‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 42 sur 133 · CHAP. VIII. — (.. BUDE ET J. BORDING · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. — (.. BUDE ET J. BORDING

peine, sachant que si vous étiez sain d'esprit vouî -ain

de corps.

«Un certain Omphalius vient d'arriver de Pari-, il a uneréputation de grand savant. Je ne l'ai pas encore vu; lorsque je l'aurai rencontré, je vous récrirai. Adieu. « Toulouse, 13 juin '.■>

Une semaine plus tard Dolet écrivit au même ami:

« La gravité de la maladif qui m'a torturé jusqu'ici m'a empêche de répondre plus tôt à votre lettre; quoique mon

état se soit amélioré jusqu'à un certain point, et que je me sois débarrassé de mon mal, je ne suis pas encore rétabli; je n'ai pas recouvré mes forces physiques, mais je prends soin de moi et j'ai bon espoir que Dieu m'accordera quelque secours et que bientôt, grâce à la nature, je me débarrasserai de mes souffrances.

«Vous aurez peine à croire quel grand plaisir les lettres de mes amis me procurent dans ma retraite et surtout les lettres de ceux qui, tout en m'exprimant leur affection, se distinguent par une pureté et une élégance de style peu ordinaires. C en quoi vous, vous excellez particulièrement et j'ai tout espoir qu'un jour vous serez aussi du nombre de ceux qui se distinguent par leur éloquence, à moins que cependant la bêtise de Bartholus et d'Accursius ne vous empêche de rechercher cette gloire. Ce que je crains, c'est que, habitant une ville hostile a l'éloquence, vous ne soyez de moins en moins disposé à cultiver l'art oratoire, et que vous ne soyez porté à traiter la littérature avec' un peu trop de mépris et de dédain.

« Je suis ravi d'apprendre que l'on ressent quelque affection pour moi et que j'ai laissé parmi les honnêtes gens un souvenir agréable. N'est-ce pas une preuve que seuls le- méchants me haïssent? J'apprends que Drusac, ton jour- plus aigri, ne cesse de presser le parlement de publier un edit

1 Orat duce, y \~\

contre moi. C'est un sauvage, une bête brute dont la fureur sans frein n'a pas été apaisée par la fuite de son ennemi. Pour conclure, il y a une chose que je tiens à vous faire savoir, c'est que je ne sens pas moins de peine d'être séparé de vous que vous n'en ressentez de m'avoir vu partir; mais puisque nous ne pouvons plus être ensemble et que mes affaires m'appellent ailleurs, trompons l'ennui de notre séparation en nous écrivant fréquemment. Je ne connais que le nom d'Omphalius. Si vous saviez quelle sorte d'homme il est, quelle est l'étendue de ses connaissances, donnez-moi ces renseignements, et faites que je reçoive de vous ce que je désire si ardemment, une lettre qui me donne toutes sortes de nouvelles. Adieu.

« Écrit à la campagne 22 juin '.»

Le départ de Dolet n'eut pas pour effet d'arrêter les tentatives que ses ennemis dirigeaient contre lui. Il est certain que le premier président usa de son influence en sa faveur; Dolet lui en témoigna toujours de la gratitude et de l'estime. Mais ni la modération du premier et du second président, ni l'amitié de l'évêque de Rieux ne put combattre la bigoterie et, fort probablement, la haine personnelle de la majeure partie des conseillers qui subissaient l'influence du lieutenant-général de la sénéchaussée et du juge-mage et qui étaient soutenus parles capitouls. Dolet venait de signer la lettre qu'on vient de lire, lorsqu'il reçut la nouvelle que le parlement avait publié un décret le condamnant à s'exiler à jamais de Toulouse et de tout le pays qui était sous sa juridiction. Il ajouta alors le post-scriptu m suivant:

« Depuis que j'ai signé ma lettre, j'ai reçu par des messages et des lettres la nouvelle que Drusac avait obtenu un édit me défendant de rentrer cà Toulouse. Je ne suis nullement troublé par la persécution d'un individu aussi méprisable, et,

1 Orat. duce, p. 121 .

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au milieu de ces temps de perturbations et de misères, je n'en conserve pas moins tout mon courage; de même que dans les périodes de calme et de prospérité, où mes affaires vont selon m.m désir, je m'efforce de faire- preuve de fermeté et de n lution, a l'heure présente je m'efforce de résister bravement au malheur. Ainsi mes soucis ne sont pas accrus, mais allég grâce ;i la fermeté de mon esprit <t au soutien d'une conscience pure. Je me consacre entièrement à la littérature, et cela me prend tout mon temps. Cette occupation chasse tous mes ennuis et toutes mes misères et n'apporte pas un lég remède a mes peine, et a mes maux, elle me fait voir clairement, a moi qui suis exposé à tous les coups de la fortune, qu'on ne doit se tourmenter que si l'on est coupable de quelque méfait ou de quelque crime, et qu'il ne faut pas se troubler si l'on est en butte aux insultes et aux attaques 1 méchant-. Aussi je veux qu'on me juge d'après mon carac: et non d'après les événements. Ecrivez-moi ce que vous saurez de toute cette affaire; vous soulagerez mes peines et complairez au désir de votre ami. Encore une ibis, adieu. »

Peu après cette lettre, Dolet trouva qu'il était nécessaire, bien qu'il fût gravement malade, de quitter son lieu de retraite et de partir pour Lyon. Il aurait, parait-il. fait le voyage à pied, environ quatre-vingts lieues — en compagnie de fidèle ami Simon Finet. L'été était très chaud, les routes étaient couvertes de poussière, et à son arrivée au Puy (en Velay) il eut une nouvelle attaque de fièvre et dut s'arr pendant quelques jours. Au moment où il allait quitter cette ville, il eut le bonheur de recevoir une lettre de son ami Clausane, auquel, à sa première halte, il répondit le même jour: «Votre lettre qu'on m'a remise ce matin de bonne heure, lui dit-il, m'a rempli de joie, car j'ai vu que vous allie/ comme je le désirais et aussi que vous n'aviez pas abandonné le pr» de m'accompagner en Italie. Cette lettre pleine de poussière et de hâte a été écrite en voyage, à trois heures de distance du Puy, où j'ai du rester quelques jours a cause d'une grave

rechute. Je suis maintenant à deux jours de Lyon, où j'arriverai le itr août, si mon état de santé me permet de faire le chemin que je me suis imposé chaque jour.»1

Il accomplit son dessein et arriva à Lyon le Ier août, mais il était fatigué de corps et d'esprit. « Lorsque je fus arrivé à Lyon, » écrit-il plus tard à Boyssone, « je n'eus aucun espoir de me remettre et je désespérai de la vie. »

1 Orat. duce, p. 12G.

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