HAP. VI II. - G. BUDE II .1. BORDING I
composition et l'art oratoire. Giulio Camille passa quarante années à perfectionner ce théâtre. Il était à Paris à l'époque qui nous occupe, jouissant de la faveur de François I", qui lui donna cinq cents ducats pour l'aider à poursuivre son i< et à bâtir son théâtre, dont un spécimen restreint, contenant tous les principes et toutes les règles de l'art oratoire suivant Cicéron, symétriquement arrangés, avait fort intéressé le monarque. A Paris Giulio Camillo se lia avec Sturm et avec Calvin. Le premier croyait à la profondeur de son savoir et à la sincérité de sa dévotion. Calvin semble avoir eu beaucoup moins de respect peur lui1. Dolet l'avait connu à Padou< avait éprouvé, parait-il, une grande aversion pour lui, ayant en outre ce .sentiment de mépris dont tout homme réellement instruit ou qui sait ce qu'est la science, ne pouvait guéri détendre pour un homme qui, par des moyens mécanique-,
1 Schmidt: Mém. sur Roussel, 219, 220; D'Aubigné: Hist. Réf. Temps de
Calvin, [V, i. En i?3; nous trouvons Giulio à Padoue, où Paleario le connut; il fait allusion à lui dans une de ses lettres à Lampridio liv. I, Ep. 17 : « Giulio Camillo, écrit-il, bâtit un théâtre à grands trais. 11 n'y a jamais eu pareille émulation parmi les ignorants qui croient pouvoir, sans étude et suis travail, arriver à écrire comme Cicéron. Pour atteindre ce but, notre Italien arrange un certain nombre de cartes dans de petites boites. (Test un fait certain, mon cher Lampridius. 'Avi)p XofOOatôaXoç ~ ^ Xocfi^gcvEi
v.:'voj; v.t. to2 \\ j:: ovàypouç. Vous riez; je suis sérieux; il a extorqué
beaucoup d'argent à ceux auxquels il promet l'excellence oratoire.» Camillo mourut en 1544 (et non pas en i35o comme le dit la Biographie Générale), sans avoir termine son théâtre et sans en avoir publié une explication. Il toutefois en manuscrit une description fort peu intelligible de ce théâtre. Kllc lut éditée par Ludovico Domenichi et imprimée à Florence par Torrentin 1, sous le titre de: Videa del Theatro delVExcellen. M. Giulio Camillo
l", 88 p. et fut republiée la même année à Venise par Bindoni. Nous la retrouvons dans les oeuvres complètes de Camillo, données par Gioliti Veniseen i552, i554, i555, t56o, i566, 34 (dont les éditeurs
semblent n'avoir pas eu connaissance des éditions de Torrentino et de Bindoni\ Voyez au sujet de Camillo, outre les ouvrages cités plus haut, sa vie par Federigo Altan di Salvarolo taisant partie du premier volume de la Nuova raccolta d'opuscoli scientifici et filologici [Venezia 1755), éditée par Calogiera; Tiraboschi, vol. VII, p. 2226 édition de iS-ii; Freytag: Adparatm I vol. 111. p. ia8-i32; Vie de Paleario, par Young, 1. p. 545; Erasmi 1 . CCCIXX, p. t "i, Gilb. Cognati opuscula, p. si, où, dans une
1 Metellus, se trouve une explication du théâtre, suivant Sebastien B
encore qu'ingénieux, disait qu'il avait le pouvoir d'apprendre le latin et le grec à un ignorant en l'espace de trois mois.
Deux odes écrites contre Camillo se trouvent dans les poèmes de Dolet, l'une de ces pièces est datée de l'époque qui nous occupe et fut envoyée en manuscrit à François de Langeac, frère de l'évêque de Limoges, accompagnée des remarques suivantes : «Je vous envoie une ode, dont voici le sujet : un nouveau maître d'éloquence est sorti du royaume des ombres ; un individu ignorant et sans éducation a fondu sur nous d'Italie, il ne sait pas le latin, il n'a aucune culture littéraire; comme il n'a pas réussi à s'imposer, il n'a pas trouvé de meilleur moyen pour arriver à son but que de se faire de l'argent en promettant aux gens de leur enseigner en moins d'un mois le latin, l'art oratoire et l'art de faire des vers — .choses inouïes, dignes seulement d'une moquerie perpétuelle ; si vous êtes ce que vous avez toujours été, vous avouerez que son système apprend à devenir fou au moyen de règles. Toutefois (car on prend facilement les Français avec des mots) il a bel et bien escroqué l de l'argent au roi, lui promettant certains commentaires au moyen desquels, même contre notre volonté ou quand nous sommes endormis, il peut nous infiltrer toute science. J'ai presque honte de m'être si longuement moqué de pareilles vétilles. Je tiens à avoir votre avis sur tout cela. Je connais beaucoup de gens en France dont le talent et le mérite feront, j'espère, comprendre aux Italiens que l'éloquence et la réputation littéraire (monopole qu'ils s'arrogent) ne sont pas inconnues aux Français; ils cesseront alors de nous traiter d'enfants au maillot et de dire que, ayant négligé l'étude de la littérature, nous sommes plus que les autres amollis et plus aptes à nous énerver2.»
1 II est curieux de noter que, dans ce passage comme dans l'ode qui suit, Dolet, en parlant de Camillo, emploie le même mot quWIciat dans une lettre a Franciscus Cakus, imprimée dans les Gudii Epistolx curante Burmanno, pt. I, p. 109. Dolet dit: Regem tameti nummis pulchre emunxît; et Alciat [Régent) emunxit sexcentos aweos.
- Orat. duce, p. 97.