèges temporaires qu'il pouvait obtenir de temps à autre. Le lieutenant de la sénéchausî lui refusa catégoriquement l'entrée du Palais. Enfin, en 1555, à la création de la Chambre des Enquêtes, des ordres du roi forcèrent le lieutenant à céder au parlement la jouissance du Palais. Cet état de choses dura un siècle, après quoi le lieutenant de la sénéchaussée disparaît de l'histoire1.

'-n I533i cependant, le lieutenant général de la chaussée était encore un personnage considérable, et aucun de ces dignitaires ne montra plus de ténacité à garder sa position ou à la défendre contre le parlement et à conserver la possession du Palais de justice, que Gratien du Pont, Sieur d( Drusac, qui à cette époque occupait ces fonctions. Malheureusement personne n'était moins fait pour les remplir ou plus à même de les discréditer par sa sottise et sa vanité. mbition du Sieur de Drusac fut surtout de briller, non pas comme administrateur ou comme juge, mais comme poète. Si nous lui accordons ce titre, nous devons l'expliquer en disant que ce personnage était un de ces poètes médiocres que ni les dieux, ni les hommes, ni les colonnes ne tolèrent. Plein d'animosité contre le beau ans doute à cause de l'insuo

d< ses aventures amoureuses (nous apprenons par l'une des odes de Dolet qu'il avait obtenu le divorce) et à cause 1

1 Voyez sur les lieutemnts de la sénéchaussée et sur leurs pou Parlements de Ft ■ historique sur leurs usages, leui

autorité, par le vicomte Bastard d'Estang. Paris, 3 uvrage

qui traite, comme l'indique son litre, des parlements français en général, es: presque entièrement consacré au parlement de est un li\:

intérêt considérable, qui contient une foule de renseignements qu'on

Cherait en vain ailleurs. Son princip pendant semble Jtre de louer la

famille de Bastard, dont plusieurs memb [ rent de hauts emp relevaient de ce parlement.

moqueries des dames de Toulouse, il tâcha de se venger en écrivant une mordante diatribe en vers contre celles qui le persécutaient; cette satire fut publiée sous le titre de Controverses des sexes masculin et féminin. Conçu dans le plus mauvais goût et écrit dans le plus mauvais style imaginable, cet ouvrage a été placé, par ceux des critiques français qui en ont parlé, au nadir même de cette multitude de mauvais poèmes que, à part quelques brillantes exceptions, produisit le seizième siècle. Néanmoins Drusac se flattait d'avoir composé un traité qui serait un modèle de style et de tous les genres de poésie pour les jeunes gens qui désireraient apprendre à écrire en vers ou à étudier la rhétorique; le livre devait avoir, en même temps, une très grande portée morale, parce qu'il montrait les méchantes femmes dans leur vrai jour et dévoilait les pièges qu'elles tendent aux naïfs. L'auteur suppose qu'il est en un bois et que le sexe masculin lui apparaît pour venir se plaindre du sexe féminin et le supplier de prendre la défense du sexe masculin outragé et opprimé. Tout d'abord il hésite, mais il consent à la fin; puis vient ensuite toute une série d'ennuyeuses harangues, dans lesquelles, après avoir dit que les femmes n'étaient pas faites à l'image de Dieu, mais à l'image du diable, il continue en accumulant toutes les accusations qu'il a pu trouver contre les femmes dans tous les auteurs sacrés ou profanes, et en racontant toutes les histoires des méchantes femmes de la Bible, de l'histoire, des œuvres d'imagination en prose et en vers. Et tout cela est un mélange de tous les genres de vers et de rimes, et de toutes les banalités oiseuses et pédantesques dont les anciens arts poétiques français offrent tant d'exemples. «Si tant de puérilités», dit avec raison l'abbé Goujet [Bibl. Franc, vol. XI, p. 187), «jointes à la barbarie du style de l'auteur, dégoûtent de la lecture de son ouvrage, combien devient-il plus insupportable par les excès de sa satire et par les portraits indécents qu'il y a fait entrer»; lesquels, pouvons-nous ajouter, ne se recommandent ni par leur esprit, ni par leur

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tour ingénieux. Certain que la postérité s'intéressera grandement au livre et à son auteur, Drusac ne manque pas de nous clin- le jour qui vit son œuvre se terminer:

L'an mil cinq cents trente et sixième

Du mois de may le jour vingt et cinquiesme.

