CHAP. XI. - I MI NT A
Il aurait dû citer ensembl I ommentaires de Dolet et la
seconde édition du Thésaurus qui furent publiés presque en même temps; l'une des remarques qu'il fait au sujet du Dictionnaire d'Estienne peut s'appliquer également aux Commentaires :« Les dictionnaires antérieurs de Calepin et des autres compilateurs ne comprenaient que l'interprétation de mots seuls, parfois on citait des passages des auteurs qui les avaient employés. Ceci produisit de perpétuels barbarismes et porta atteinte à la pureté de langage, tout en donnant naissance à ces hypercritiques fastidieux dont Valla nous est un exemple. C'est Estienne le premier qui s'est efforcé de faire ressortir l'usage propre des mots, non seulement danles anomalies de langage, mais dans toutes les nuances délicates de sens dont le goût pur et le discernement subtil des meilleurs écrivains ont donné des exemples. » Le but et l'intention des deux savants différaient autant que leurs méthodes, et tandis que Robert Estienne cherchait à donner à son ouvrage un caractère d'utilité pratique, Dolet donnait à la critique et à la science une plus large part. Le Thcsaunts de Robert Estienne n'est qu'un dietionnaire, rien de plus; les mots y sont rangés dans l'ordre alphabétique et expliqués séparément sans que leur relation avec d'autres mots soit indiquée1. Dolet, au contraire, arrange les mots suivant le rapport
fut suivie d'une édition nouvelle en i543. La première édition du Thésaurus date de i53a octobre ; c'est un seul volume qui coûta à l'auteur deux années de travail incessant et qui, bien que de beaucoup supérieur à tous les dictionnaires existant alors, n'aurait pis mérité l'éloge que Hall.im en tait, si une seconde édition n'avait été publiée en i536 décembre — il n'y a pas d'édition de 1 5351 — si augmentée, que c'est presque une œuvre nouvelle. En i543 parut une troisième édition, encore plus volumineuse et pour laquelle l'auteur eut l'avantage de consulter les Commentaires de Dolet.
1 L'ordre alphabétique nous semble si naturel que nous avons quelque peine à concevoir une autre méthode; on peut toutefois se demander si celle de l1 n'était pas la vraie, et si son système n'aurait pas été adopté généralement si ses malheurs et sa mort prématurée, due- OSations d'athéisme, n'avaient
point tait oublier les services que son œuvre aurait pu rendre. Ce furent le succès et la popularité du dictionnaire de R. Estienne [qui a ser\ i :jus
les dictionnaires latins qui suivirent qui tixèrent 11 méthode alpha
qu'ils ont entre eux , ou plutôt suivant les idées qu'ils expriment. L'explication d'un mot est suivie d'une explication des mots analogues, puis des mots contraires ou dissemblables. Ainsi aiuare, qui est le premier mot des Commentaires, est suivi de adamare, redamare, amator, amabilis, diligere, obscrvare, colère, amplecti, complccti, amicitia, amor, charitas, pictas, benevolentia, animas, voluntas, etc., jusqu'à ce que l'auteur ait épuisé la série des mots qui expriment cette idée ou qui s'y rapportent. Les vocables sont ainsi classés non pas suivant leur son ou leur orthographe, mais suivant leur signification. Le but de Robert Estienne était d'expliquer simplement le sens des mots; Dolet s'était donné la même tâche; mais, de plus, il voulait grouper tous les mots capables d'exprimer la même idée ou une idée opposée et montrer les relations qui existent entre ces mots. Voici, du reste, comment il explique la méthode de ses Commentaires dans une courte introduction mise en tête du premier volume :
« Afin que la méthode adoptée pour ces Commentaires soit plus clairement entendue et plus facilement comprise, je désire expliquer l'arrangement qui y a présidé. Je donne d'abord la signification de chaque mot, dans son sens premier et dans son sens second ou figuré. Puis je distingue entre les diflfé-
fermement qu'il est impossible de la transformer; J. M. Gesner, dans sa Dissertatio de Prœcipuis Lexicis Latinis, mise en tête de son Novus Linguœ et Eruditionis Romce Thésaurus Lips. 17-ki , croit que la popularité de la méthode alphabétique de R. Estienne a été un malheur pour l'érudition latine. On se souviendra qu'un système non-alphabétique, qui offre quelque analogie avec celui de Dolet, bien qu'il soit différent, fut adopté pour la première édition du dictionnaire de l'Académie Française comme le seul vrai et scientifique, mais on préféra l'ordre alphabétique pour la seconde édition parce qu'il était trop enraciné dans l'esprit du public: « Il y a deux manières de ranger les mots dans un dictionnaire; l'une de les mettre tous, de quelque nature qu'ils soient, dans leur ordre alphabétique; l'autre de les disposer par racines, c'est-à-dire, de n'observer l'ordre de l'alphabet que pour les mots primitifs. . . Or, de ces deux méthodes, la dernière est véritablement la plus savante, la plus propre à instruire un lecteur studieux. . . Mais cette méthode n'accommodait pas l'impatience du Français; ainsi l'Académie, après l'avoir employée dans la première édition de son dictionnaire, a cru devoir l'abandonner dans la seconde ». Olivet: Histoire de V Académie Française.
