HAP, VIII. G. BUDÉ ET .'. BORDING
haute réputation, j'ai résolu de me consacrer à l'étude du droit, ce que je ne crois pas être incompatible avec mes aiitns travaux. Car il est certain que mon talent oratoire peut être singulièrement rehaussé par la connaissance du droit et mémo y trouver un appui sérieux. Afin de poursuivre ces étud< - de la meilleure manière possible et d'< les conseils de ceux qui disent qu'aucun art ne peut s'apprendre convenablement sans maître et sans quelque instruction pratique, je suis venu à Toulouse, ville plus célèbn plus renommée pour les études de droit que réellement savante a cet égard; ses habitants sont plus barbares que les Cutis des Scytes. Mais quoi qu'il en soit, la gro cette ville barbare n'a nullement arrêté mon dessein. Je n'ai pas consacre'- moins de deux années consécutives à l'étude du droit, et je me suis arrangé de manière à pouvoir donner quelques heures le matin et le soir à la lecture de Cicéron. Pendant le reste du jour je m'occupe de mes études principales, soit tout seul, soit en public. Ainsi j'ai écouté mes amis et je ne le regrette pas, car, sans nul doute, la connaissance du droit sera pour moi un grand secours et une recommandation pour trouver un emploi publie, puis elle me donnera plus de facilité pour m'exprimer en me faisant mieux discerner le vrai et le juste. Il n'est pas sûr toutefois que j'achève mes études de droit à Toulouse, car j'ai l'intention de partir pour Padoue ou pour Pavie, afin de voir Aidât1 les autres professeurs italiens prononcer leurs sesquipedalia verba avec une pompe solennelle ou attaquer furieusement
1 Viciât jouissait à cette époque d'une réputation plus grande qu'aucun autre de ses contemporains (réputation, suivant moi, tort peu proportioi mérites réels comme professeur de droit civil et comme commentateur. 1 à ce moment professeur de jurisprudence à Pavie. 11 avait occupe la chaire droit civil à Bourges de i528à la lin de i532; il revint alors en 1: : - 1 ran-
duc de Milan, le nomn I] resta .1 Pavie jusqu'en i537- Panciroli, qui le connut : nous donne vie lui le portrait suivant: « Vir fuit corpulentes, p auri avidus habitus est et cibi avidior ». De claris legum int II.)
1rQ ETIENNE DOLET
Accursius et Bartholus, dans la crainte de paraître en savoir trop peu. Je tâcherai d'entrer dans les bonnes grâces de quelqu'un avec qui je pourrai me moquer de tout cela doctement et familièrement.
«J'espère bientôt faire un voyage à Paris et vous y rencontrer. Si auparavant vous voulez bien m'écrire une lettre, qui me trouvera en route, pour me donner des nouvelles de votre santé et de Paris, je saurai que vous ne m'oubliez pas et vous y gagnerez que lorsque j'irai vous voir, vous n'aurez pas à me raconter ce que vous m'aurez déjà écrit. Adieu. Toulouse, 22 avril1.»
L'Italien dont il est question dans les lettres de Bording et de Dolet était l'habile, docte et excentrique charlatan Giulio Camillo de Forli, dit Delminio, du lieu de naissance de son père. Philosophe, orateur, poète, philologue, versé dans la mythologie, dans l'astrologie, dans les sciences cabalistiques, possédant un fonds de connaissances réelles, mais un plus grand fonds de connaissances prétendues, il avait conçu l'idée extraordinaire et impraticable d'un nombre de catégories qui devaient embrasser toutes les divisions et toutes les subdivisions de l'intelligence et de la pensée humaines. Il proposait d'arranger toutes ces catégories dans de petits tiroirs ou niches renfermés dans une grande boîte en forme d'amphithéâtre, où les signes des planètes marquaient les divisions premières de l'esprit. Chaque tiroir portait sur une étiquette quelque qualité intellectuelle, et si l'on changeait ces étiquettes, la théorie pouvait s'appliquer à toutes les sciences. A l'aide de ce théâtre un ignorant devait se rendre maître de n'importe quelle langue ou de n'importe quelle branche des sciences en un temps extraordinairement court. Ce système était toutefois spécialement adapté à l'étude du latin et du grec, et offrait surtout à l'étudiant un moyen d'acquérir l'art de la
1 Ôrat, duce, p. io'j.