Toutefois nous avons une édition antérieure, quoique incomplète, du livre, imprimée par Colomies à Toulouse en 1535, bien qu'elle soit datée de 1534 • ; c'est la plus ancienne qu'on connaisse jusqu'ici. Il est évident toutefois, d'après cette édition, que le premier livre avait été compose depuis quelques années, et il est certain, d'après les lettres et les poèmes de I )olet, que ce premier livre circulait depuis quelque temps déjà quand Dolet quitta Toulouse en 1534. Il est possible qu'il ait été lu en manuscrit, comme cela se faisait assez souvent à l'époque. Je suis toutefois porté à croire qu'une édition du premier livre fut imprimée en 1533 ou avant, et qu'on pourrait encore en trouver un exemplaire-.

1 La date du 3o janvier i534 serait celle du 3o janvier i535 nouveau -' Il tut réimprime à Toulouse en i?V>, puis à Paris en i?.;7. en i5

1 en 1541. A l'édition de i536 et à celles qui suivent est ajouté le compte rendu du procès intenté devant Dame R ■ la requête du sexe

masculin. Il est intitulé: Requeste du sexe ma itre le sexe féminin

Baille, .1 /).! ne Raison, ensemble leplaidoye des partis et arrest intervenue. Il est inutile de dire que l'arrêt donne sain de cause au sexe masculin. Outre les controverses, Drusac a encore écrit V Art et Science Rhetoricque >■■ l*ho-

Vielland, 153g, qui. comme toutes les éditions de controverses, est extrêmement rare. Sur Drusac et ses oeuvres, voyez Goujet: Bibl. Franc. XI. p. graphie Toulousaine, 188 l'article est de M. l.amolhe-Lan- Du Maine (qui l'appelle par erreur Gabriel Dupont, et une note du président Bouhiers dans l'édition de la eroix du Maine donnée par I Juvigny, vol. I, 253. La meilleure notice est de beaucoup celle .: nais

dans le dernier paragraphe il a commis une erreur que nulle part ailleurs on n'a rectifiée ou même relevée: >. .le trouve aussi citt

dit-il, d'autres Controverses des sexes masculin et féminin par François Chevallier, imprimées en i536, in-l6°. Mais j'ignore le but et la D ouxra^c l.a Croix du Maine et Du Verdier ne parlcn: auteur et

je ne le connais que par la citation de son livre et par un ronde à la louange des conta Gratien du Pont, qu'on lit

dernier ouvrage dans le titre duquel François Chevallier est dit

Dolet avait entrepris de défendre le beau sexe contre son détracteur, et cela lui avait valu quelque faveur de la part des femmes de Toulouse; mais les moqueries cruelles qu'il lance contre l'homme et son livre expliquent, sans la justifier, l'hostilité amère du lieutenant général de la sénéchaussée. Six des odes de Dolet sont écrites contre Drusaciim vulgarem poetam Tholosanum qui librum in fœminas scripsit. Dans l'une de ses odes Dolet dit que le livre de Drusac sera très utile aux épiciers pour envelopper leur poivre et autres condiments, et insinue qu'il pourrait rendre d'autres services plus humiliants encore; et dans une autre ode, imprimée avec les discours et écrite par un ami de Dolet qui n'est pas nommé, Dolet est accusé d'être trop indulgent pour Drusac en disant qu'un pareil fatras pourrait servir à quelque chose; l'écrivain explique, avec beaucoup d'humour, mais dans un langage qui pourrait à peine être traduit en une langue vivante, pourquoi le livre

deaulx et qualifié Collégié du Collège de Foix à Tholose. » Le livre qu'on attribue faussement à François Chevallier n'est pas autre chose qu'une des éditions du livre de Drusac, imprimée à Toulouse en i53ô, dans laquelle on trouvera le rondeau de Chevallier adressé à Drusac. En i564, François Arnault, seigneur de la Borie, répondit en forme aux Controverses dans son Anti-Drusac, ou livret contre Drusac faict à l'honneur des femmes nobles, bonnes et honnestes. Tholose, Colomies. Ce livre est attribué par erreur à un autre Drusac par M. Lamothe-Langon, qui cite Du Verdier comme autorité. On ne trouve pourtant aucune assertion de ce genre dans Du Verdier, qui dit que l'auteur est François la Borie de Valois, docteur es droits, natif de Cahors (Valois, suivant La Monnoye , serait Valons, bourg du Vivarais). François la Borie est, d'après Goujet, l'auteur des Antiquités du Périgord, et le traducteur d'un traité de Maldonat sur les anges et les démons, il était de plus chanoine de Périgueux, doyen de Carenac, prieur de Lurcy, grand-archidiacre de Saint-André de Bordeaux et chancelier de l'université de cette dernière ville. Il est encore l'auteur d'un traité en latin qui a pour titre: Ante atheon per rationes aliquot congestim physicus quibus athei tanquam suis baculis seu ielis icti refelluntur Deu m unum esse œternum omnipotentem plenissimum misericordiœ et bonitatis infinitœ nostrique sollicitum. Tolosae. Guidone Boudevilles, i56i. (Du Verdier: Supplément à Gesner.) Dans la notice de Gratien du Pont, de la Nouvelle Biographie Générale (prise presque entièrement dans Goujet). après avoir dit que son livre fut réfuté par Arnault de la Borie, l'auteur nous renvoie à l'article « La Borie»; mais, comme cela arrive souvent dans ce livre, on ne trouve rien à ce nom, et je n'ai pu découvrir nulle part aucune biographie de François Arnault de la Borie.