rents emplois des mots. Enfin j'ajoute des exemples de chaque espèce séparément, afin qu'on puis-.- se rendre compte de la valeur des mots employés et savoir s'ils sont pris dans leur sens premier ou dans kur sens second. Mais en exposant les différentes acceptions d'un mot j'ai séparé 1rs exemples de façon qu'après avoir montré avec autant d'exactitude que possible le sens premier d'un mot et son sens figuré (s'il en a un: puisse ajouter des exemples simples des différents emplois des mots. Je les appelle simples, parce qu'ils sont présentés sans grâce recherchée et sans élégance de construction. Ceci fait, je montre par des exemples divers, les différents emploi-. et les différentes formes de construction du mot. Lorsque j'ai fait voir, par mes propres exemples et par ceux que j'emprunte à Cicéron, les sens premier et second du mot en question, je cite d'autres vocables d'une signification approchante, et je continue ainsi la série des rapprochements aussi longtemps que je le puis. Mais comme il n'est pas possible de rapprocher tous les mots dans une suite sans fin, lorsque j'ai épuisé une série de mots analogues, je passe naturellement au mot contraire et je suis autant que possible toujours le même plan... Par exemple, après les mots conciliare et coujungere, j'oppose à la page suivante les mots alienare, abalienare. De même après consentira, convenir e, congruere, concordaret cotre, conspirare, conjurare, je place dissentire, d% dere, discordare, discrepare, tels des étendards ennemis pr à se rencontrer. Mais il faut que je suive mon chemin servilement. Je réunis immédiatement les mots opposés entre eux, afin que la série des vocables ne soit pas interrompue, et ainsi lorsque les formes des mots semblables et dissemblables sont présentées en une liste un peu plus étendue, mon système devient clair. Quoi qu'il en soit, je puis dire que ceux qui sont indolents et qui emploient impudemment et témérairement leurs loisirs coupables à calomnier les travaux de ceux qui étudient, ne savent pas ce dont ils parlent; ils me reprochent méchamment, comme' ils t'ont toute chose, la multi-
tude d'exemples que je donne. Une fois pour toutes, qu'ils sachent qu'on peut expliquer la signification des mots et inculquer les principes de la rhétorique, et les énoncer et les expliquer bien plus clairement par une abondance d'exemples et d'expressions que par quelque verbeuse argumentation de grammairien ou n'importe quel système de rhétoricien. Qu'ils cessent de se montrer malveillants et qu'ils permettent aux jeunes gens ignorants pour qui j'ai préparé cet ouvrage de ma première maturité (car pourquoi l'aurais-je fait pour les savants dont l'esprit est rempli d'érudition de toute espèce, et qui n'ont pas besoin d'une multitude d'exemples?) de se préparer à la lecture de Cicéro.n, grâce à l'heureuse abondance des citations cicéroniennes. Mais à quoi sert de me plaindre de la perverse loquacité de mes détracteurs? J'ai espéré que, grâce à la multitude des exemples, je pourrai plus facilement expliquer aux ignorants l'usage des mots. C'est pourquoi j'ai voulu donner les exemples en abondance, afin que le travailleur puisse s'en saturer, et acquérir ainsi autant que possible une connaissance de l'emploi des expressions et des comparaisons qu'elles suggèrent. Et si mon livre, à cause de cette accumulation de citations, est très volumineux, on devra considérer que c'est là un grand profit; et pourra-t-on regretter d'être en état d'acquérir à si peu de frais une si grande richesse d'éloquence latine? J'espère terminer tous mes Commentaires en trois volumes. Le premier, dans lequel je traite de l'emploi des noms et des verbes, est achevé maintenant; dans le second, je terminerai cette partie de mon sujet et je parlerai ensuite des mots invariables ; dans le troisième, je réunirai certaines tournures rares et particulièrement élégantes, empruntées aux auteurs latins, et dans une courte notice, je dirai quelques mots du style latin et du rythme de la prose. Je désire que vous connaissiez toutes ces questions, et je tiens aussi à ce que vous compreniez le système et la méthode de mes Commentaires. »
