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mais nous pouvons toutefois taire bon marché de l'histoire absurde qu'Amelot de la I [oussaye1 a le premier racontée dans un livre imprime''. «On disoit en ce temps-là», écrit-il, «et je o Minois des gens qui le disent encore, qu'il étoit le fils naturel du roi François Ier et d'une orléanoise nommée Cureau, et qu'il ne fut point reconnu à cause du commerce que l'on dit au roi que cette demoiselle avait eu avec un seigneur de la cour.» Or, en 1509, François, alors duc de Valois2, n'avait pas encore tout à fait quinze ans. Mais tout en rejetant cette fable, nous ne pouvons pas accepter aveuglément ce que Dolet nous dit sur sa famille. Voici ce qu'on lit dans sa seconde lettre a Budé: «Je naquis à Orléans, quelle situation honorable et même distinguée je devais avoir parmi mes concitoyens ce n'est pas à moi de le dire, je laisse ce soin à ceux qui mettent la naissance au-dessus de la vertu.» Et clans son second discours en réponse à Pinache, qui lui avait reproché l'obscurité de sa famille et la bassesse de sa naissance, on lit: «Je suis né de parents qui n'avaient nullement une position basse ou inférieure, ils occupaient dans le monde un rang honorable et même distingué; la fortune de ma famille n'était pas médiocre, et si mes parents ne pouvaient parler ni de leurs ancêtres, ni de leur noblesse, ni de leur dignité ele\ ni d'aucun de ces avantages qui sont plutôt dus au hasard et dont on n'a pas le droit de se glorifier, ils n'en jouirent pas moins d'une prospérité ininterrompue et passèrent toute leur vie heureux et à l'abri du blâme. Il se peut qu'ils n'aient jamais atteint un rang très eleve et qu'ils ne se soient fait remarquer en aucune façon, mais ils vécurent comme des citoyens respectés au milieu de leurs pairs, et les honneurs civiques ne leur manquèrent pas
1 Mémoires historiques, politiques et littéraires, vol. H. p. Patiniana, p. 37.
'Bayle, Maittaire et Boulmier traitent cette fable comme -îcritc.
M. Boulmicr p. 6) dit : .< L'histoire s'est déjà mont: François I quand elle a cru devoir le gratifier du surnom de Père dei il est inutile d'en taire encore le père des littorale'.
Jusqu'à quel point ces assertions sont vraies, nous l'ignorons, toujours est-il que les bruits qui couraient sur Dolet étaient bien différents, et connaissant l'exagération qui lui était coutumière quand il parlait de lui-même et de ses propres mérites, nous avons quelque raison d'hésiter à accepter comme vraies les informations qu'il nous donne sur sa famille. Voulté, dans deux de ses odes écrites, il est vrai, après sa querelle avec Dolet, parle en termes peu flatteurs du père de ce dernier et il fait entendre qu'il périt de la main du bourreau.
Dans l'une de ces odes Voulté dit qu'il n'est pas étrange que Dolet semble être le pire des hommes, car son père lui ressemblait, et qu'il serait très extraordinaire que le fils d'un mauvais père fût lui-même un homme excellent1.
«Quod sis pessimus omnium virorum Res est non nova, nam tuo parenti es Natus ipse simillimus : sed esset Certe res nova, si mali parentis Esses filius optimus virorum.
Quod vulgi esse frequens in ore suevit kl falsum bonitas tua approbaret :
Patrem nec sequeretur ipsa proies.»
Dans une autre pièce qui désigne clairement Dolet, et intitulée /// quendam iiigratuiu'1, après lui avoir prédit toutes sortes de maux et une mort violente, il ajoute :
« Et superstites si
Parentes tibi forte qui admissent Dum spectacula talia exhiberes, Et jussas lueres miselle paenas, Exetnplo miseri fui parentis Nonne illos oculi tui impudici Yidissent tibi proximos? crucisque Testes nonne tuae tui fuissent.»