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de l'infortuné lieutenant de la sénéchaussée ne pouvait même pas rendre les services humiliants que Dolet avait indiqués. L'auteur de cette ode est jusqu'ici resté inconnu, et si quelqu'un de mes lecteurs a déjà fait connaissance avec Jean de Boyssone dans le livre de M. Guibal, il apprendra peut-être avec quelque surprise que, comme en lait toi le manuscrit de Toulouse, l'auteur de cette ode humoristique, encore que fuit grossière et très rabelaisienne, que je donne en note, est le grave, religieux et essentiellement modéré Boyssom '.

Nous ne savons rien du juge-mage Guillaume Dampmartin, si ce n'est que, comme cela était naturel, il s'allia avec son chef. Ce fut lui qui peu après envoya Dolet en prison, et c'est à son influence et à celle de Drusac que Dolet dut finalement d'être expulse de Toulouse2.

Mais outre ces deux hauts dignitaires, Dolet s'était aliéné un certain Maurus ou Maur, grammairien et maître d'école. Parmi les poèmes de Dolet, de Jean Voulté et de Hubert Sussanneau, on trouve plusieurs mordantes épigrammes contre cet individu, qu'on dit être grammairien et pédagogue, et ennemi acharné de Dolet. Il semblerait que Maurus fût un homme de quelque savoir, il était alors maître d'école à Toulouse, et se montrait fort hostile à la science nouvelle et aux opinions qui commençaient à avoir quelque vogue. Étant

1 Tergendis natibus tuum libellum

Aptum dixerat optimus poëta Blanditus tibi credo tune poëta.

Nain nullus natibus suis Drus Dignum judicat hune tuum libellum Insulsum, lacerum, asperum, protervum, Incultum, rigidum, parum pudicum Et duris salebris ineptiorem; Atque ipsis natibus magis lutnsum :

Quare tergere podicem volentem, Char tas ut fugiat tuas monemus, Ni vult surgere fœdiore <

- Dampmartin succéda à Drusac comme lieutenant de .1 sénéchauss M e: Instit. Je Toulouse, II, p. -"").

le vieux mari d'une jeune femme, il donnait beau jeu aux faiseurs d'épigrammes. On consulterait inutilement les dictionnaires biographiques pour y trouver son nom; après de patientes recherches, qui sans doute ont été du temps perdu quand on pense à l'insignifiance et au peu de mérite de celui qui en était l'objet, j'ai réussi à établir son identité avec un certain Jean Maur, appelé par Duverdier Jean le More de Constance, lequel fit imprimer, en T517, dans la petite ville de La Réole, un court vocabulaire grammatical qui a échappé aux recherches de Panzer et de Kloss, mais qui se trouve mentionné dans la dernière édition de Brunet. De La Réole, il semble être allé à Montauban, où il traduisit, en français et en basque, le traité de Grapaldo , intitulé : De Partibus ALdium, imprimé, sans date, à Montauban par Jean Gilbert. En 1530 nous le trouvons à Toulouse, où il publia une édition et des commentaires des distiques de Fausto Andrelini, dont la dédicace ainsi libellée : Mathurino Almandino Aiigcliaco, semblerait indiquer qu'il y avait peu de temps qu'il avait quitté Montauban. Ces commentaires furent souvent réimprimés entre 1530 et 1540, et à Lyon, et à Paris, et c'est la seule œuvre de Jean Maur que pour ma part je connaisse. Les distiques d' Andrelini, comme ses autres poèmes, sont médiocres et insignifiants, et ni leur style ni leur fond ne méritent qu'on s'y arrête. «Il ne leur manque qu'une chose, dit Erasme, c'est ce qu'on appelle vovç en grec, et mens en latin.» Cependant ils eurent cette popularité que la philosophie dite proverbiale, quelque sotte et banale qu'elle soit, semble obtenir facilement, quand elle s'exprime en phrases balancées et montées sur des échasses. Un biographe de Fausto Andrelini1 dit de lui qu'il est «un simple arrangeur de mots, pauvre d'idées, froid quant à l'imagination et au sentiment poétique, et comme homme, égoïste et méchant».