Il semble, d'après plusieurs passages du second volume,
que la méthode de Dolet n'aurait pas été entièrement comprise et aurait été vivement critiquée; aussi il l'explique plus d'une fois, et veut qu'on sache qu'elle est due à son invention, ce dont il avait quelques raisons d'être fier1. «Dans I om-
mentaires», dit-il, dans une note, - mon intention première a été d'innover wm- méthode lexicographique, qu'aucun helléniste ou aucun latiniste ne pussent réclamer pour sienne. ( arrangement (comme vous aurez pu le voir en parcourant mon ouvrage) est nouveau en ce que je ne suis pas l'ordre alphabétique, comme le fait toute la troupe des grammairiens ordinaires, mais je réunis les choses aux choses et je rapproche les expressions qui ont entre elles de l'analogie.» Et dans une longue dissertation qui se trouve à la fin du second volume'2, après avoir établi qu'il s'efforçait d'expliquer non seulement la signification des mots, mais la nature des choses spécifiées de façon à réunir en quelque sorte des traités complets sur un grand nombre de questions {res bellicœ, navale*, rusticœ, cœlestes), il continue en ces termes: «J'ai cherché seulement à expliquer les mots principaux et, pour ainsi dire, distingués. Le dictionnaire de M. Nizolius, ou le Thésaurus de Robert Estienne, ou celui de Calepin (dont une édition vient d'être publiée par les soins de certains savants l'aide et aux frais de Sébastien Gryphius) suffisent pour renseigner sur les noms communs. »
Quand on a examine la méthode des Commentaires et qu'on passe à la substance même de l'ouvrage, on peut certainement regretter que Dolet ait choisi ses exemples dans un nombre si restreint d'écrivains. Ceux qu'il emprunte à Cicéron sont dix fois plus nombreux que ceux qu'il emprunte à : les autres auteurs latins reunis, bien que, surtout dans -
ond volume, il cite souvent Terence, Plante. César, Salluste et Tite-Live et parfois, mai- rarement, Pline. Virg
1 Vcy. col. ol. II.
- Col.
Quinte-Curce, Columelle et Horace. Le premier volume est à peu de chose près un commentaire sur l'usage que fit Cicéron des mots dont il est question ; Térence et Plaute toutefois sont cités de temps en temps. Le second volume comprend un plus grand nombre d'auteurs, mais Cicéron y règne toujours en maître. Si l'on considère que Dolet n'avait que vingtsept ans, lorsque parut le premier volume , on doit reconnaître qu'il fait preuve d'une connaissance profondément remarquable de la langue de Cicéron, de Térence et de Plaute et qu'il montre une admirable élégance et une grande facilité à manier l'idiome latin.
Mais l'intérêt et la valeur de l'ouvrage au point de vue de l'érudition latine est purement historique; il en est de même des premières éditions du dictionnaire de Robert Estienne. L'intérêt qui subsiste aujourd'hui, quand on lit les Commentaires, réside dans les nombreuses digressions et notes que Dolet aime à faire. Ces hors-d'œuvre sont souvent autobiographiques, ou se rapportent à des érudits contemporains que l'auteur aimait ou haïssait; ils offrent toujours des renseignements précieux. Dolet n'était pas un de ces écrivains qui négligent de parler d'eux-mêmes, ou qui permettent au lecteur d'ignorer qui ils sont. Qu'il écrive de l'histoire, de la poésie ou de la critique, son amour-propre ne l'abandonne jamais, et le sujet qu'il traite est un miroir où l'on voit passer sa vanité, son désir de gloire littéraire, ses querelles, ses amitiés, ses haines. Il en résulte que tous ses livres, quelque imparfaits qu'ils soient comme œuvre d'art, contiennent beaucoup de choses curieuses, et l'on ne sait jamais ce qu'on y trouvera. Ainsi comme exemple du mot Tangere, il donne : « Gcnabum prœclarum Galliœ oppidum (in quo et natus et ad duodecimum annum adolesccns cditcatus sum) Ligerum fluvium tangit : id est juxta Ligerum est eonditum.» Il fait l'éloge de Longueuil, de Budé et de Simon Villanovanus, il déplore la mort cruelle de Thomas More et (dans son premier volume) il attaque Erasme avec une violence qui, là, comme dans son dialogue,