1 Vulteii, llcndccasyllaba Paris i53s>, fol. 91. -A/, t
i MAI*. I. OR LIA NS I. 1 PARIS II
A cette époque, une mort violente, même di - mail bourreau, n'implique pas nécessairement une grande turpitude morale chez l'accusé; et nous avons quelque pein< croire que, si la réputation de son père eût été comprom Dolet aurait rappelé si souvent et si complaisamment qu'il était né à Orléans et qu'il était citoyen d'une ville non sans importance. Nous avons tout lieu d'affirmer que ses parentétaient morts avant son séjour à Toulouse 115321. Qu'il fut redevable de son éducation a ses parents, à des proche.-, ou a des amis, il est certain qu'on lui fit donner une éducation libérale et qu'on laissa libre carrière à son goût pour Illettrés au lieu de l'obliger à faire les métiers vils, auxquels la plupart des gens de sa caste étaient forcément voués. M a cette époque il existait de puissants encouragements aux études littéraires. Pendant cette période de la Renaissance, dont Dolet fut l'enfant, le panégyriste et le martyr, la science était une voie qui menait à toutes les dignités. La puissance de la plume avait rivalise avantageusement avec celle de l'é] elle avait élevé Tommaseo Parentucelli à la plus haute situation de la Chrétienté; elle avait fait craindre l'Arétin par tous les princes de l'Europe, qui le flattaient et l'attiraient à prix d'or à leurs cours; elle avait donné à Érasme une réputation universelle et extraordinaire, inconnue depuis le siècle d'Auguste. Des esprits moins ambitieux trouvaient auss avantagea à poursuivre les études littéraire-. Les universités axaient vu se dissiper les rêves de la philosophie et de la théologie scolastique, et partout elles demandaient des mail qui pussent enseigner la science nouvelle dont les étudiants étaient si avides; et les ambassades qui étaient devenues fréquentes dans les dernières années du quinzième siècle offraient une autre carrière à la même classe d'hommes. II serait difficile de trouver un lettré, depuis le milieu du quinzième siècle jusqu'à la moitié du seizième, qui n'ait engagé des négociations diplomatiques soit comme ami sadeur, soit comme secrétaire.
Jusqu'à l'âge de douze ans Dolet resta à Orléans, où il reçut une éducation dont il parle à plusieurs reprises en termes fort élevés; il dit de lui qu'il était liber aliter educcitum. Toutefois il est certain qu'il n'entendait pas par ces mots qu'il était fort avancé dans ses études, car le reste de la phrase nous fait voir que ce fut à Paris qu'il apprit les premiers rudiments de littérature (latine)1.
A douze ans il alla donc à Paris, où il resta cinq années; c'est à dater de ce moment que sa vie commence pour nous. Ce fut là qu'il ressentit pour Cicéron cet amour qui fut un trait si marqué de son caractère et de ses écrits et qui lui fut commun avec tant d'autres érudits de la Renaissance. Le culte des cicéroniens pour leur idole (suivant les anticicéroniens ce culte se fondait plutôt sur la forme et le style que sur le fond) nous semble à première vue exagéré et même absurde. Cependant on trouverait peu de personnes prêtes à nier les avantages que la littérature moderne a recueillis de l'étude de Cicéron, surtout quand on voit tout ce que lui doivent les meilleurs auteurs français. Si nous approfondissons la question d'une manière impartiale, nous cesserons de nous étonner du culte des cicéroniens et nous sympathiserons avec eux. Nous ne dresserons certainement pas de nouveaux autels à leur dieu, nous ne nous laisserons jamais aller aux extravagances de Nosoponus, mais nous reconnaîtrons que parmi les religions du passé, le culte cicéronien comporte les superstitions les moins vulgaires et qu'aux quinzième et seizième siècles il ne pouvait pas ne pas attirer à lui les gens éclairés et cultivés. Car c'était vraiment un culte réel, non pas une simple doctrine littéraire. L'inspiration divine de Cicéron était aussi absolument reconnue par Longueuil, par Hortensio Lando2, par Dolet et par les cicé-
1 <> Gennabi duodecim annos liberaliter educatum excepit Parisiorum Lutetia ubi primarum literarum rudimenta posui. » lettre à I'udé. Orat. D\nv in Thol.,
' Dans une lettre à Gilbert Cousin (Œuvres de G. Cognati. vol. I, p. 3i3 .