1 Spalding dans The Biographical Dictionary 0/ thc Society for tlic Diffusion of useful Knowledge.

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Et ce portrait convient précisément à son commentateur. Dans un langage pompeux et guindé — dont presque chaqu<ligne est défigurée par quelque barbare polysyllabe du moyen âge, inconnu môme aux plus mauvais écrivains de l'âge d<: fer de la littérature latine — Maur explique et amplifie les lieux communs de son auteur, trouvant un sens caché dan-, chaque phrase et dans chaque mot, à peu prés à la façon dont les prédicateurs et les commentateurs se sont effon avec une verbosité oiseuse et sans portée, à fonder d< tèmes théologiques sur les texti - les plus ordinaires et les plus simples des saintes Ecritures. C'est seulement lorsque Andrelini parle de la vieillesse, que son commentateur (vieux garçon, ayant dépassé l'âge mûr et songeant encore au mariage) s'enflamme et devient naturel. Au sujet du vers suivant d'Andrelini: Disticha composui matura digna senecta, le vieux pédagogue fait la remarque enthousiaste qui suit: Matura, id est sentit et sapienH; maturum enim est quod sole jam coctitm perfecte temperatum est. Unde per translationem matants homo dicitur qui omnimo œtate perfectus est, quo tempore maxime sapiens habeudits. Unde matura œtas : id est, senilis et perfecta ac sapiens.

Mais si les ennemis de Dolet étaient actifs et virulents, il s'était acquis et avait conservé, malgré le caractère si peu modéré de son discours et probablement grâce à une sympathie secrète pour les opinions dont il était sinon le défenseur, du m. lins l'apologiste, l'estime de tous ceux qui, à Toulouse, aimaient la science et le progrès. Dans le volume qui contient les deux harangues se trouvent trois livres de lettres que Dolet échangea avec ses amis. Elles paraissent tout avoir été «.entes entre la fin de l'année 1532 et le mois d'août [534, époque à laquelle il arriva à Lyon. Plusieurs de épîtres, et ce sont les plus intéressantes, furent compos dans l'intervalle qui sépare son second discours de son premier emprisonnement. Deux de ses correspondants. ]cdn de Pins et Jean île Hoyssone, sont déjà connus de nos lecteurs.

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leurs lettres relèvent considérablement Dolet à nos yeux. Toutefois il eut un troisième correspondant, dont les témoignages jettent une lumière très vive sur la période qui nous occupe en ce moment.

Parmi les contemporains de Dolet qui au moment de son arrivée à Toulouse étudiaient le droit à l'Université, nul n'avait eu plus de succès dans les écoles et ne donnait de plus brillantes promesses comme juriste qu'Arnoul Le Ferron. Né en 1515, par conséquent plus jeune que Dolet de cinq ans, il avait presque terminé ses études, lorsque les discours furent prononcés et, bien qu'il n'eût alors que dix-huit ans, il se préparait déjà à faire des cours, vraisemblablement avec l'approbation des autorités. Son père, Jean Le Ferron, originaire d'Italie, s'était fait une réputation d'homme de loi à Vérone; ce fut le cardinal de Bourbon qui lui fit quitter cette ville et obtint pour lui la situation de conseiller au parlement de Bordeaux1. Son jeune fils Arnoul l'accompagna en France (ou naquit peu après son arrivée). En 1536, à l'âge de vingt et un ans, Arnoul fut nommé conseiller du parlement de Bordeaux en remplacement de son père, par l'entremise du cardinal Du Prat. L'âge requis pour occuper ce poste était vingt-cinq ans, mais il avait déjà donné tant de preuves de capacité que ses futurs collègues, le président et les conseillers du parlement, se portèrent garants auprès du cardinal de ses aptitudes à remplir sa charge; on passa outre et on lui accorda des lettres de dispense2. L'attente de ses collègues fut amplement justifiée. Pour son début il se signala par son grand ouvrage sur les coutumes de Bordeaux, qui immédiatement lui acquit une haute réputation, et continua

1 Boscheron des Portes: Hist. du Parlement de Bordeaux (Bordeaux, i^;^ . vol. I, 117. Suivant cet historien, Arnoul était né à Vérone, mais, d'après d'autres autorités, il serait né à Bordeaux.

- Le même fait se reproduisit quelques années plus tard en faveur d'un homme encore plus distingué. Lorsque Etienne de la Boétie fut nommé con-. sdller du Parlement de Bordeaux en i553, on dut également lui accorder une dispense d'âge (il avait vingt-trois ans), [d. I, nu.

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