met cruellement en relief le plus mauv; du carai •
récrivain. Dans son second volume il en était au mot / lorsqu'arriva la nouvelle de la mort du grand érudit. Il met aussitôt sa haine de côté, car, comme il le dit dans un autrepassage, il ne faisait pas la guerre aux morts, il s'arrête pour rendre un hommage ardent et généreux aux mérites de l'auteur du Ciceronianus , dans une ode qui n'est pas la moins heureuse de ses productions. « Pendant que j'écrivais», dit-il, «la nouvelle de la mort d'Erasme s'est répandue dans Lyon. Pourquoi devrais-je parler encore ici de nos querelle--.'' Je veux seulement que la postérité sache que tant qu'il a vécu, je me suis montré souvent hostile a son égard, mais qu'aujourd'hui qu'il n'est plus, je désire me montrer juste et bienveillant envers lui et le traiter avec une modération dont il n'a pas fait preuve envers les autres. L'ode suivante est un témoignage des bons sentiments que j'éprouve pour lui. »
Puis il transcrit une ode dans laquelle il nous dit qu'il a fait la guerre à Erasme vivant, comme ennemi de Cicéron et 1 Français; il ajoute que, ce grand homme étant mort, il sent que l'Allemagne et la littérature ont perdu l'un de leurs plus glorieux ornements*.
1 Col. i5i.
Quondam bella ferocia
Cum inter se atquc duces Romulida:, atque Ducebant animosius :
Tum, donec validus, vivus et int-l'rendensque, atque minans erat
lli'Stis, ^"ui gladio cominus aggredi, Et telo appetere undique
Non laudabile, non egregium fuit; Ergo, duin fuit integer,
Et pugnae cupidus, spicula senserit Nostra hostis Ciceronis, et
tialli [quae rabies: nominis insolens.
Jam jam parcere mortuo
.NLns est. nec tacitam carpere pi - Larvam vuloififo stylo.
iMunctum meritis - laudtbua
On trouve de nombreuses dissertations dans les deux volumes, mais dans le second elles sont plus nombreuses et plus intéressantes que dans le premier. Dans l'un et dans l'autre volume l'auteur ne perd pas une occasion de se glorifier, de parler avec complaisance de ses études, de ses écrits et de ses amis, et de se plaindre de ses ennemis et détracteurs, je dirai même qu'il cherche les occasions de mettre en jeu sa personnalité. Ici, comme dans tous ses autres ouvrages, il semble avoir un pressentiment du sort terrible qui lui est réservé. En un certain passage1 il demande que sa vie ne soit pas à la merci d'un juge; dans un autre2 il avoue qu'il n'a aucun désir de mourir avant son heure, mais cependant que, tout en se consacrant aux lettres, il pense continuellement à la mort. Outre les passages où il est question en général des érudits et des poètes de l'époque, il réserve, dans un second volume, des paragraphes spéciaux à Clément Marot, à Bonaventure Des Périers, à Maurice Scève, à Jean de Langeac, à Guillaume Du Choul et à d'autres encore.
L'édition des Commentaires est vraiment digne de leurs mérites intrinsèques. Les deux in-folios qui forment l'ouvrage sont, à une exception près3, le monument le plus splendide de l'art typographique de Gryphius, ainsi que l'ouvrage inédit le plus important (et cela sans exception) qui soit sorti de ses presses fécondes. Dans les 1708 colonnes serrées qui forment le texte du premier volume l'auteur n'a relevé que huit
O Musae meritum senem
Ornemus. Rapuit mors nimium rapax Germanœ patriae decus,
Doctorumque decus: quos libet Italia Tellus, Gallaque proférât
(Te Budaee tamen, te quoque Longolir) Germanae patriae decus, Doctorumque decus mors rapuit rapax.
1 2 Corn. t328.
* Ibid. u63.
3 Je veux parler de la magnifique Bible latine imprimée par S. Gryphius i55o, deux volumes in-folio) en caractères plus grands que ceux qu'on avait employés jusque-là pour n'importe quelle édition de la Bible.
erreurs qui sont indiquées dan-, Verratum; et encore qu'il ne dise pas qu'on n'en puisse trouver d'autres, ce qui ne serait pas juste, celles qui restent sont fort peu nombreuses. L'encadrement du titre de chaque volume est un admirable 5] cimen de gravure sur bois, mettant en relief les qualités et les défauts de l'école allemande contemporaine; et s'il manque de délicatesse et de goût, il n'en possède pas moins la force et la vigueur qui révèlent la main d'un maître. Au centre, flans le haut, l'on voit le roi Salomon; à sa droite sont places Arist et Platon, et à sa gauche Socrate et Pythagore; de chaque côté de la page sont les portraits de vingt des poètes, orateurs et historiens de la Grèce et de Rome, et au bas, dans une composition qui comprend toute la largeur du titre, on aperçoit Homère couronné par les Muscs '.
L'ouvrage commence par une dédicace à François Ier. Puis après une ode, également en l'honneur du roi, vient une préface adressée à Budé.
«Ayant atteint maintenant», dit Dolet, «ma vingt-septième année, je sais que les ouvrages que j'ai publiés jusqu'ici sont
1 Cet encadrement ne fut pas fait exprès pour les Commentaires. M. A. F. Didot (Essai sur l'histoire de la gravure sur bois, p. 2?o dit: «Je remarque que le grand encadrement in-folio du titre des Commentaria de Dolet, imprimes en l536 par Sebastien Gryphius, est le même que celui dont le beau et savant dessin ne saurait être attribué qu'à Holbein et dont Froben s'est servi pour son édition des Adagia d'Érasme, Bâle i52o. A côté de la figure représentant Aristote, on voit même les deux lettres I. F. Jean Froben , marque qui se tr sur plusieurs planches gravées par lui d'après Holbein. On ne saurait douter que ce ne soient les mêmes gravures sur bois ou plutôt sur cuivre en relief qui aient servi aux éditions de Haie et de Lyon. Ce même encadrement, composé de quatre pièces, avait d'abord paru à Râle en ibio, sur le titre des Erasmi A dû imprimés par Froben, puis en tête du Strabon in-f° chez Valentin Curi'
. et en i52<5 chez André Cratander, en tête de l'Hippocrate, d'où il revint à 1 pour orner l'édition de Dolet en l536, puis le Lexique de Calepin, imprimé par Sébastien Gryphius en \'?U< ». Je puis ajouter à cette liste cinq a ouvrages dans lesquels j'ai trouvé le m.'me encadrement; les éditions du Thésaurus de Sanctes Pagnlno, des Adagia d'Érasme et du De Verborum sigiiificatione d'Alciat, données par S. Gryphius en i5a9, le De perenmi philosop I.ibri X. Aug. Steueht Eugubini imprimé par Gryphius en l54o et enfin le
Divi démentis recognitionum, Libri X rino intery
prime p4ir Bebelius (Bâle il
plutôt volumineux que précieux ou remarquables. Ce furent les injures honteuses de certains hommes très cruels (je ne veux pas les nommer) qui m'ont forcé de livrer prématurément mes écrits au public. Mais vous n'ignorez certainement pas (et tous ceux qui connaissent la douceur de mon caractère le savent bien aussi) que, si je me suis montré trop dur à leur égard, la colère que je ressentais et qui était due aux insultes insupportables dont j'ai été l'objet, devenait moins vive, quand tout à coup elle fut ranimée. Je me suis peut-être permis de paraître trop sévère et j'ai montré trop d'animosité, mais la conduite de mes ennemis avait mis ma patience à bout; j'étais trop blessé déjà pour ne pas éclater.» Après quelques périodes écrites dans le même ordre d'idées, et des attaques contre Erasme (qu'il savait être agréables à Budé), il continue en ces termes :
« Je me suis efforcé maintenant de suivre les règles de vie que la nature nous assigne, c'est-à-dire de faire une œuvre utile et à laquelle pourraient s'intéresser le plus grand nombre de gens possible. Mais j'ai cru devoir penser non seulement à mes chers compatriotes, je veux dire les Français, mais à tous ceux qui aiment la langue latine. Je n'ai pas toutefois entrepris ma tâche dans l'intention de porter atteinte à la réputation des nombreux savants qui, avant moi, ont fait des commentaires sur l'idiome latin avec autant de bonheur que de savoir. Je n'ai ni le désir ni le pouvoir de suivre leurs traces. Ce que je me suis efforcé de faire, c'est de rendre plus complet et de présenter dans un ordre plus commode, pour le plus grand bien de la jeunesse studieuse, ce qui a été plutôt tenté qu'accompli par d'autres. Dans ces Commentaires je laisse un libre champ d'action à ceux qui viendront après moi; j'ai simplement pensé que la manière qui m'a permis de me familiariser peu à peu avec la langue latine et que la méthode qui m'a donné l'espoir d'arriver à posséder l'abondance des mots et la clarté des expressions ne devaient pas être tenues secrètes, mais que je devais fournir à tous le moyen
dVtudier comme je l'avais fait et d'appliquer ma méthodi leurs propres études. Voilà surtout ce que j'ai désiré faire connaître. Dès l'âge de seize ans (alors que le roi de France fut trahi sur le champ de bataille de Pavie), ('tant parvenu à me rendre maître des rudiments de la langue latine, je me suis consacré exclusivement à la lecture de Cicéron, notant avec attention la forme de ses expressions, et j'ai commencé à réunir les matériaux de ces Commentaires, non pas dans l< dessein de les publier, mais simplement pour mon usage personnel. Comme j'avançais en âge et en science, ces Commentaires avançaient aussi. Mais lorsque je commençai à acquérir la connaissance du style latin, et à me consacrer à l'étude des formes grammaticales, je me fatiguai quelque peu de mes commentaires, et désirant poursuivre jusqu'au bout l'étude du style latin, je les mis de côté pendant un certain temps. Mais je crus devoir révéler ce qui m'avait été si utile et ce qui ne pouvait pas être inutile aux autres. Je me décidai donc à publier cet ouvrage, commencé dans ma jeunesse, mais entièrement récrit et refondu avec tout le soin, toute la diligence et tout le jugement que je pouvais apporter à cette tâche. Mais outre le désir que j'avais depuis quelque temps d'exciter l'intérêt des jeunes gens laborieux, mon but principal, en faisant paraître mon livre, trop tôt a mon gré, a été la crainte d'être entraîné par des études plus importantes et de ne plus être disposé à reprendre des travaux plus modestes. Car je médite une entreprise très sérieuse; j'ai l'intention, après avoir achevé ces Commentaires, de préparer une histoire de notre époque. Voilà ce que la jeunesse qui aime la littérature peut attendre de moi, si toutefois l'on peut faire des projets d'avenir. Ma patrie ne pourra pas me reproche]- d'avoir passé mon temps à écrire des œuvres ^ans valeur et sans utilité. Et de même que j'ai consacré nia jeunesse et mon âge mûr a travaux honorables et méritoires, je veux consacrer ma vieillesse à des études semblables, à moins qu'une mort prématurée ne vienne nie surprendre. Je réaliserai ainsi amplement
le grand désir que j'ai de faire quelque chose pour le bien public. »
Puis viennent quelques justes critiques sur la manière d'écrire l'histoire (et d'autres sujets) adoptée alors, et Dolet compare cette manière avec celle de Budé, dont les œuvres lui inspirent ces lignes : « Yiendra-t-il jamais un temps où vos écrits seront négligés par les savants ? Se lassera-t-on jamais de les lire? Vos œuvres vivront à jamais, aussi bien que celles qui, comme les vôtres, sont une preuve de ce grand savoir qui donne l'immortalité. » Il annonce après cela que ses Commentaires auront trois volumes, dont il offre d'abord le premier.
Trois pièces de vers latins adressées à son livre viennent ensuite; je me hasarde à citer celle-ci:
Doleti ad Commentarios.
«Prima meae monimenta artis, monimenta juventae Prima meae, tandem auspiciis exite secundis : Ac longée pertaesa morae, nimiumque retenta Vos desiderium capiat jam lucis : in auras Surgite : nec maledica hominum vel lingua, vel asper Sermo metum injiciat : studio quin luminis ite Ite (imbecilles animos timor arguit) ite. Prima meae monimenta artis, monimenta juventa Prima meae tandem auspiciis exite secundis. »
Je passe sous silence les digressions et les dissertations de ce premier volume qui sont consacrées à la glorification de l'auteur, aux attaques dirigées contre ses ennemis réels ou imaginaires, aux éloges de Villanovanus et de Longueuil et aux critiques adressées à Érasme1, et je citerai ici la plus longue,
1 Dans une longue dissertation sur l'éloquence et sur l'imitation de Cice'ron (col. 1233), il compare Erasme et Longueuil. Toutes les épithètes les plus péjoratives sont réservées à Érasme, tandis que Longueuil est loué à l'excès.